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Des nouvelles de la tortue évasanée


Tahiti, le 29 avril 2021 - Secourue dans les eaux de la passe de Tiputa par le club de plongée Six Passengers de Rangiroa, puis évasanée vers Tahiti le 11 avril dernier, la tortue marine était jusqu’à présent entre les mains des vétérinaires de la clinique Fariipiti. Ayant reçu les soins nécessaires mais pas encore tirée d’affaires, on en sait plus sur l’état de la pauvre patiente.
 
On se souvient de la tortue marine de Rangiroa qui avait récemment pris l’avion pour être soignée à Tahiti suite à une très certaine attaque de requin. Prise en charge par la clinique Fariipiti, on en sait maintenant plus sur son état de santé.
 
"C’est une loggerhead, une espèce protégée comme toutes les autres en Polynésie, déjà naturellement amputée d’un membre par morsure ou nécrose suite à l’étranglement d’un filet ou d’un cordage dérivant", explique le Dr Olivier Betremieux, spécialiste entre autres en médecine et chirurgie des reptiles. "Elle souffre du floating syndrome et de multiples plaies plus ou moins profondes, ainsi que d’une plaie de morsure de requin dont la taille n’est pas si grande. Cela pourrait être un requin du lagon qui aurait pu s‘en prendre à elle suite à son état de faiblesse."
 
Même si la tortue avait heureusement été prise en charge grâce à l’intervention des plongeurs et de l’agent de la DIREN à Rangiroa (et moi-même) afin d’être évasanée vers Tahiti le plus rapidement possible pour y être soignée, rien n’est malheureusement gagné pour elle. Comme l’explique Olivier Betremieux, le taux de mortalité des tortues marines secourues est assez élevé. "Ce sont des animaux très résistants qui ne se laissent attraper qu’en cas d’atteinte sérieuse de l’état général, souvent dûe à de sérieux problèmes."
 
La loggerhead a, dès son arrivée, reçu des soins locaux et ce, chaque jour jusqu’à aujourd’hui, mais le gros du travail devra être fait par elle-même. L’homme ne pouvant pas appliquer de résine ou de matière chimique capable de résister à terme à l’eau de mer, c’est la tortue qui va lentement créer du tissu fibreux cicatriciel. Un processus dit "cicatrisation par seconde intention".
 

​Des symptômes inquiétants

Comme l’explique Olivier Betremieux, le spécialiste également vétérinaire référent de Mata Tohora pour les mammifères marins échoués et à la DIREN pour les tortues marines et autres animaux, le fait que cette tortue ait pu être capturée est mauvais signe. Le floating syndrome dont elle souffre en est la preuve car il s’agit là d’un syndrome multi-factoriel entraînant la diminution de la capacité à plonger. Cela peut être dû à des problèmes pulmonaires, métaboliques ou intestinaux qui peuvent être causés par des plastiques ingérés.
 
"Ses analyses sanguines et radiologiques ne sont pas si mauvaises mais les plaies et le floating syndrome sont deux entités à prendre très au sérieux pour le futur", souligne le Docteur. "Nous envisageons avec la DIREN le transfert en centre de réhabilitation pour la poursuite des soins qui dureront plusieurs mois."

On lui souhaite d’être forte, car cette tortue qui est loin d’en être à son premier rodéo mérite de retourner nager dans les profondeurs du Pacifique. 
 

Rédigé par Simon Saada le Samedi 30 Avril 2022 à 10:05 | Lu 2619 fois