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Aux assises de la transition énergétique, la marche est haute


Tahiti, le 10 mai 2022 – Le gouvernement a organisé mardi ses assises de la transition énergétique à la présidence, pour consulter les responsables publics et privés sur les transports, la multiplicité des réseaux électriques des îles, les liens entre communes et entreprises ou encore l'empreinte carbone des bâtiments… Objectif ? Dresser la programmation pluriannuelle qui permettra notamment d'accrocher les 7 milliards du fonds Macron et dégager des pistes pour atteindre l'ambition quasi-irréaliste des 75% d'énergies renouvelables en 2030.
 
"Une nouvelle page pour l'énergie en Polynésie." Rien de moins. C'est l'ambition affichée par le président du Pays, Édouard Fritch, qui a ouvert mardi matin à la présidence la journée de quatre tables rondes consacrées aux "Assises de la transition énergétique". Des "assises" organisées certes en fin de mandature par le Pays, mais qui n'ont pourtant pas vraiment de lien avec le calendrier électoral à venir. Du moins, pas celui de la Polynésie française. En effet, si le ministre en charge du secteur, Yvonnick Raffin, a souhaité une remise à plat de sa planification pour la politique énergétique ces prochaines années, c'est d'abord et surtout pour bénéficier du fameux fonds de transition énergétique de 7 milliards de Fcfp annoncé en juillet dernier par le Président de la République Emmanuel Macron pour la Polynésie.
 
Programmer, planifier…
 
Le 15 février dernier, le ministre en charge de l'Énergie avait annoncé en effet l'extinction prématurée du Plan de transition énergétique (PTE) 2015-2030 imaginé par l'un de ses prédécesseurs, Nuihau Laurey. L'objectif annoncé par Yvonnick Raffin est en fait de constituer une nouvelle Programmation pluriannuel de l'énergie (PPE) pour montrer patte blanche à l'État, flécher les investissements prioritaires en matière de transition énergétique et en faire le sésame pour l'obtention des 7 milliards de Fcfp nationaux. Ceci pour atteindre l'objectif global fixé par la Polynésie -"ambitieux dans un pays comme le nôtre", a concédé mardi matin Édouard Fritch- d'atteindre 75% d'énergie renouvelable dans le mix énergétique polynésien d'ici 2030. Les Assises de la transition énergétique organisées mardi sont donc la consultation préalable à la réalisation de cette PPE.
 
Plus globalement, le gouvernement planche également sur la réalisation d'un "Plan climat de la Polynésie française" (PCPF) qui chapeauterait l'autre objectif global fixé par la Polynésie de réduction de son empreinte carbone, en divisant par deux ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Le Plan climat énergie 2015-2020 avait été prolongé en 2021, "à cause de la crise Covid", invoque-t-on côté Pays, mais il n'a pas du tout porté ses fruits. Au contraire. Résultat, le gouvernement et ses services, poussés par les associations environnementales, planchent actuellement sur ce nouveau Plan climat de la Polynésie française, intégrant notamment les réflexions sur la décarbonation des transports et la maîtrise énergétique des bâtiments. Selon nos informations, un prestataire doit être choisi en mai prochain, avant un à deux ans de concertations pour arriver à élaborer enfin cette planification.
 
Consultation
 
Fin de mandat oblige, le président du Pays a souhaité souligner mardi le bilan de sa mandature sur un secteur de la transition énergétique qui avance de toutes façons beaucoup trop lentement face aux préconisations et rapports alarmants du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Principales évolutions à mettre au crédit du gouvernement : la réforme du code de l'énergie pour poser un "cadre réglementaire" sur les évolutions énergétiques nécessaires ; le système de péréquation des tarifs de l'électricité pour donner pleine latitude aux communes pour piloter leur transition énergétique ; le lancement du premier volet de l'appel à projets pour des fermes solaires avec batteries à Tahiti ; et enfin le SWAC de l'hôpital qui pèse à lui seul 2% d'énergies renouvelables dans le mix énergétique sur l'île de Tahiti.
 
Mardi, quatre tables rondes ont été constituées pour quatre axes de réflexions qui débordent parfois du cadre de la PPE pour empiéter sur celui du PCPF. Premièrement, les solutions pour transformer la "mobilité", avec un secteur des transports qui représente rien de moins que 66% de la consommation d'énergie de la Polynésie française. Deuxièmement, le sujet épineux en Polynésie de l'intégration des énergies renouvelables sur un "réseau électrique non interconnecté", les îles polynésiennes étant toutes électriquement indépendantes l'une de l'autre et évidemment non raccordées sur un même réseau. Troisièmement, un atelier sur le rôle pour les communes et les entreprises dans la transition énergétique, après deux années de reports des échéances des contrats de délégation de service public de l'énergie dans une dizaine de communes polynésiennes. Quatrièmement, le sujet de la réduction de l'empreinte carbone du bâtiment sera d'ores et déjà abordé, même s'il dépasse le cadre de la future PPE.
 
Les 75% d'EnR en 2030, une utopie ?
 
Une fois ces assises passées, le plus gros du travail restera néanmoins de concrétiser cette consultation et cette planification en mesures concrètes pour la transition énergétique. Avec en 2020 "30,2% d'énergies renouvelables" dans le mix électrique de la Polynésie française, la marche à gravir est énorme pour espérer atteindre les 75% d'énergies renouvelables (EnR) en 10 ans. Et la tendance de ces dernières années ne plaide pas vraiment en faveur de la Polynésie. Aucune augmentation significative mesurée ces dernières années, avec un pic à 31,29% en 2016 et un taux moyen d'énergies renouvelables dans le mix énergétique durant la dernière décennie de 28,8%... On part de loin.
 


Répartition de la production d'électricité en 2020


Répartition de la production d'énergie en 2020


Répartition des consommations électriques en Polynésie en 2019


Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 10 Mai 2022 à 16:35 | Lu 1320 fois