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Dialogue de sourds à l'ONU



Tahiti, le 6 octobre 2021 – Le président Edouard Fritch s'est exprimé une nouvelle fois mercredi devant la Quatrième commission à l'ONU pour défendre la “large autonomie” de la Polynésie française, face aux appels à mettre en place un processus d'autodétermination par le camp indépendantiste.
 
Comme chaque année depuis 2013 et la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires non-autonomes de l'Organisation des Nations Unies (ONU), la Quatrième commission en charge des questions de décolonisation au siège des Nations Unies à New York s'est penchée mercredi sur la situation de la Polynésie française. Quatre intervenants se sont exprimés sur le dossier. Le président du Pays, Edouard Fritch, du côté des “invités” et l'expert en décolonisation à l'ONU, Carlyle Corbin, ainsi que les élus indépendantistes, Minarii Galenon et Moetai Brotherson, du côté des “pétitionnaires”. L'Etat, qui avait pour la première fois pris part aux discussions en 2020 en demandant la désinscription de la Polynésie de la liste de l'ONU, ne s'est pas exprimé cette année.
 
“Large autonomie”…
 
Se présentant comme “réélu démocratiquement en 2018 avec une large majorité de 66% du parlement de Polynésie”, Edouard Fritch a souhaité une nouvelle fois “démontrer, par des faits et des réalités, que mon pays ne vit nullement une situation coloniale, ni une situation d’oppression, ni une situation de prédation ou de confiscation de ses richesses naturelles par qui que ce soit”. Le président du Pays a pris l'exemple de la crise Covid, expliquant que la “large autonomie” de la Polynésie avait permis “d’apporter, à notre manière, notre réponse sanitaire, économique et sociale face à la pandémie”. Il a insisté sur le “soutien” de l'Etat en terme de soignants, de vaccins et sur les aides économiques apportées à “70%” par Paris, indiquant qu'il s'agissait là de la “manifestation concrète de la solidarité de la France envers son territoire autonome et ses habitants”.
 
Autre axe fort de la déclaration d'Edouard Fritch, celui de l'engagement de la Polynésie française, au plan local et régional, dans la lutte contre le changement climatique avec l'objectif “d’atteindre une réduction de 50 % de nos émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030”. Le président du Pays a évoqué son “plan climat-énergie” et même demandé qu'un paragraphe sur “l’adhésion de (son) gouvernement à l’agenda 2030 de développement durable de l’ONU” soit ajouté à la résolution de la Polynésie française. Ambitions louables, sauf que le président du Pays a omis de préciser à l'ONU que les résultats de son plan climat-énergie 2015-2020 étaient pour l'instant aux antipodes des ambitions annoncées. La Fédération des associations de protection de l'environnement (Fape) ayant alerté en avril dernier sur “le fait que la Polynésie française ne cessait de s'éloigner des objectifs fixés par elle-même” avec en réalité une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de +6% depuis 2014 au fenua…
 
Enfin, le président du Pays a insisté sur la récente table ronde organisée par l'Etat dans un souci de transparence sur les conséquences des essais nucléaires, ou encore sur la situation géopolitique actuelle du Pacifique qui “fait l’objet d’intenses crispations entre les grandes puissances”. “Ne croyez-vous pas que ce sujet est plus vital pour l’équilibre du monde que celui de la 'décolonisation de la Polynésie' ?”, a interrogé Edouard Fritch, concluant en demandant aux membres de l'ONU “d’accepter le fait démocratique que mon peuple n’a toujours aucun désir d’indépendance”.
 
… contre les “limites de l'autonomie”
 
Pour Carlyle Corbin en revanche, grand artisan de la réinscription de la Polynésie en 2013, il ne fait aucun doute que la situation statutaire de la Polynésie française ne répond pas aux critères d'un territoire autonome au regard de la charte des Nations Unies. Et l'expert de rappeler que la Quatrième commission n'est pas un lieu de débat sur la nature de l'autonomie du territoire, mais de mise en œuvre du processus de décolonisation et d'autodétermination. “Tant que ce processus n'a pas été entamé, le débat sur la décolonisation peut être relégué au statut d'expressions d'opinions contraires entre ceux qui veulent légitimer le colonialisme contemporain et ceux qui désirent un véritable processus de décolonisation.”
 
Côté élus du Tavini, Minarii Galenon a évoqué les conclusions de l'enquête Toxique sur le nucléaire, quand Moetai Brotherson a pris l'exemple de la crise Covid pour illustrer le déséquilibre des relations Etat-Pays au fenua. “Cela fait presque deux ans que la pandémie a mis en lumière les limites de notre 'autonomie'. Chaque semaine, une conférence de presse est organisée par le haut-commissaire français qui décide de fermer les frontières, qui décide de les rouvrir, qui décide des mesures de contraintes sanitaires, alors que notre président local n'est que le traducteur.” Et le député indépendantiste de conclure en évoquant les déclarations du Président Emmanuel Macron en Polynésie sur la géopolitique du Pacifique. “Il a dit clairement qu'après avoir été utilisé pour que la France devienne une puissance nucléaire, le territoire du peuple maohi serait de nouveau utilisé pour assurer la position de pouvoir de la France dans le monde. Nous ne voulons plus être les pièces de l'échiquier de la France.”
 
La prochaine résolution de la Quatrième commission est attendue en fin d'année 2021. Elle devra ensuite être soumise à l'approbation de l'Assemblée générale de l'ONU.
 

​Edouard Fritch, président du Pays : “Je renouvelle mon invitation à dépêcher une mission en Polynésie”

“Aujourd’hui, mon peuple désire conserver ce statut particulier de large Autonomie au sein de la République française, statut qui nous confère suffisamment de compétences pour forger notre avenir comme bon nous semble. Nous sommes avant tout polynésiens, mais également français et européens. (…) Notre destin est bien entre nos mains. La Polynésie française n’est pas une colonie qu’il faut décoloniser. L’indépendance peut convenir à certains pays, et pas à d’autres. L’indépendance n’est pas la seule voie ou la voie miracle qui permet à un peuple d’être heureux. La dignité d’un peuple ne se construit pas nécessairement dans l’indépendance. D’autres voies sont possibles, et elles sont évoquées dans la Charte des Nations Unies. Aujourd’hui, chers membres de l'ONU, il faut accepter le fait démocratique que mon peuple n’a toujours aucun désir d’indépendance. Pour conclure, madame la Présidente, je renouvelle mon invitation à votre assemblée de dépêcher une mission en Polynésie française afin d’évaluer par elle-même la situation de mon Pays.”
 

​Moetai Brotherson, député et représentant Tavini : “Depuis 2013 nous sommes confrontés à un déni”

“Nos frères qui souhaitent l'assimilation demandent que notre voix ne résonne pas dans la salle de la Quatrième commission et préfèrent que la puissance administrante continue de parler en notre nom. (…) Il est préoccupant de constater que notre puissance administrante a des positions différentes sur deux territoires pourtant similaires et qui figurent sur la liste des Nations Unies. Pour la Nouvelle-Calédonie, nous voyons qu'il y a plein de participations, plein de coopérations. Les missions de l'ONU ont supervisé trois référendums. Pour ce qui est de Maohi Nui, depuis 2013 nous sommes confrontés à un déni, à une défiance, à un mépris total de cette résolution de l'ONU adoptée depuis le 17 mai 2013.”
 

​Carlyle Corbin, expert en décolonisation aux Nations Unies : “Une forme de colonialisme contemporain”

“Une évaluation du niveau d'autonomie de la Polynésie française a été menée en 2012. La conclusion est que les relations de pouvoir sont extrêmement asymétriques sur le plan politique. Par conséquent, les normes minimales d'autonomie ne sont pas respectées. (…) Seul un véritable processus de décolonisation, avec un suivi par les Nations Unies, permettra au territoire d'avancer vers l'autonomie véritable. C'est ce qu'a conclu l'assemblée générale, encore et encore. (…) L'assemblée générale a adopté neuf résolutions sur la Polynésie française depuis 2013. Et pourtant, il n'y a pas de transmission d'informations de la puissance administrante au Secrétaire général comme l'exige la charte des Nations Unies. Ce manque de coopération peut entraver le processus de décolonisation, mais on ne peut pas utiliser ça comme excuse pour perpétuer ce qui est une forme de colonialisme contemporain.”
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mercredi 6 Octobre 2021 à 16:11 | Lu 3910 fois





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