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Des chercheurs se mobilisent à l’UPF pour trouver des solutions énergétiques durables


Tahiti, le 12 décembre 2022 - L’Université de la Polynésie française accueille jusqu’à mercredi dans le cadre des “ateliers Défier” un séminaire pour évoquer des solutions pour la transition énergétique du territoire. Une “feuille de route” reprenant les solutions retenues doit être présentée mercredi après-midi. 

“L’objectif, c’est de produire de l’énergie électrique renouvelable à 75% en 2030”, explique Pascal Ortega, vice-président du conseil scientifique à l’UPF. Un projet calé sur l’objectif ambitieux du Plan de transition énergétique 2015-2030, dans un contexte où la Polynésie affichait en 2020 un taux de pénétration de 30,2% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique. Plus que doubler la mise en sept ans… L’université de la Polynésie française et son laboratoire GEPASUD, accueillent cette semaine durant trois jours jusqu’à mercredi une quarantaine de personnes pour parler transition énergétique et développement durable. Baptisé “ateliers DEFIER”, ce séminaire accueille notamment 10 chercheurs de métropole pour échanger avec les entreprises et les chercheurs locaux. Pour participer à cette réflexion également, des représentants du CNRS, dont Abdelilah Slaoui, le responsable de la cellule énergie, des enseignants-chercheurs de l’UPF, et des membres de l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Le réseau RESIPOL, Recherche Enseignement Supérieur Innovation pour la POLynésie, participe aussi au séminaire.

Le but des trois jours est de “dresser une feuille de route réunissant toutes les perceptives de recherche dans le domaine de la transition énergétique. Il est essentiel qu’elles soient pertinentes et réalisables”, insiste Pascal Ortega. 

De la visio au réel

Ce projet a vu le jour l’année dernière après le reversement d’un “fonds important” par le gouvernement français pour le développement des énergies renouvelables au fenua, explique Tearii Alpha, ministre de l'agriculture, de l'économie bleu et de la recherche. Depuis, les membres des “ateliers Défier” se réunissaient en visioconférences pour débattre de solutions pertinentes pour la transition énergétique de la Polynésie. Mais le Pays a souhaité débloquer un budget pour faire participer les chercheurs métropolitains en présentiel aux trois jours de conférence à Tahiti. Le financement intervient dans le cadre du programme de “transition énergétique de la Polynésie française”.

“Dès 2021, on a commencé à réfléchir à quelles étaient les grandes thématiques à développer. Les énergies renouvelables, c’est vague, on les a classées en quatre axes : les nouvelles sources d’énergie et de stockage potentielles ; les énergies marines ; la biomasse et la gestion intelligente des réseaux et micro-réseaux électriques”, explique Pascal Ortega. “Au bout des trois jours, on devrait avoir dressé la feuille de route reprenant les points essentiels de ce qui a été dit“, continue le professeur. “Cette feuille de route ne doit pas être pensée que par l’administration et par quelques opérateurs (EDT, Engie), elle doit aussi permettre la valorisation de la créativité de nos chercheurs, et de leurs réseaux, connecté à la Polynésie”, ajoute Tearii Alpha.

Pour le président de l’université, Pascal Capolsini, un tel séminaire doit être saisi comme une opportunité pédagogique : “Nos étudiants peuvent participer et assister au projet. C’est intéressant pour ceux qui envisagent de faire des thèses ou des stages de master sur ces questions-là”. Le campus compte une licence professionnelle Énergie renouvelable et maîtrise des énergies. Dans cette continuité, un master en maîtrise des énergies dans les milieux insulaires est accessible aux étudiants diplômés.

“Il faut anticiper”

“Ce n'est pas de la recherche fondamentale”, tempère Pascal Ortega à propos des atelier DEFIER. “On veut des infrastructures opérationnelles dans 8 ans. La recherche, c’est plus lent. Compte tenu du changement climatique, il faut limiter au plus vite la consommation de gaz à effet de serre et nous rendre indépendants de ses hydrocarbures. Il y a plein de choses qui font qu’on est dépendant à 93% du carburant. Il suffirait qu’on nous dise ‘On ne peut plus vous envoyer de gaz en Polynésie parce qu’on doit l’envoyer ailleurs’ et on serait bien embêté. C’est ce qu’il se passe en Europe avec la guerre en Ukraine et les sanctions prises contre la Russie. Il faut anticiper, et c’est tout l’objet de ce séminaire.”

Avec un taux de pénétration des énergies renouvelables dans le mix énergétique polynésien évaluer à 28.8% en 2019 et à 30,2% en 2020, le défi fixé en 2015 d’atteindre les 75% d’énergies renouvelables en 2030 semble aujourd’hui très audacieux. Mais pas impossible pour Tearii Alpha : “Nous souhaitons être un pays exemplaire par l’utilisation et la production d’énergie renouvelable. Nos îles pourraient accueillir différentes solutions énergétiques pour aller vers cette transition. Cela permettrait à la Polynésie de poursuivre sa décarbonation et de nous rendre beaucoup plus autonomes par rapport aux importations d’hydrocarbures. Ils représentent un grand risque pour le développement du pays. Nous avons dans notre écosystème, la chance de pouvoir développer le solaire. L’hydroélectricité, la force des courants marins (hydrolienne), et la transformation des différences de température sous-marine en énergie sont des solutions qui vont être étudiées pendant ces trois jours. Étant un pays entouré d’eau, nous pouvons penser à produire de l'hydrogène bleu”. À cœur vaillant, rien d’impossible… La restitution des travaux des ateliers Défier est prévue ce mercredi à 16 heures à l’UPF.

Rédigé par Guillaume Marchal le Lundi 12 Décembre 2022 à 16:43 | Lu 1064 fois