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En grave difficulté, le secteur du nickel en grève en Nouvelle-Calédonie


Ludovic MARIN / AFP
Ludovic MARIN / AFP
Nouméa, France | AFP | jeudi 24/01/2024 - Des salariés et sous-traitants du secteur du nickel ont fait grève jeudi, sans provoquer de perturbation majeure, pour inciter les actionnaires des trois usines de raffinage de l'archipel, au bord de la faillite, à participer au redressement du secteur.

En Nouvelle-Calédonie, la combinaison de mauvais rendements, d'une énergie coûteuse et d'une forte concurrence étrangère ont fait plonger dans le rouge les trois usines métallurgiques traitant le nickel extrait sur l'archipel, poussant le gouvernement à se pencher sur leur sort. 

Le mouvement a été lancé par le Syndicat général des travailleurs de l’industrie (SGTI-NC) et rejoint par une organisation patronale de sous-traitants et des groupements d’intérêts économiques.

Ce mouvement n’a pas entraîné de perturbation de la production ou de blocage d’axe.

A Nouméa, le chef-lieu, une centaine de personnes s’est rassemblée devant le siège de Prony Resources, tandis que devant l’usine, située dans le sud du territoire, une trentaine de salariés et sous-traitants avaient déployé banderoles et engins miniers devant l’entrée du site, sans entraver la circulation, a constaté l’AFP.

"On a voulu alerter, mais sans pénaliser la production", explique Glen Delathière, délégué syndical SGTI-NC à la Société Le Nickel (SLN), les trois usines métallurgiques se trouvant "dans une urgence absolue".

Un "pacte nickel", censé relancer ce secteur en grande difficulté, est actuellement en négociation, à l’initiative du ministre de l’Economie Bruno Le Maire qui avait dit souhaiter lors de sa visite sur le Caillou en novembre que les négociations aboutissent d’ici à fin janvier.

Le pacte prévoit notamment une subvention de l’Etat et des collectivités pour baisser le prix de l’électricité, un des principaux facteurs de surcoût du nickel calédonien, une aide à la transition énergétique, et, les industriels l'espèrent, un financement direct, sans lequel ils estiment que la survie immédiate n’est pas possible.

Mise en sommeil 

En Nouvelle-Calédonie, près de 25% des emplois dépendent de la mine et de la métallurgie, selon un rapport de l’Inspection des finances.

Lors de sa visite, Bruno Le Maire avait estimé les besoins immédiats en financement des trois usines de nickel de l'archipel (KNS, SLN et Prony Resources) à 1,5 milliard d'euros. 

L’industriel historique, la Société-Le Nickel (SLN) est fortement endettée (493 millions d’euros de dette financière nette fin 2022) et son actionnaire majoritaire Eramet a confirmé fin octobre qu’il n’injecterait pas plus d’argent dans sa filiale. Or la SLN a effectué en août le dernier tirage d’un important prêt de 60 millions d’euros consenti par l’Etat.

La cessation de paiement n’est "qu’une question de semaines", selon Jérôme Fabre son directeur général.

Prony Resources, dans le sud du territoire, est elle placée sous mandat ad hoc avec un endettement qui atteignait fin 2022 149 millions d’euros.

Enfin, l'usine de production de ferronickel Koniambo Nickel SAS, projet phare du rééquilibrage entre les provinces nord et sud, affiche une dette record de 13,7 milliards d’euros. La province nord en est actionnaire à 51%. 

Glencore, actionnaire à 49% de KNS, mais qui en assume seul les pertes financières au terme du pacte d’actionnaire qui le lie à la province Nord, qui détient les 51% restants, a déjà englouti 13,8 milliards d’euros dans le projet, soit 1,5 fois le PIB de la Nouvelle-Calédonie.

KNS envisage désormais la mise en sommeil de son site industriel. 

le Jeudi 25 Janvier 2024 à 07:15 | Lu 1162 fois