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Carnet de voyage - Les Bataillard, derniers sculpteurs de Tubuai



Trois exceptionnels trésors, des reproductions de Aa dues à Paul Bataillard ; celui de gauche, vu de dos est en bois de cocotier. Mais le sculpteur refuse de s’en séparer, alors que les deux autres sont proposés à la vente.
Trois exceptionnels trésors, des reproductions de Aa dues à Paul Bataillard ; celui de gauche, vu de dos est en bois de cocotier. Mais le sculpteur refuse de s’en séparer, alors que les deux autres sont proposés à la vente.
TUBUAI, le 18 janvier 2018. Ils sont trois frères à perpétuer aujourd’hui la sculpture sur l’île de Tubuai, dans le strict respect des traditions des Australes. Soleils, lunes, dents, vagues, étoiles sont des motifs récurrents que ces artisans reproduisent à l’infini avec une patience qui force l’admiration. Mais où est la relève ? Question aujourd’hui sans réponse…

Il y a d’abord eu le père, Paul Bataillard, un solide gaillard aujourd’hui âgé de 84 ans, qui a passé ses outils à ses enfants. Il y a une vingtaine d’années, lorsque nous l’avions rencontré, il était le seul et unique sculpteur de Tubuai, capable de s’attaquer à des pièces aussi complexes que le dieu Aa, dont une réplique existe à Rurutu (l’original est à Londres)

A l’époque, il nous avait confié, avec beaucoup d’humilité, qu’il faisait ce qu’il pouvait pour que la petite flamme du travail sur bois ne s’éteigne pas sur son île ; mais il était inquiet, car ses enfants mobilisaient leur énergie dans l’agriculture et il ne voyait pas qui, après lui, continuerait.

Trois fils sculpteurs

Paul Bataillard est aujourd’hui rassuré : sur le tard (mais ne dit-on pas « mieux vaut tard que jamais » ?), trois de ses quatre fils ont repris en main les gouges paternelles, les compas, équerres, maillets, massettes, rifloirs et autres racloirs et se sont mis dans le sillage de papa. Heureuse initiative qui leur permet, aujourd’hui, d’arrondir leurs fins de mois et surtout de conserver bien vivant un savoir-faire ancestral qui ne doit pas disparaître de Tubuai.

Sur ces trois frères sculpteurs, nous avons pu en rencontrer deux : Pierre Maihea Bataillard, 45 ans, le plus jeune de la fratrie, et Jacob, 55 ans, l’aîné, sans doute le plus méticuleux dans ses réalisations qui atteignent la perfection. Jean-Paul, le troisième fils sculpteur, est également à la manœuvre, et s’attaque, lui aussi, à de grosses pièces, Jacob nous ayant expliqué qu’il avait déjà réalisé une copie de Aa.
Paul Bataillard, 84 ans, avec son petit-fils. C’est lui qui a sauvé la sculpture sur bois de la disparition à Tubuai.
Paul Bataillard, 84 ans, avec son petit-fils. C’est lui qui a sauvé la sculpture sur bois de la disparition à Tubuai.

Sauvegarder la tradition

Pour Pierre, les débuts se firent très timidement à l’âge de 17 ans, mais sans passion aucune.

Jusqu’à la trentaine, il donna priorité à l’agriculture, mais avec l’âge, il avoue avoir eu peur de voir la sculpture sur bois disparaître : « je n’ai pas voulu lâcher la tradition et le savoir-faire de mon père. Lui-même avait appris seul, car il avait besoin de moyens financiers supplémentaires pour nourrir sa famille et la sculpture était un bon complément ».

Aujourd’hui, Pierre vole de ses propres ailes et vit d’ailleurs avec son père dans son fare, vigilant observateur du travail de son fils.
Pierre Bataillard avec son fils, exposant quelques-unes de ses créations.
Pierre Bataillard avec son fils, exposant quelques-unes de ses créations.

Continuer l’œuvre du père

A quelques kilomètres de là, c’est chez Jacob que nous avons rendez-vous. A 55 ans, il nous avoue avec sourire et modestie qu’il n’a commencé la sculpture qu’à 53 ans, c’est-à-dire il y a deux ans.

Nous le trouvons sur sa terrasse, dehors, entamant les motifs d’une grande cuillère de bois.

Si la gentillesse et l’humilité ont une incarnation terrestre, c’est en la personne de Jacob qui est, à l’évidence, plus que surdoué, tant la perfection de son travail impressionne, mais qui, dans le même temps signe ses œuvres BPJ, comprenez Bataillard Paul Jacob : « je mets toujours le P de Paul, le prénom de mon papa, car c’est à lui que je dois tout et je continue son œuvre ».
Jacob Bataillard, le grand maître de la sculpture sur bois : en deux ans, il a fait plus de chemin dans son art que beaucoup d’autres ailleurs en dix ou vingt ans.
Jacob Bataillard, le grand maître de la sculpture sur bois : en deux ans, il a fait plus de chemin dans son art que beaucoup d’autres ailleurs en dix ou vingt ans.

Donner du temps au temps

Penché sur son labeur, Jacob paraît ne pas respirer. La justesse du trait au crayon à papier n’a d’égal que la précision du maniement de la gouge. Le travail est impeccablement fait, les symétries parfaites, mais évidemment, il faut donner du temps au temps.

« Pour une cuillère royale de ce type, je mets au moins un mois ». Dans la pièce derrière lui, qui lui sert de lieu d’exposition, une trentaine d’œuvres, aussi impressionnantes, beaucoup plus même pour certaines, sont sagement alignées sur des rayonnages. On reste confondu : il y a là des mois et des mois de travail acharné, mais Jacob, qui, comme tout le monde, a besoin d’argent pour vivre, explique qu’il ne confie pas ses œuvres à d’autres personnes pour les expositions extérieures, comme celle des Australes qui a eu lieu en 2017 fin octobre à Papeete : « après coup, on me dit toujours que la pièce a disparu, qu’elle a été volée… Je préfère donc vendre ce que j’ai seulement à Tubuai, j’en vends moins, mais au moins je contrôle ce qui se passe et personne ne me vole »…

A la recherche de jeunes

Le bois de prédilection de Jacob est l’acajou, dont il a planté lui-même de nombreux spécimens voilà bien des années. « Malheureusement, le cyclone Oli a détruit environ la moitié de la centaine d’arbres que j’avais mis en terre, mais j’ai encore des réserves ».

Qui, après Paul le papa, Jacob, Pierre et Jean-Paul les fils, reprendra la suite ? C’est la grande inconnue sur l’île.

Jacob entretient de très bons rapports avec le Centre des métiers d’art à Papeete, dont le directeur sait le prix de cette tradition de la sculpture des Australes, enseignée aux élèves, mais il reste à trouver des jeunes de Tubuai susceptibles de faire ce cursus au CMA et désireux ensuite de revenir dans leur île pour faire vivre cet artisanat qui confine à l’art. Gageons que l’exemple de la famille Bataillard suscitera des vocations. Et que Tubuai, comme Raivavae, restera un pôle de la sculpture sur bois…

Textes et photos : Daniel Pardon

Modeste Jacob…

Disons-le tout net, le travail de Jacob est d’une finesse exceptionnelle et Paul Bataillard peut être rassuré, l’élève a au moins égalé le maître. Mais Jacob est un grand modeste : « je sculpte avec des outils métalliques, mais il m’en manque beaucoup par rapport à mes besoins. Et de toutes les façons, je n’en suis pas à avoir le coup de main que l’un de mes confrères sculpteurs a, lui, à Raivavae : il a un doigté exceptionnel, et il finit les détails de ses sculptures avec des dents de requin et des dents de rat, absolument minuscules. Techniquement, je n’en suis pas encore à ce stade ».

N’empêche que les rames, les casse-têtes et les cuillères royales de Jacob, sans parler de ses umete, combleraient le plus exigeant des collectionneurs. Et tant mieux s’il lui reste encore une marge de progression !
La modeste salle d’exposition de Jacob est remplie de trésors qui ne peuvent être achetés que sur place.
La modeste salle d’exposition de Jacob est remplie de trésors qui ne peuvent être achetés que sur place.

Bon à savoir

- On peut aller aux Australes douze mois sur douze, mais les intersaisons sont, nous semble-t-il, les meilleurs moments pour visiter Tubuai. Au cœur de la saison chaude, le risque cyclonique, même s’il est très faible, existe, tandis qu’en juillet-août, en plein hiver austral, la météo est parfois capricieuse.

- « Séjours dans les îles » agence de voyage d’Air Tahiti, vous propose deux hébergements :

-la pension Toena (appelée aussi « chez Juliette » par les gens du cru) à partir de 45 852 Fcfp (séjour vol + 2 nuits avec demi-pension).
-la pension Wipa Lodge (à partir de 50 652 Fcfp).
- Non vendue par Séjours dans les îles, la « Pension chez Yolande » en bord de mer, à 2 km de Mataura, compte 6 chambres dans une grande bâtisse blanche.

- La bonne adresse pour se restaurer à midi : « Marai’ai Le Spot » à Mataura, chez Hervé et Hina. Excellent poisson cru, viandes, pizzas et service ultra rapide.

- Le tour de l’île fait à peu près 26 km, tandis que la traversière (très pratique) reliant Mataura à Mahu, mesure 7 km.

Taitaa, la renaissance

L’actuelle pension Taitaa est l’hébergement choisi par Tahiti Infos pour cette escapade à Tubuai. Située à moins d’un kilomètre de la mer, dans un très grand jardin arboré (letchis en saison) à Mataura, cet hébergement a connu diverses fortunes avant d’être repris depuis un an environ par Nathalie et Nariiorono (surnommés Nat’ et Narii). Lui est un « pur Tubuai » ayant vécu quinze ans en Métropole, tandis qu’elle est une Bretonne pur jus, qui a une corde particulière à son arc, puisqu’elle est pâtissière.

Actuellement, leur pension compte trois chambres entièrement rénovées et deux autres le seront prochainement. Narii dispose d’un 4x4 pour vous faire découvrir les plus beaux marae de son île ; il a également un bateau pour emmener ses clients aux motu, et il compte bien se doter d’un puissant poti marara en 2018 afin de pouvoir affronter aussi bien le vaste lagon que la passe et la mer. Au programme, de la pêche, ce qui devrait enchanter sa clientèle.

Coordonnées : nathdoom@gmail.com
Tel : 87 22 22 32 ou 40 950 150
Facebook : Pension Taitaa Tubuai
Site : www.pension-taitaa.com
Une vue de la pension Taitaa, à Mataura.
Une vue de la pension Taitaa, à Mataura.

Détail d’un manche de rame sculpté par Pierre Bataillard.
Détail d’un manche de rame sculpté par Pierre Bataillard.

Un splendide umete signé Pierre Bataillard.
Un splendide umete signé Pierre Bataillard.

Gros plan sur le minutieux travail de Pierre.
Gros plan sur le minutieux travail de Pierre.

Détail d’un manche de pagaie sculpté par Jacob Bataillard.
Détail d’un manche de pagaie sculpté par Jacob Bataillard.

Détail d’un soleil orné de petites lunes, dû à Jacob.
Détail d’un soleil orné de petites lunes, dû à Jacob.

La sculpture des Australes n’a rien à voir avec celle des Marquises : il s’agit de mettre en scène lunes, soleils, dents et étoiles, entre autres motifs dominants.
La sculpture des Australes n’a rien à voir avec celle des Marquises : il s’agit de mettre en scène lunes, soleils, dents et étoiles, entre autres motifs dominants.

La sculpture des Australes n’a rien à voir avec celle des Marquises : il s’agit de mettre en scène lunes, soleils, dents et étoiles, entre autres motifs dominants.
La sculpture des Australes n’a rien à voir avec celle des Marquises : il s’agit de mettre en scène lunes, soleils, dents et étoiles, entre autres motifs dominants.

La sculpture des Australes n’a rien à voir avec celle des Marquises : il s’agit de mettre en scène lunes, soleils, dents et étoiles, entre autres motifs dominants.
La sculpture des Australes n’a rien à voir avec celle des Marquises : il s’agit de mettre en scène lunes, soleils, dents et étoiles, entre autres motifs dominants.

Rédigé par Daniel PARDON le Jeudi 18 Janvier 2018 à 11:20 | Lu 2212 fois




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