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Booba risque un procès pour cyberharcèlement après sa campagne contre Magali Berdah


GUILLAUME BAPTISTE, Bertrand GUAY / AFP
GUILLAUME BAPTISTE, Bertrand GUAY / AFP
Paris, France | AFP | lundi 23/02/2026 - Un harcèlement ciblé et personnel, plutôt qu'une campagne contre les dérives des influenceurs: le parquet a requis un procès contre le rappeur Booba pour avoir cyberharcelé Magali Berdah, fondatrice de l'agence Shauna Events.

Le parquet de Paris a requis mi-février un renvoi en correctionnelle contre le rappeur de 49 ans, ainsi que deux complices présumés, Grégory Zaoui, aussi connu par la justice comme l'un des principaux protagonistes de la fraude à la taxe carbone, et une ancienne employée de Mme Berdah, a appris l'AFP de sources proches du dossier.

Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, monument du rap depuis les années 1990, s'est lancé en 2022 dans une croisade contre les influenceurs, qu'il a renommés les "influvoleurs", et leurs pratiques commerciales qu'il présente comme trompeuses. 

Avec l'appui de ses "pirates", une communauté numérique relayant ses publications ou trollant les personnes ciblées par Booba, le "Duc de Boulogne" lançait des "malédictions".

Dans son viseur, notamment: Magali Berdah, 44 ans, qui a vu sa carrière d'agente de stars de l'influence mise à mal. Mais pour le parquet, qui souligne une "volonté de nuire", les posts de Booba ont dépassé "le cadre de la dénonciation de ses pratiques commerciales".

- 1,3 post par jour -

"Nous nous attendions à ce réquisitoire. C'est simplement le cours normal de la procédure", ont estimé auprès de l'AFP les avocats du rappeur, Mes Marie Roumiantseva et Gilles Vercken. Le juge d'instruction doit désormais décider d'ordonner un procès ou non.

Le parquet relève l'avalanche de tweets publiés par Booba au sujet de Mme Berdah: 1,3 post par jour en moyenne pendant un an. Certains "la visaient personnellement": critiques sur son physique, mise en cause de sa religion juive, comparaison à un animal, à un "démon" ou à un "monstre"...

Du côté de Magali Berdah, "nous attendons désormais qu'une ordonnance soit rendue rapidement afin qu'un procès puisse se tenir dans les meilleurs délais", ont réagi ses avocats, Mes Antonin Gravelin-Rodriguez, Rachel-Flore Pardo et David-Olivier Kaminski.

Le parquet relève que Booba "n'a pas hésité à publier sur tout élément de la vie privée de Magali Berdah", lui en voulant personnellement depuis qu'elle avait fait suspendre certains de ses comptes sur les réseaux.

Certains posts concernaient sa vie sexuelle et ses enfants, ou répandaient de "fausses rumeurs sur sa famille", note le parquet. Mme Berdah s'était vu prescrire 15 jours d'incapacité.

Booba a encore continué de publier alors qu'il était mis en examen, note encore le parquet. "Pour moins que cela certains ont vu leur contrôle judiciaire révoqué...", souligne Me David-Olivier Kaminski.

Si "ces publications ne constituent pas" une violation du contrôle judiciaire de Booba, elles caractérisent pour le ministère public "une continuation du harcèlement en ligne". Les charges de menaces de mort et de recel, un temps soulevées, ont par contre été abandonnées.

- "Comme une guerrière" -

"Booba a voulu me mettre à terre et me rendre infréquentable", a réagi lundi Magali Berdah, contactée par l'AFP. "J'ai énormément souffert de ce harcèlement inhumain, ma famille aussi. J'ai même tenté plusieurs fois d'en finir, non pas par lâcheté mais pour libérer mes proches de cet enfer. Mais j'ai tenu, et je me sens aujourd'hui comme une guerrière et j'irai jusqu'au bout, grâce à la justice, afin que ça ne se reproduise plus jamais".

En plus du cyberharcèlement, Magali Berdah impute à Booba un lourd préjudice causé à Shauna Events, société spécialisée dans les influenceurs, qu'elle a fondée, et vient de faire saisir près de 40 millions d'euros à "titre conservatoire" sur ses droits d'auteur et comptes bancaires.

Booba a de son côté porté plainte contre Magali Berdah, mais l'enquête pénale ouverte sur des soupçons de pratiques commerciales trompeuses a été classée sans suite en novembre 2023.

Le rappeur est aussi mis en examen depuis octobre pour harcèlement moral en ligne sur Demdem, la compagne du rappeur Gims, et doit être jugé en avril dans un dossier d'injures et de cyberharcèlement envers une journaliste et une essayiste.

le Lundi 23 Février 2026 à 05:15 | Lu 143 fois