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Des drones contre les rats aux Marquises


Ua Pou, le 17 octobre 2021 – Les îles inhabitées des Marquises font actuellement l’objet d’une étude menée par la SOP Manu, en accord avec d’autres ONG internationales, afin de poser un inventaire de la biodiversité avant leur dératisation. Une dératisation high-tech qui sera effectuée à l’aide de drones. Un procédé innovant et efficace, nécessitant toutefois certaines précautions et une étude approfondie du terrain.
 
La société ornithologique de Polynésie (SOP), connue sous le nom de Manu au fenua, effectue actuellement un inventaire biologique des motu entourant l’île de Ua Pou. Cette étude, menée par la chargée de projet Tehani Withers, a pour but principal de préparer la dératisation des motu qui aura lieu l’année prochaine dans les Marquises. Elle est, entre autres, soutenue par l’association Protège, par l’ONG internationale Birdlife qui fédère des associations du monde entier autour de la protection des oiseaux en voie de disparition, et par le pays.
 
Ua Pou est la première étape de ce vaste projet mené par la SOP qui ambitionne d’intervenir à therme dans tous les archipels de la Polynésie française. Trois motu sont étudiés actuellement par Tehani Withers : Motu Mokohe, Motu Oa et Motu Takaae. La protection des oiseaux passe avant tout par la dératisation de ces motu, qui doivent devenir des sanctuaires pour ces volatiles actuellement menacés. Le rat du Pacifique, devenu un fléau en Polynésie, décime les populations d’oiseaux en mangeant leurs œufs ne permettant pas à certaines espèces de se reproduire.
 

​Des drones pour disséminer le raticide

Bivouac sur Motu Mokohe.
Bivouac sur Motu Mokohe.
L’ONG compte utiliser une méthode très innovante pour faire disparaître les rongeurs : des drones ! En effet, cette méthode qui a vu le jour en Nouvelle-Zélande semble avoir fait ses preuves et s’exporte aujourd’hui jusqu’au fenua. Elle consiste à disséminer des granulés de raticide de manière homogène dans chaque recoin des motus par le biais drones volants. Pour cela il est important d’estimer la population de rats de chacun des motus et de procéder à un inventaire de la biodiversité qu’ils abritent afin de ne pas nuire involontairement à une autre espèce.
 
Tehani est donc partie en expédition pendant quatre jours sur Motu Mokohe en compagnie de Teve et d’Athanase, deux guides de randonnée locaux, et en a profité pour les former à la reconnaissance d’espèces endémique parfois méconnues et aux bons gestes à adopter pour les protéger. Durant ces quatre jours, trente-trois rats ont été capturés. Des échantillons ADN ont été envoyés à Paris afin de conserver des informations précieuses sur la provenance des rats avant leur éradication l’année prochaine. Tehani explique que sauver les oiseaux vivant sur les motu est important pour tout l’écosystème. "Les oiseaux sont essentiels au développement du corail car le guano qu’ils produisent retombe dans l’océan et alimente le microcosme. Protéger les oiseaux c’est donc aussi protéger les fonds marins ! Ma mission consiste aussi à informer les gens sur les bénéfices de notre travail et les précautions à prendre lors de la dératisation."
 
Effectivement, le raticide est un poison et c’est la raison pour laquelle les îles habitées ne sont pas concernées. "Les crabes et crustacés peuvent ingérer le raticide. Le produit n’est un poison que pour les animaux à sang chaud et, bien que la dose doive être considérable pour nuire de manière sérieuse à un être humain, il est important de prévenir la population qu’il ne faut ni pêcher ni ramasser les crustacés aux abords des motus concernés pendant au moins six mois après que le produit ait été disséminé sous peine de risquer une intoxication indirecte. Les poissons constituent un risque minime dans des eaux profondes comme aux Marquises mais la vigilance reste de rigueur."
 

​Fatu Hiva concernée

Du retard à été pris dans le projet de dératisation des îles inhabitées de Polynésie française en raison de la crise sanitaire, mais l’association espère bien le rattraper rapidement. Beaucoup d’oiseaux sont sur la liste de l’ONG en Polynésie, mais sur l’île de Fatu Hiva il y en a un qui est particulièrement surveillé : le Monarque de Fatu Hiva. "Il s’agit de l’oiseau le plus menacé d’extinction en France avec moins d’une vingtaine de spécimens encore en vie. Fatu Hiva fera donc l’objet d’une dératisation malgré le fait qu’elle soit habitée".
 
La grande île de Eiao ne sera malheureusement pas traitée, car une trop forte population de moutons sauvages y décime la végétation, ne laissant aucun refuge pour les oiseaux. Il reste encore à Tehani et son équipe deux motu à explorer autour de l’île de Ua Pou avant de repartir. Quatre autres îles inhabitées feront l’objet d’une dératisation dans le reste de l’archipel. Après quoi, l’association interviendra aux Australes puis aux Gambiers afin d’y faire renaitre des populations d’oiseaux mis à mal par l’arrivé du rat sur leur rivage.
 


Rédigé par Ollivier Jean le Lundi 18 Octobre 2021 à 16:15 | Lu 3079 fois