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Bientôt fiu des touristes ?



Le Celebrity Solstice et ses 2764 passagers à Moorea en octobre 2013. (DR)
Le Celebrity Solstice et ses 2764 passagers à Moorea en octobre 2013. (DR)
Tahiti, le 16 février 2020 - Alors que toute la stratégie de promotion de la destination Polynésie se base sur l’accueil, une étude de l’Université de la Polynésie française montre que les habitants de nos îles commencent à moins apprécier les touristes.

Quand y aura-t-il trop de touristes en Polynésie ? Le "surtourisme" est défini comme "l’impact du tourisme sur une destination qui influence de manière excessive la qualité de vie perçue par les locaux, et/ou la qualité des expériences perçues par les visiteurs, de manière négative". Des destinations comme Barcelone, Venise, Amsterdam, le Machu Picchu ou Bali, pour ne citer qu'elles, ont arrêté de promouvoir la destination et mettent en place des taxes et des quotas pour limiter le nombre d’arrivées. Les problèmes provoqués par le surtourisme sont très variés, entre les hordes qui se massent près des lieux emblématiques, la pression sur les infrastructures, les ressources en eau, la sensation de devenir des "ville-musées", la hausse des loyers à cause d’Airbnb…

Pour une destination comparable à la Polynésie en nombre d'habitants, voyons la petite Islande qui reçoit 2,3 millions de touristes (x5 en une décennie) pour 340 000 habitants, ce qui met toutes les infrastructures locales sous tension et affecte l’environnement de l’île. En réponse, le pays a commencé à diminuer les vols low cost, favorise le tourisme haut de gamme et fait signer une charte de respect de son environnement à tous ses visiteurs.

Heureusement, la Polynésie est encore loin de ces extrémités. Avec 82 visiteurs pour 100 habitants, il y a encore des marges de progression avant que le tourisme ne devienne un problème… Mais les chiffres augmentent très vite (+8 % de visiteurs par an) et les premiers impacts négatifs font déjà tiquer la population. Fin janvier, lors des Conférences de la Recherche à l’Université de la Polynésie française (UPF), le chercheur Pierre Ghewy a justement présenté les résultats des travaux menés avec des étudiants de l’UPF sur le sujet.

LA BIENVEILLANCE ENVERS LES TOURISTES EN BAISSE

Déjà, les travaux de cet universitaire et de ses confrères montrent un changement rapide des structures d’hébergement disponibles. Ainsi, aujourd’hui nos hôtels peuvent accueillir 6 000 touristes, les pensions de famille 2 000 personnes, et les meublés touristiques pourraient en héberger 4 000 (dont 1 700 à Moorea et 1100 à Tahiti). Un tiers de toutes nos capacités d’hébergement seraient donc des maisons, appartements et bungalows proposés sur Airbnb et les autres plateformes du genre. Voilà qui change le visage de nos touristes. Car si 80 % des séjours sont toujours vendus en package – des touristes qui restent dans leurs resorts et participent aux activités organisées par leurs hôtels – avec la montée de French Bee et de Airbnb, les visiteurs sont de plus en plus mélangés à la population, au contact direct des habitants.

Bientôt fiu des touristes ?
Et maintenant que les gens rencontrent de plus en plus de touristes, l’opinion de la population commence à changer. L’UPF a ainsi mené une grande enquête d’opinion auprès de 900 Polynésiens dans tous les archipels (voir ci-dessus), et tous les indicateurs sont à la baisse entre 2018 et 2019. Sur une échelle de 1 à 10 :
  • Le comportement bienveillant envers les touristes est passé de 6,2 à 5,9 ;
  • La perception des éléments défavorables liés au tourisme est passée de 3,1 à 3,6 ;
  • La perception des éléments favorables liés au tourisme est stable à 4,5.
  • Le solde des attitude positives et négative vis à vis du tourisme a donc baissé, de 1,3 à 0,8.

Si les Polynésiens sont encore favorables au développement du tourisme, la marge se restreint. Par contre, même avec un début d’érosion, nous restons encore très ouverts aux étrangers, avec 6 Polynésiens sur 10 qui continuent d’avoir une attitude bienveillante envers les touristes. Comme quoi le sens de l’accueil de la Polynésie n’est pas juste un argument marketing mais une vraie culture !

Les débats qui ont suivi la conférence de Pierre Ghewy ont aussi porté sur le cas de Bora Bora. C’est peut-être l’île polynésienne la plus proche de ce fameux concept de "surtourisme", comme l’illustre la décision récente de la municipalité d’interdire les bateaux de croisière dans son lagon d’ici quelques années. Mais pour les chercheurs, des études supplémentaires seront nécessaires pour déterminer comment les habitants de l’île perçoivent vraiment leurs visiteurs, et quel est leur impact sur l’environnement de l’île.

Pierre Ghewy,

Maître de conférence à l'UPF, chercheur au laboratoire GDI (Gouvernance et développement insulaire), co-directeur du CETOP (Centre d’étude du tourisme en Océanie-Pacifique)

Votre conférence montre que le visage du tourisme change en Polynésie, mais lentement...
Effectivement, 80 % de nos visiteurs prennent encore des packages. Mais on voit dans le monde que les touristes prennent de moins en moins ces produits. Souvent ils prennent un vol, réservent un premier point de chute, puis ils louent une voiture et se baladent. Grâce aux outils internet, ils cherchent un hôtel là où ils pensent être dans une heure… En Polynésie c’est plus compliqué, on n’en est pas encore là, mais on voit cette tendance commencer à arriver, notamment avec l’auberge de jeunesse créée par Maui Shan. On commence à voir des touristes arriver le matin et appeler pour un hébergement dans la journée. Mais dans les îles c’est encore un peu compliqué, même si on voit que AirBnB s’y développe vite.

Vous avez mesuré qu’un tiers de toutes les capacités d’hébergement de Polynésie sont sur Airbnb. Cela commence à affecter la façon dont les Polynésiens voient les touristes ?
Effectivement. Ce que cela va changer c’est que l’on va avoir de plus en plus de touristes qui sont au contact de la population. Les touristes qui viennent en package restent dans leur hôtel toute la journée et font les activités de l’hôtel, c’est fait exprès par les hôtels pour les inciter à dépenser dans leur établissement, donc les rencontres avec la population restent assez rares. Mais les touristes en pension de famille ou en Airbnb, qui se développent tous les deux, vont se promener en ville, mangent dehors, discutent avec les gens, réservent eux-mêmes leurs activités… C’est là qu’on a le tourisme inclusif que veut développer le ministère du Tourisme.(...) Nous avons mis en place un baromètre de l’attitude des Polynésiens vis-à-vis du tourisme et des touristes. Nous avons pour l’instant deux séries de données, pour 2018 et 2019, donc il faudra attendre de voir si la tendance se confirme dans les années qui viennent… Mais actuellement la tendance est en baisse. On a encore de très bons niveaux d’attitude, il n’y a pas de soucis, l’accueil polynésien n’est pas une invention. Mais on voit que l’attitude positive des locaux par rapport aux touristes et au tourisme diminue. C’est quelque chose qu’il faut avoir bien à l’esprit pour poursuivre et perfectionner les campagnes de sensibilisation du grand public, et pour adapter nos politiques touristiques.

Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Dimanche 16 Février 2020 à 22:21 | Lu 13824 fois

Tags : TOURISME





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