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Bonne formation et mauvaise gestion au lycée hôtelier


Tahiti, le 30 avril 2024 - À peine les 20 ans du lycée hôtelier célébrés, et son nom changé, que voilà la Chambre territoriale des comptes se penche sur la gestion de l’établissement de 2016 à 2023. Après la fête, vient le temps des remises en question.

 
La Chambre territoriale des comptes a examiné les comptes et la gestion du lycée hôtelier de Tahiti (LHT) de 2016 à aujourd’hui. Le contrôle porte sur le pilotage de l’établissement, la situation financière, les formations dispensées et le personnel. Le point spécifique de l’approvisionnement de l’établissement a également été analysé. Huit recommandations sont formulées, ce qui en fait trois de moins que lors du dernier rapport rendu en 2014.
 
L’établissement qui accueille 706 élèves cette année, dont 35% environ viennent des îles autres que Tahiti propose des formations allant du certificat d’aptitude professionnel (CAP) jusqu’au brevet de technicien supérieur (BTS), en passant par des mentions complémentaires dont l’offre a été enrichie ces dernières années.
 
Derrière les bons chiffres des résultats scolaires de leurs étudiants, malheureusement, d’autres chiffres, bien moins sympathiques pour le lycée, sont venus grever la gestion de l’établissement depuis 2021, notamment à cause de la crise Covid que le monde a pris de plein fouet.
 
Ainsi, note la CTC, “plusieurs crises qui ont déstabilisé son organisation nécessitant la gestion de la part de l’équipe de direction et particulièrement du proviseur de situations difficiles”. L’absentéisme des étudiants a plus que doublé, mais les chiffres comptables ont aussi souffert. “Plusieurs audits réalisés au cours de la période par la Direction des finances publiques (DFIP) mettent l’accent sur les désordres comptables et portent une appréciation défavorable sur le fonctionnement de l’agence comptable du LHT”, explique sévèrement le rapport de la CTC. Ainsi, la section fonctionnement du lycée est en déficit de 29 millions de francs en 2022, principalement liés à trois postes de dépenses : achats de matière d’œuvre, achats de matériels et voyages d’études et sorties pédagogiques des élèves.
 
De même, les subventions fournies par le Pays manquent d’un cap pour en suivre la traçabilité.
 
Autre reproche formulé par la Chambre territoriale des comptes, l’absence de passation de marché public pour l’achat de denrées alimentaires. Les achats directs aux fournisseurs ne permettent pas de faire jouer la concurrence au bénéfice des prix.

Une procédure pour détournement de fonds

En mai 2023, un directeur administratif et financier (DAF) a été nommé. Assez rapidement, ce dernier a mis en évidence une opération de détournement de fonds assez élevée de l’ordre de 99 millions de francs. Des sommes par la suite réévaluées à 36 millions de francs, sans certitude pour autant.
“Procédant ensuite à l’analyse fouillée des comptes d’attentes du Cnam, le DAF a découvert plusieurs détournements et la présentation de faux reçus d’espèces”, constate la CTC dans son rapport. “Selon lui, les détournements auraient été opérés par l’agent en charge de l’encaissement – en chèque ou espèces – des inscriptions des auditeurs. Selon les réserves faites par le comptable en fonction en janvier 2023, de nombreux chèques relatifs aux inscriptions aux formations ont été stockés et sont ainsi non versés pour un montant de 2,1 millions de francs. Ces chèques, dont certains n’ont pas d’ordre, sont tous prescrits d’après leur date d’émission.”
 
L’agent chargée des inscriptions et de l’encaissement des fonds correspondants a admis et avoué (par écrit), en mai 2022, avoir détourné un montant de l’ordre de 4 millions de francs et une procédure de licenciement a été lancée et une plainte (toujours en cours d’instruction selon les informations recueillies par la Chambre) a été déposée à la gendarmerie de Faa’a en mai 2022 par le proviseur du LHT.

L’évaluation du montant exact détourné, qui pourrait être supérieur à celui énoncé de 4 millions, doit être déterminé par voie d’enquête. Selon l’agent comptable du LHT en fonction ce détournement pourrait être estimé à plus de 36 millions de francs avec une partie très importante des créances qui serait irrecouvrable.
Un manque à gagner pour le lycée qui a déjà souffert des effets approximatifs de gestion, couplés à la crise Covid.

Le lycée trop sollicité
 
C’est vrai qu’il est de bon ton de convier le lycée hôtelier pour ses manifestations. Petits-fours, belle présentation, et le sentiment de permettre aux étudiants d’apprendre “in situ” nappe de belles intentions la volonté d’avoir un buffet bien présenté et à moindre coût pour certains organisateurs et justifie de ne pas recourir à un traiteur.
 
Le problème, c’est que le lycée hôtelier peine à dire non à ces invitations. Il en résulte un programme pédagogique souvent bouleversé, générateur de stress professionnel pour les enseignants comme pour les élèves, et susceptible d’être “un facteur de découragement voire, dans certains cas, de décrochage scolaire”, note la CTC. “Le LHT ne peut pas répondre à toutes les sollicitations extérieures en bouleversant sans cesse sa programmation. Il doit rester centré sur son cœur de métier pour préparer les élèves et étudiants aux exigences des épreuves d’examen et à l’acquisition de la professionnalité”, observe la Chambre.



 
HT
Les recommandations
 
  • Respecter, dès 2024, le calendrier de programmation des manifestations et des projets ;
  • Reverser périodiquement sur le compte dépôt de fonds au Trésor (DFT) les sommes encaissées sur le compte bancaire privé ;
  • Assurer, dès 2024, un meilleur suivi de l’encaissement des subventions reçues ;
  • Élaborer et faire voter, à compter du budget 2024, un État Prévisionnel des Achats au moment du vote du budget primitif ;
  • Recourir, dès à présent et de façon systématique, à l’accord-cadre de denrées alimentaires dans le cadre d’un groupement de commandes constitué entre plusieurs établissements publics d’enseignement de Polynésie française (EPLE) ;
  • Mettre en place, dès 2024, les marchés publics adaptés pour couvrir les achats de denrées alimentaires spécifiques liés à l’activité pédagogique ;
  • Améliorer, dès à présent, les processus de commande, de réception et de suivi des stocks du service économat ;
  • Être capable, dès 2024, de restituer par atelier professionnel, la ventilation annuelle des recettes et des achats réalisés.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Lundi 29 Avril 2024 à 17:51 | Lu 5094 fois