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Coronavirus: le Danemark lève l'alerte sur la mutation des visons


Copenhague, Danemark | AFP | jeudi 19/11/2020 - Deux semaines après avoir lancé l'alerte sur une mutation problématique du coronavirus via les visons, le Danemark a conclu jeudi que cette menace potentielle pour les vaccins humains était "très probablement éteinte", en l'absence de nouveau cas détecté.

Les strictes restrictions spécifiques qui touchaient 280.000 Danois dans une bonne partie de la région du Jutland du Nord, à la pointe nord-ouest du pays, vont en conséquence être levées à partir de vendredi, a annoncé le ministère de la santé.

Le Danemark, qui a déjà abattu plus des deux tiers de son immense cheptel de 15 millions de visons, compte néanmoins toujours pour l'instant les éliminer tous, pour éviter toute nouvelle mutation à risque.

"Aucun autre cas de la mutation +Cluster 5+ provenant des visons n'a été détecté depuis le 15 septembre, c'est pourquoi l'Institut en charge des maladies infectieuses (SSI) estime que cette mutation est très probablement éteinte", a annoncé le ministère jeudi.

SSI a précisé à l'AFP que l'absence de cas touchait aussi bien les visons que les humains.

Si le caractère problématique de "Cluster 5" n'avait été identifié que début novembre, les contaminations de cette souche chez les visons et les 12 cas humains remontaient à août et septembre, laissant les autorités envisager que la contagion ait pu disparaître d'elle-même. 

Le Danemark est depuis des décennies l'improbable pays roi du vison: avec trois fois plus de bêtes que d'habitants, le petit royaume nordique en est le premier exportateur mondial, et le deuxième producteur derrière la Chine.

Prisé des industrie de luxe, l'animal à fourrure pose des problèmes dans la lutte contre le Covid-19: on sait depuis plusieurs mois qu'il peut non seulement contracter la maladie, mais aussi réinfecter l'être humain. Au Danemark comme dans d'autres pays, des élevages malades avaient déjà été abattus cet été.

10 millions de visons tués

Sur un ton alarmiste, la Première ministre danoise Mette Frederiksen avait donc ordonné début novembre d'abattre cette fois tous les visons du pays.

Le pays nordique s'était toujours défendu de semer la panique, mais justifié ces mesures drastiques par un problème "inquiétant". 

D'après les premières études, la forme de la mutation de "Cluster 5" pouvait entraîner une moindre efficacité des anticorps humains, menaçant ainsi la mise au point d'un vaccin contre le Covid-19.

En place depuis le 5 novembre, les restrictions dans sept communes du Jutland du Nord (limitation des déplacements, fermeture des transports publics, des bars et des restaurants...) devaient initialement durer jusqu'au 3 décembre.

SSI a identifié quatre autres mutations provenant du vison, mais elles ne présentent pas la même problématique que "Cluster 5". Et leur récurrence est en baisse dans le Jutland du Nord.

Sur les 12 cas humains de "Cluster 5", huit avaient des liens avec les cinq élevages où des cas provenant de la même souche avaient été décelés chez des visons.

Tous les visons de la région touchée ont été abattus et l'abattage des autres bêtes est en cours. A ce jour, 10,2 millions d'animaux ont été tués dans l'ensemble du Danemark.

Déconfiture politique

L'opération est devenue encore plus polémique depuis que la presse a révélé que l'ordre d'abattre tous les visons, y compris les animaux sains situés hors des foyers de contamination, n'avait pas de base légale.

Le ministre de l'Agriculture Mogens Jensen a démissionné mercredi, reconnaissant que des "erreurs" avaient été commises.

Pour rectifier le tir, le gouvernement a présenté un projet de loi visant à interdire les élevages de visons jusqu'en janvier 2022. Mais ses tâtonnements et excuses n'ont pas convaincu, au sein même des soutiens de gauche du gouvernement minoritaire social-démocrate.

Même si l'activité redevenait possible en 2022, peu croient en sa renaissance: il faut plus de 10 ans pour reconstituer des cheptels avec une fourrure de qualité, selon les éleveurs.

La principale maison de négoce, Kopenhagen Fur, prévoit elle d'ailleurs une "fermeture contrôlée" de deux à trois ans.

le Jeudi 19 Novembre 2020 à 05:42 | Lu 304 fois