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Aux Marquises, l'interîles en chantier et l'international en projet


Une enquête d'impact économique sur le projet d'aéroport international aux Marquises à Nuku Hiva est en cours. Des agents étaient à Ua Pou afin de rencontrer la population et les élus locaux.
Une enquête d'impact économique sur le projet d'aéroport international aux Marquises à Nuku Hiva est en cours. Des agents étaient à Ua Pou afin de rencontrer la population et les élus locaux.
Ua Pou, le 4 août 2021- Le projet d'aéroport international de Nuku Hiva suscite bien des interrogations. C'est le cas à Ua Pou où la Direction de l'aviation civile a organisé mercredi une rencontre avec la population et les élus municipaux. Sur l'île, qui rappelons-le n'est plus desservie en avion, une certaine défiance se fait sentir quant aux grands projets.
 
Quels seront les enjeux économiques en lien avec le projet d’ouverture d’un aéroport international à Nuku Hiva, pour l’archipel des Marquises ? C’est la question à laquelle trois agents de la société de consulting Dexios (prestataire pour la Direction de l’Aviation civile) sont venus tenter de répondre lors de leur rencontre ce mercredi avec la population de Ua Pou et ses élus municipaux.
 
Cette réunion entre dans le cadre d'une enquête préalable menée par la Direction de l'aviation civile à la demande de Jean-Christophe Bouissou, ministre des Transports et Georges Puchon, directeur de l'Aviation civile. Le projet est inscrit au schéma d'aménagement général et d'équipement (SAGE). S'il aboutit, la première pierre de l’aéroport international à Nuku A Taha sur l’île de Nuku Hiva devrait être posée en 2024. Pour ce faire, tous les acteurs locaux en collaboration avec les instances du Pays et de l’État devront être d’accord et prêts à “assurer” une telle ouverture.
 
Intégrer les acteurs locaux
 
Comme l’explique François Coudert, de la société Dexios “la création d’une plateforme de gestion du projet par les acteurs locaux est primordiale”. En citant le développement touristique, “il y a des questionnements de fond auxquels il faut faire face, tels que le type de tourisme que les Marquisiens aimeraient développer dans l’archipel, quel niveau de gamme, ou encore la provenance des flux.”
 
En effet, les Marquises n’attirant que 3% du tourisme polynésien soit 8 000 touristes par an, les infrastructures sur place sont peu nombreuses et concentrées à 75% sur les grandes îles de Nuku Hiva et Hiva Oa. Avec 202 chambres donc quelque 600 lits de disponibles sur tout l’archipel, ce sont des chiffres qu’il faudrait s’apprêter à voir au moins doubler voire tripler avec l’ouverture d’une ligne aérienne internationale. Ua Pou, quant à elle, a une capacité d’accueil de 52 personnes à répartir sur 4 pensions de famille pour toute l’île.
 
Hawaii au centre du projet
 
Dans cette vision internationale, la proximité d'Hawaii paraît être au centre du projet, Nuku Hiva étant située “sur la route” entre Papeete et Hawaii. Actuellement, un billet aller-retour Papeete/Marquises coûte 80 000 Fcfp en moyenne, alors qu'un Papeete/Honolulu coûte 100 000 Fcfp, la question serait donc de mutualiser les flux afin de diminuer les prix et augmenter le trafic.
Sans compter la candidature des Marquises à l’Unesco qui, si elle est approuvée, aura bien évidemment son rôle à jouer dans la convergence touristique vers l’archipel.
 
Opportunités pour le secteur primaire
 
Selon François Coudert, il n'y a pas que le tourisme. Le secteur primaire et l’autonomie alimentaire des îles Marquises doivent être pris en compte. L'aéroport serait une occasion à saisir pour le développement en amont des secteurs de la pêche, de l’agriculture et de la sylviculture afin qu'ils soient prêts à faire face à une demande grandissante.
 
Autre thématique abordée lors de cette réunion : la formation des jeunes Marquisiens dans les secteurs à développer tels que le tourisme, la pêche ou encore l’agriculture afin de préparer leur intégration au projet au moment de son inauguration prévue pour 2026.
 
Quant à l’épineuse question des échanges aériens avec l’île aux pierres fleuries, qui contribue à elle seule à la méfiance de la population de l’île vis-à-vis de nouveaux projets, à François Coudert d’évoquer le développement d’un autre moyen de transport… prenant l’exemple du ferry reliant Tahiti à Moorea (ndlr. la partie Nord de l’archipel étant toujours en attente d’une navette d’une capacité de 80 places équivalente à l’Ata O Hiva, reliant les îles du sud).
 
“Éviter le tourisme de masse”
 
Pour Moeata Teikiehuupoko, enfant de Ua Pou, actuellement employée d’une compagnie aérienne à Tahiti : “C’est positif la réalisation d’un sujet dont on parle depuis des décennies. Ça commence enfin à se dessiner. Je pense qu’il faut que ça soit accepté par la population pour éviter ce qu’il s’est passé avec le projet de pêche hauturière. Il faut que le Marquisien s’exprime mais aussi qu’il soit correctement informé (…) Il faut éviter le tourisme de masse et garder une cohérence avec la nature, un des principaux atouts des îles Marquises. Mais chaque île doit cultiver ses différences”.
 
L’équipe de Dexios sera également aidée par un géographe français spécialisé dans le développement de tourisme ethnique dans les régions isolées afin de travailler sur le développement de l’archipel en rapport à ses atouts, ses capacités, mais aussi ses faiblesses.
 
Puisant sa force dans ses paysages scéniques, sa culture mais aussi de son éloignement, les opportunités sont multiples pour les Marquisiens de développer un avenir touristique pérenne dans le respect de leur environnement naturel, culturel et social, pour peu qu’ils se mettent d’accord pour entamer une démarche commune.

Warren Dexter, Cédric Chaveroche et François Coudert de la société de consulting Dexios animaient la rencontre avec la population et les élus municipaux.
Warren Dexter, Cédric Chaveroche et François Coudert de la société de consulting Dexios animaient la rencontre avec la population et les élus municipaux.

Rédigé par Eve Delahaut le Mercredi 4 Août 2021 à 19:44 | Lu 1960 fois