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FIFO : deux femmes océaniennes contre les violences, le racisme et la colonisation



Marlene Cummins
Marlene Cummins
PAPEETE, le 5 février 2015 - Dans les documentaires sélectionnés pour cette douzième édition, de nombreuses femmes océaniennes au caractère fort et qui se sont investies pour le changement de leurs sociétés sont mises à l'honneur. Nous avons interviewé deux d'entre elles.

Marlene Cummins, héroïne de Black Panther Woman
"J'utilise mon histoire pour montrer à quel point il est difficile d'affronter la misogynie"

Le documentaire Black Panther Woman retrace la vie de Marlene Cummins, femme aborigène qui était tombée amoureuse du leader du parti des Black Panthers australien en 1972. Passionnée par le combat pour l'égalité des droits pour les Noirs, son histoire tourne mal quand elle est confrontée au machisme et à la violence de cet homme. Elle dévoile aujourd'hui ses secrets et son histoire, engagée pour mettre fin aux violences faites aux femmes dans le monde entier :

"J'ai toujours pensé qu'un documentaire était une œuvre humanitaire, son but est d'apporter un changement mondial concernant des problèmes sociaux et environnementaux. Dans ce documentaire, j'utilise mon histoire pour parler de la misogynie, la violence contre les femmes à travers le monde. Cette violence a une proportion épidémique, qui n'est pas spécifique aux pays "noirs" comme j'ai pu l'entendre lors d'une interview justement hier au Fifo, qui m'a retournée.

Car les problèmes de violence comme les femmes et le racisme sont liés. Regardez, lorsque 300 femmes noires sont kidnappées en Afrique, tout le monde "tweete" sur le sujet, mais si c'étaient des femmes blanches, l'armée et tous les moyens technologiques occidentaux auraient déjà été déployés et elles auraient été récupérées. La misogynie est un problème culturel, et la solution ne pourra se trouver que dans un changement profond dans l'éducation et le mal-nommé "système de justice".

Pour les femmes aborigènes, comme je le traite dans Black Panther Woman, des hommes aborigènes qui sont immortalisés dans l'Histoire comme des activistes héroïques, s'ils infligent des violences contre les femmes, sont difficiles à amener devant la justice à cause de différences culturelles. Dans la société aborigène, nous sommes connectés à toute la communauté, pas juste à la famille comme dans les familles occidentales. Mais il a eu des pertes avec la colonisation, puisque dans la culture traditionnelle aborigène un homme qui maltraitait une femme aurait été banni de la tribu, sous la menace d'une lance.

Donc pour confronter un criminel de ce genre, qui a pris une telle stature, on se confronte à toute la communauté. Surtout que parler, pour une femme aborigène, c'est apporter des munitions à "l'ennemi", au racisme. Elles gardent le silence car elles se confrontent à la fois à ces héros de la communauté aborigène, mais aussi au gouvernement australien qui utilise ces violences pour renforcer les stéréotypes sur les noirs dans les médias et, pire, comme justification pour envoyer l'armée contre les communautés aborigènes et violer nos droits humains.

Mais j'utilise mon histoire, spécifique à une femme aborigène, non pas pour diaboliser l'homme noir, mais pour montrer à quel point il est difficile d'affronter la misogynie dans toutes les cultures du monde."



Le réalisateur de Kumu Hina et les deux héros de son documentaire, lors du questions-réponses avec le public du Fifo
Le réalisateur de Kumu Hina et les deux héros de son documentaire, lors du questions-réponses avec le public du Fifo
Hinalei'moana Wong-Kalu, heroïne de Kumu Hina
Comment la disparition de la culture hawaiienne nourrit l'homophobie

Kumu Hina relate l'histoire de Hina, comment elle a dû accepter sa nature de "Mahu", à la fois masculine et féminine, et son évolution jusqu'à devenir une femme mariée, une chorégraphe de danse traditionnelle et la directrice d'une école de danse à Honolulu. Le documentaire suit aussi une petite fille, Ho'onari, qui veut danser avec la troupe masculine. Le documentaire insiste sur la nécessité de rejeter les préjugés occidentaux sur les genres, et de revenir à la compréhension et la tolérance hawaiienne ancestrale :

"Avant que les étrangers arrivent à Hawaii, il y avait un niveau de tolérance et d'acceptation de différents types de relations et d'existences, qui n'étaient pas remis en cause ou soumis à une attitude péjorative. Aujourd'hui dans le contexte moderne il y a les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT), et de grands efforts sont faits dans cette communauté pour promouvoir la liberté, en se basant sur le fait d'être LGBT.

Mais je ne suis pas quelqu'un qui encourage ça, ce que j'encourage c'est que nous soyons "pro-culture" d'abord, et à travers ça il y a une compréhension qui vient par le savoir de ce qu'est un "mahu", un "akane", le "punalua" (un homme qui a plusieurs femmes et vice-versa), le "po'olua" (un enfant qui a plusieurs lignées paternelles)… Dans les écrits de l'époque, ces concepts ne sont pas décrits de manière négative, mais juste comme un état de fait.

Par exemple un "akane" est le concept par lequel nous reconnaissons le rapprochement et, parfois mais pas forcément, une intimité entre personnes du même sexe, sans nécessairement être une relation homosexuelle. Traditionnellement ils avaient un rôle dans la société. Dans le cas d'un chef, un "ali'i" pouvait avoir un "akane" qui pouvait être envoyé comme émissaire et parler au nom du chef. Seul un "akane" avait un tel privilège.

Il y a aussi un thème moins visible dans le documentaire, à propos de l'indépendance. Bien que Hawaï soit pour le moment dominé politiquement par les États-Unis, nous sommes fermement indépendants dans nos cœurs et esprits parmi certains d'entre nous, "natifs". Dans une des scènes du film, où la directrice de notre école rappelle aux étudiants comment notre génération a été forcée à prêter allégeance à un drapeau pour lequel nous n'avons aucun "aloha", et que la responsabilité de la nouvelle génération est d'ouvrir son esprit à une réalité différente, et à fortifier leur apprentissage de notre culture.

Beaucoup a été perdu de notre culture, mais heureusement dans le monde du hula nous avons encore sauvegardé beaucoup d'enseignements, que les écoles transmettent aux nouvelles générations. D'ailleurs je souhaite lancer un appel aux anciens, aux tupuna qui peuvent nous lire. Je leur demande de ne pas refuser de partager leur culture avec cette jeune génération qui a soif de la connaitre. Sinon ils risquent de devenir comme nous, à Hawaii, où on a refusé de donner l'opportunité à la génération de ma grand-mère de d'apprendre le savoir de leurs ancêtres. Hawaii est un exemple parfait de ce qu'il se passe quand on refuse d'enseigner les traditions aux nouvelles générations : ma grand-mère ne sait rien de la culture, elle est biologiquement hawaiienne, mais son expérience de la vie est américaine. Elle ne voit pas le monde de la même manière que moi."

Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Jeudi 5 Février 2015 à 17:19 | Lu 1148 fois






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