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CHPF : “Aujourd'hui, travailler dans la santé c'est en perdre la sienne !”


Tahiti, 17 mai 2024 – Suite à l'annonce des 26 chefs de service du CHPF prêts à poser leur démission, la parole se libère et le bilan s'alourdie pour l'hôpital. Conditions de travail déplorables ou situation de sous-effectif, le personnel hospitalier exprime son ras-le-bol.
 
Si la situation ne date pas d'hier, s'en est désormais trop pour le personnel hospitalier du CHPF de Taaone. En effet, ce jeudi, nos confrères de TNTV révélaient que 26 chefs de service du centre hospitalier de Pirae étaient prêts à poser leur démission s'ils n'étaient pas reçus et entendus prochainement par la direction de l'hôpital. En cause, un manque de moyens matériels et humains dont les conséquences affectent aujourd'hui non seulement le personnel de l'hôpital mais également ses patients.
 
“Les images ont déjà fait le tour des réseaux sociaux. Il y a des fuites partout et donc de la moisissure aussi, notamment dans les chambres de nos patients”, reconnaît péniblement une infirmière, désireuse de garder son anonymat. “Nos climatiseurs fuient. On nous dit que cela va être réglé bientôt… Eh ben le temps commence à se faire long ! Et pour vous dire, aujourd'hui, l'hôpital n'est même pas capable de nous fournir du papier et des stylos. Même pour ces choses-là, ce sont les différents services qui doivent s'équiper eux même. Et c'est ce qui nous agace aussi : même sur les petites choses, l'hôpital n'est pas capable de faire ce qu'il faut.”
 
Alors que dire des problèmes plus sérieux, qui ne manquent pas selon le personnel : “Le gros problème c'est le sous-effectif dont sont victimes tous les services”, assure une autre infirmière. “Aujourd'hui, on essaye de nous faire sauter nos congés car il n'y a personne pour nous remplacer durant ces périodes. Du coup, on n'a plus le choix, on pose des arrêts psy. Le manque de personnel nous oblige également à travailler plus, sans être payé davantage. Pas de primes, rien. Ce n'est pas vivable.” Une situation qui a inévitablement pour effet de faire fuir le personnel : “Aujourd'hui, ceux qui ont de l'expérience n'hésitent plus à partir vers les structures privées pour avoir de meilleures conditions de travail. Ceux qui arrivent de Métropole repartent aussitôt car il faut travailler trois fois plus ici. Nous effectuons un métier passion, mais aujourd'hui, anciens de la profession ou nouveaux, plus personne ne veut venir au travail. Avec le stress qui s'accumule, c'est nous qui tombons malade. Aujourd'hui, travailler dans la santé c'est en perdre la sienne !”
 
Du côté des chirurgiens aussi on fustige ce manque d'effectifs : “Cela nous contraint beaucoup. Nous avons de moins en moins accès aux blocs opératoires car il y a de moins en moins de personnes pour faire tourner ces blocs et nous permettre d'opérer. Du coup, nous prenons de plus en plus de retard et ce n'est tout simplement plus possible.” Montés au créneau, les 26 chefs de service réclament aujourd'hui une rallonge budgétaire de 500 millions de francs par an afin de financer 150 postes qu'ils jugent nécessaires, ainsi que 700 millions de francs pour investir dans du matériel. La Direction dispose d'une dizaine de jours pour désamorcer le conflit et apporter des solutions.

Rédigé par Wendy Cowan le Vendredi 17 Mai 2024 à 17:30 | Lu 2316 fois