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De l'argent mais peu de projets dans les communes


Selon l'AFD, les communes disposaient en 2021 d'un budget de fonctionnement global de 40 milliards de francs. Crédit photo : Anne-Laure Guffroy.
Selon l'AFD, les communes disposaient en 2021 d'un budget de fonctionnement global de 40 milliards de francs. Crédit photo : Anne-Laure Guffroy.
Tahiti, le 24 aout 2023 – Des communes qui ont de l'argent, mais qui ont du mal à le réinvestir pour améliorer les services destinés à leurs administrés. C'est le constat de l'observatoire des communes de Polynésie française (2018-2021) qu'a révélé ce jeudi l'Agence française de développement (AFD) lors d'une conférence dans les locaux d'un hôtel de Faa'a. Un déficit d'investissements qui n'est pas dû à un manque de volonté mais d’ingénierie.
 
Comme chaque année depuis dix ans, l'Agence française de développement (AFD) a présenté son Observatoire des communes de Polynésie française. Ce jeudi dans les locaux du Hilton Faa'a, l'AFD a fait le point sur les comptes des communes locales pour la période 2018-2021, afin de tirer un bilan de leur santé financière. Le bilan est dans l'ensemble plutôt positif. En effet, selon le compte rendu de l'organisme financier, les communes ont remarquablement géré les différentes crises successives des dernières années, qu'elles soient sanitaires avec le Covid-19 ou économiques depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne (notamment grâce au soutien du Pays et de l'État). D'ailleurs l'une des premières constatations que le rapport présenté jeudi souligne : “Les communes ont de l'argent.” Selon l'AFD, en 2021 les budgets de fonctionnement cumulés des 48 communes polynésiennes totalisaient “40 milliards” de francs, soit “87 000 francs” par Polynésien : un chiffre exorbitant en comparaison à la Nouvelle-Calédonie et ses “40 000 francs” par habitant ou même à l'Hexagone qui plafonne à “26 000 francs” par administré – même si ce total en France métropolitaine s'explique en partie par une fiscalité différente. Si la trésorerie des communes polynésiennes est florissante dans un contexte d’endettement faible, ce que constate l’AFD dans ce rapport c’est le manque d'investissements financiers de la part des collectivités territoriales.
 
Peu d'endettement  
 
Pour rappel, l'AFD est un partenaire financier incontournable pour les communes. L'agence, que ce soit avec les subventions d'État (Fonds vert ou encore le Fonds pour les outremers) ou sur ces fonds propres, accompagne le monde communal. “On a engagé des aides pour accompagner notamment les équipes municipales dans la mise en œuvre de schéma directeur ou pour les conseiller dans leur politique publique”, explique Mounia Ait Ofkir, la présidente de l'AFD. À noter également que 70% de l'encours des prêts aux communes ont été contractés en partenariat avec l'organisme français. Il est par ailleurs important de souligner que si l'AFD est le premier soutien financier des collectivités locales polynésiennes, leurs taux d'endettements restent très faibles. En effet, celles-ci cumulent au total 5,95 milliards de francs d'encours en 2022. Soit un taux d'entêtement moyen de 15%. À titre de comparaison, cette moyenne atteint 68% en Nouvelle-Calédonie et 81% en métropole. “Ce chiffre est très bas, car les communes financent leur activité grâce à des subventions”, observe la directrice de l'AFD. Un constat à première vue positif, mais qui résulte de l'absence de pilotage stratégique et financier à moyen et long terme des investissements
 
Manque d'investissements
 
En 2021, les investissements effectués par les communes avaient chuté de 15% par rapport à l'année précédente, pour atteindre seulement 10,44 milliards de francs. Une baisse expliquée par la proximité des élections municipales à l'époque, mais qui est symptomatique d'un problème plus profond. Car si les communes ont de l'argent, elles ont un certain mal à l'investir. “C'est la capacité de transformation et d'accompagnements des projets d'investissements qui manque au monde communal et qui permettrait une amélioration des services pour les administrés. Ce n'est vraiment pas par manque de volonté, mais par manque de moyen extra-financier”, constate Mounia Ait Ofkir. Une situation d'autant plus problématique que les communes ont de très nombreuses compétences couteuses à assumer comme la gestion de l'eau potable, de l'assainissement, des déchets ou encore de l'énergie. Service de l'eau qui est d'ailleurs l'un des gros sujets du moment, puisque le Pays a adopté il y a deux ans une politique de l'eau, subventionnée à hauteur de 3 milliards de francs par l'Union européenne. L'AFD s'est en outre aperçue que plus les communes étaient éloignées de Tahiti, plus les couts d'investissement étaient onéreux, les Gambier en tête. “Des projets d'envergure sont en train de se monter, mais ce sont des investissements d'ampleur et à long terme. Forcement qu'on ne peut pas avoir une révolution d'une année sur l'autre, ça peut prendre parfois dix ans. Et les communes polynésiennes sont jeunes, à peine cinquante ans. Même s'il y a une marge de progression importante au regard des besoins actuels, elles s'améliorent chaque année pour mener à bien leur mission et les tāvana ont réussi à construire des équipes compétentes pour mettre de l'ingénierie, ce qui manquait, au cœur des équipes”, observe la directrice de l'AFD.*

Comme l'an passé, ce rapport de l’observatoire des communes met le point sur la réelle difficulté qu'ont les mairies à redistribuer les richesses de manière à améliorer les infrastructures de leur ville. Si la situation n'est pas critique, il est impératif pour les communes et les collectivités locales de trouver des solutions pour mieux s'armer face aux missions dont elles ont la charge pour leurs administrés.
 

Rédigé par Thibault Segalard le Jeudi 24 Août 2023 à 17:36 | Lu 1977 fois