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"Confinés, les Français sont encore plus réceptifs à notre destination"



​Tahiti, le 2 décembre 2020 - Malgré des chiffres en berne, Jean-Marc Mocellin, directeur général de Tahiti Tourisme, préfère voir le verre à moitié plein. "A l'opposé du tourisme de masse,"  le fenua se démarque selon lui par son isolement. En témoignent les reports des réservations à l'année prochaine. Le retour des touristes français à partir du 15 décembre est également "une bonne nouvelle". Reste à traverser le désert de la saison creuse, de janvier à avril.

La nouvelle stratégie du tourisme va-t-elle s'inspirer du diagnostic touristique fait par le Cetop (Centre d'études sur le tourisme en Océanie-Pacifique) de l'UPF ?

"Oui parce que c'est toujours intéressant d'avoir de nouveaux angles. Je retiens notamment l'approche de promotion et de gestion du tourisme par archipel. On devrait peut-être plus présenter la Polynésie non pas comme "Tahiti et ses îles", mais penser un développement touristique par archipel, mettant en avant leur identité propre."

Quel regard portez-vous sur les chiffres noirs du secteur depuis la reprise des vols ?
"On a un regard beaucoup plus positif puisque la reprise des vols nous a quand même permis d'accueillir 33 000 visiteurs depuis le 15 juillet. Alors évidemment, ce n'est que 30% de ce qu'on reçoit habituellement, mais ils ne seraient jamais venus si on était resté fermé. Ça nous a permis de rouvrir nos hôtels, nos pensions de familles, de faire tourner nos prestataires et nos salariés, même si ce n'était qu'à temps partiel.

Si le gouvernement n'avait pas eu le courage de le faire, toute ces entreprises seraient fermées, et je crains que pour beaucoup d'entre elles, elles le seraient définitivement. Ça nous a permis de relancer la machine et de fonctionner au ralenti certes, mais de fonctionner quand même. Les compagnies aériennes vous le diront : la fréquentation ne faisait qu'augmenter depuis juillet avec un petit coup dur au moins de novembre suite au confinement de la métropole." 


Il n'y avait donc pas d'autre choix que d'ouvrir les frontières ? 
"Non. Les pays qui sont toujours fermés comme la Nouvelle-Zélande, l'Australie ou la Calédonie, ont d'autres sources d'exportation comme les produits de l'agriculture ou le minerai. Ils peuvent vivre en autarcie, contrairement à nous. Notre principale activité exportatrice, c'est le tourisme. Sans ressource économique, on ne peut pas continuer à assurer les aides aux entreprises ou aux salariés, et donc contribuer à financer le système de santé.

On a tous vu ça à très court terme, mais il faut savoir que quand on reste fermé très longtemps, au bout d'un moment on n'a plus de ressource. Si on avait posé la question à la population en disant : "on reste fermé avec le risque, à terme, de ne plus se faire rembourser les dépenses de santé, ou on ré-ouvre, on essaie de maîtriser et de sauver des emplois." La réponse aurait été sans appel."
 

"D'habitude on a un plan sur deux ou trois ans, cette année on a dû changer notre fusil d'épaule une dizaine de fois"

Quel est l'état d'esprit des professionnels du tourisme ? Peut-on entrevoir le bout du tunnel ? 
"Le bout du tunnel non, par contre l'inquiétude reste de mise et on peut le comprendre. Le gros challenge qui nous attend c'est de tenir jusqu'à la haute saison. On a eu un petit coup dur avec la fermeture du marché français jusqu'au 15 décembre. On était sur une lancée qui nous permettait de tenir bien jusqu'en janvier, début de la période la plus creuse qui s'étend jusqu'en avril.

Nous avons cependant de bonnes raisons de rester optimiste. Déjà parce que le tourisme est une industrie extrêmement résiliente. Et pas seulement en Polynésie. Vous avez des attentats et des catastrophes naturelles partout dans le monde, y compris dans des pays touristiques comme la Thaïlande ou le Sri Lanka. Ce qui n'empêche pas les touristes de revenir. Loin de tout, la Polynésie est à l'abri de tout cela, et restera toujours un voyage de rêve, un 
"must do".

Ensuite, il y a l'arrivée du vaccin qui devrait être opérationnel en milieu d'année prochaine. Enfin, Tahiti a été précurseur de l'ouverture des frontières avec un protocole sanitaire fiable qui tient la route. Ce travail a donné confiance à tous nos marchés émetteurs et conforté l'image d'une destination sérieuse."

Que disent vos engagements de réservations sur l'année prochaine ?
"On est en avance dessus. Lorsqu'on a fermé nos frontières en mars, tous les gens qui devaient venir en avril et juillet ont non pas annulé, mais reporté leur voyage à l'année prochaine. Il faut dire qu'on les avait vivement encouragés à ne pas annuler, à grand renfort de campagnes de communication. Reste que, selon les marchés, 50 à 80% des réservations ont été reportées à l'année prochaine. On espère bien d'ici là, en avoir d'autres en plus."

Comment avez-vous vécu les mauvaises surprises de la crise sanitaire ? 
"On a changé de stratégie, de budget, de plan d'action, on a fermé des représentations... On a dû être extrêmement agile et réactif en permanence devant ce caractère imprévisible. Quand l'Amérique du sud a fermé ses frontières, on a redéployé les budgets en Europe et aux Etats-Unis.

Pour le Japon qui devait s'ouvrir au mois d'octobre, on a commencé à monter des plans d'actions et des budgets. Finalement l'ouverture a été reportée à l'année prochaine. On a donc recapitalisé sur la France, qui s'est fermée au dernier moment, du coup on a concentré nos moyens sur les Etats-unis : le seul marché qui nous reste aujourd'hui. D'habitude on a un plan sur deux ou trois ans, cette année on a dû changer notre fusil d'épaule une dizaine de fois."

"Le fenua propose les parfaits produits pour un voyage post-covid"

Justement, comment prépare-t-on le retour des touristes français, autorisés à voyager à partir du 15 décembre ? 
"Il y a un mois déjà, lorsqu'il nous restait encore deux marchés (la France et les Etats-Unis), on avait concentré tous nos efforts, tous nos budgets dessus, avec des campagnes de vente, de notoriété, des coopérations avec les agences de voyage, les tour opérateurs, et les compagnies aériennes, pour être le plus visible possible.

En France on avait lancé la campagne Maeva, où on s'était mis d'accord avec tous les acteurs pour faire des efforts et donner en bout de chaîne un package plutôt attractif, pas tant pour attirer les gens qui ont peu de moyens que pour envoyer un message, être visible.

Malgré le confinement, on a décidé de continuer à investir dans la campagne Maeva. Et on a eu raison, parce que les Français étaient encore plus réceptifs au message d'évasion dans les îles pendant le confinement. On a eu d'ailleurs plus de 150 demandes de dossiers de réservation sur le simple fait d'avoir vu nos publicités."


Le Covid a-t-il écorné l'image de la destination ?
"Au contraire. Notre destination tire son épingle du jeu dans cette crise, parce que les handicaps du passé représentent aujourd'hui des atouts pour l'avenir. L'isolement est synonyme de préservation, la Polynésie est une destination à l'opposé du tourisme de masse, idéale pour un slow tourism, qui désigne les visiteurs qui voyagent moins souvent, mais plus longtemps, prenant le temps de vivre des expériences. Ce qui explique d'ailleurs le taux de report des réservations. Enfin, notre gros avantage c'est que le fenua propose les parfaits produits pour un voyage post-covid."

C'est-à-dire ?
"C'est déjà une destination lointaine. Une fois en Polynésie, les gens partent dans des îles qui sont encore plus isolées. Ils se retrouvent ensuite dans des bungalows, ou dans des bateaux de croisière d'une capacité d'environ 300 places - au lieu de 5 000 - qui sont plus donc à taille humaine. Enfin la grande majorité des activités se font en plein air."

"Il faut s'adapter aux exigences sanitaires de nos marchés"

Faut-il aller chercher les marchés asiatiques, "premiers à se relever", comme certains économistes le suggèrent ?
"Ils sont sans doute les premiers à se relever, mais encore faut-il y avoir accès. Aujourd'hui, cet accès se fait à travers le Japon. Mais le Japonais n'est pas encore prêt à voyager, même si on pourrait très bien organiser des vols. On a un espoir pour avril et on espère que la mentalité va évoluer d'ici là. Effectivement, le marché chinois paraît plus accessible en termes de volonté de voyage, cependant il faut y aller. Pour obtenir des droits de trafic et desservir une destination comme la Chine, c'est au minimum un an de préparation. On ne lance pas une nouvelle ligne du jour au lendemain, en particulier dans ces pays-là."

C'est ce que vous aviez essayé de faire en Nouvelle-Calédonie ?
"Tout à fait. Et on allait obtenir les droits de trafics, on avait même obtenu l'accord de Cathay Pacific pour travailler en code share avec Air Calin, mais entre temps le gouvernement a changé et les nouveaux dirigeants ne voulaient plus entendre parler de cette destination. A ma grande déception."

Le CA a adopté une baisse de 15% de son budget pour l'exercice 2021, est-elle justifiée ?
"On est très reconnaissant d'avoir une baisse de seulement 15%, ce qui traduit une vraie volonté du Pays de relancer le tourisme. C'est justifié notamment parce qu'une bonne partie de nos marchés resteront fermés encore le premier trimestre, ce qui correspond à un quart de nos activités. De nombreux salons basculent également en virtuel ou sont carrément annulés. On va aussi renoncer à organiser des voyages de presse, notamment parce que beaucoup de journalistes ne peuvent pas encore venir."

Quelle est l'urgence aujourd'hui pour sauver le tourisme ?
"Un : il faut rester ouvert. Deux : continuer à maîtriser la situation sanitaire. Trois : il faut s'adapter aux exigences sanitaires de nos marchés. De plus en plus de pays demandent à leurs ressortissants de faire des tests avant de rentrer, tout comme on l'exige aux voyageurs qui viennent chez nous. Or, nos touristes ne passent pas nécessairement par Tahiti pour rentrer chez eux. Il faut qu'ils puissent faire des tests au moins dans les îles principales, sinon ils sont contraints de passer quelques nuits à Tahiti avant de rentrer chez eux. Ce sont des freins qu'il faut lever. On est en discussion avec les autorités sanitaires là-dessus."
 

Rédigé par Esther Cunéo le Mercredi 2 Décembre 2020 à 18:22 | Lu 2634 fois






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