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Aquaculture à Hao : danger ou opportunité pour les Tuamotu ?



PAPEETE, le 12 janvier 2015 - Le projet aquacole chinois à Hao arrive dans sa dernière ligne droite, et les détails finaux du projet commencent à être révélés. Quelles espèces seront élevées ? Quel sera l'impact économique pour les Paumutu ? Quelles mesures seront prises pour préserver l'environnement ? Tour d'horizon.

Le projet de ferme aquacole des chinois de Tian Rui Investment sur l'atoll de Hao est en très bonne voie. La première pierre du futur complexe sera posée à l'occasion du nouvel an chinois en février, pour un début des travaux entre avril et juin. "C'est certainement le grand projet qui sera concrétisé cette année" nous assure Frédéric Riveta, ministre du développement des activités du secteur primaire. "Bien que nous ayons d'autres projets en cours de finalisation, comme l'éco-certification, c'est sans doute ce projet d'aquaculture qui aura le plus d'impact sur la relance du secteur primaire" analyse-t-il.

Et les différents gouvernements polynésiens ont beaucoup fait, quel que soit leur bord politique, pour faire aboutir le projet. Tout s'est accéléré en juin dernier, quand le gouvernement a mis fin aux problèmes fonciers en allouant 24 hectares de terres domaniales aux investisseurs. À terme ce seront 32 hectares qui seront consacrés à cette nouvelle industrie aquacole. Pour y arriver, l'armée continue son œuvre de réhabilitation des anciennes installations militaires et le pays doit réaliser des travaux d'aménagement pour sécuriser la zone, en particulier la construction d'une digue côté océan et d'une route de contournement pour permettre à la population d'accéder à la passe sans traverser le complexe.

Mais le gros des travaux, qui devraient s'élever à 150 milliards Fcfp sur 15 ans, sera réalisé et financé par la société Tahiti Nui Ocean Foods, créée officiellement par Tian Rui le 13 octobre. Cette entreprise, enregistrée en Polynésie, n'a à ce jour aucun employé polynésien et son seul représentant local est son avocat. Elle a tout de même un capital d'un million de dollars US, qui s'est encore étoffé. Selon des sources au ministère du secteur primaire, la société dispose déjà de 500 millions Fcfp en compte en Polynésie pour financer le lancement des travaux.

Devenir un des plus gros exportateurs de mérou d'élevage au monde

À terme, cette activité aquacole table sur l'exportation annuelle de 50 000 tonnes de poissons à forte valeur ajoutée vers le marché chinois, et c'est en particulier deux espèces de mérous (voir encadré) et le napoléon qui sont évoqués. Leurs chairs sont très recherchées en Chine continentale comme à Hong Kong, Macao, et jusqu'à Taiwan et au Japon.

Malgré tout, produire 50 000 tonnes de poisson par an restera une gageure. Ces espèces peuvent dépasser le mètre de longueur et pèsent des dizaines de kilos, mais ont une croissante lente. Pour atteindre l'objectif de production annuelle, il va falloir que les fermes cumulent des millions de mérous et de napoléons…

Quels impacts sur l'environnement ?

Tous ces poissons sont carnivores et très voraces. Il va donc falloir développer une filière de production exempte de ciguatera pour les nourrir, ou importer les aliments nécessaires. Le plus gros producteur mondial est le Pérou. Reste aussi le problème de la reproduction, qui peut passer par un élevage d'individus reproducteurs (le plan actuel) ou par la capture des alevins dans le milieu naturel, qui peut provoquer une baisse des stocks de poissons sauvages.

De plus, les exploitations aquacoles chinoises ont connu, à leurs débuts, d'importantes polémiques environnementales. L'élevage intensif du poisson n'est pas anodin pour les écosystèmes : la concentration des individus a pu favoriser les épidémies, appauvrir la biodiversité et endommager les fonds marins à cause des déjections des élevages. L'utilisation intensive d'antibiotiques dans les années 90 a eu un effet désastreux sur le développement de maladies résistantes. Mais des solutions ont été trouvées un peu partout dans le monde pour limiter ces effets… À condition d'avoir des installations et des méthodes de production dans les règles de l'art.

Le ministère assure que les investisseurs chinois sont conscients de la nécessité de protéger l'environnement et que notre réglementation est très stricte. "Il y aura des contrôles du service de la Mer, et les investisseurs vont envoyer à leurs frais des jeunes qui ont de bac+1 à bac+3 à Shanghai pour les former à la vulgarisation, au contrôle des fermes, etc." assure une source au ministère.

Une perspective de développement considérable

Tahiti Nui Ocean Foods a prévu de construire à Hao 40 000 m2 de bâtiments au sol et 10 000 m2 en étage pour installer une écloserie, un laboratoire, des unités de congélation, de stockage, de transformation et de conditionnement du poisson avant son exportation. Ce sont de 300 à 500 emplois qui seront créés pour le temps de la construction "où il n'y aura pas de préfabriqués chinois" assure le ministère.

Mais surtout, la convention prévoit que si l'appareil industriel sera bien contrôlé par les Chinois, les fermes d'élevages seront toutes possédées et exploitées par des Polynésiens, en priorité les habitants de Hao. Les études prévoient qu'il y aura 2500 "cages" d'élevage fournies par les investisseurs chinois. Chaque ferme aura jusqu'à 5 cages et emploiera entre 2 et 3 personnes. Ce seraient donc au minimum 500 fermes et 1000 emplois qui seront créés dans le secteur primaire, soit l'équivalent de toute la population de Hao. Heureusement "si tout se déroule bien" des fermes seront installées dans d'autres atolls des Tuamotu, même si tout restera centralisé à Hao.

De quoi créer une mine d'emplois durables et à valeur ajoutée dans le secteur primaire, dans un archipel où le manque de débouchés a provoqué un exode massif des jeunes générations.

Tonu, hapu'u et mara

Les trois espèces identifiées par les aquaculteurs chinois sont le tonu (loche saumonée, Plectropomus laevis), le hapu'u (loche marbrée, Epinephelus polyphekadion) et le mara (napoléon, Cheilinus undulatus). Ces trois espèces sont très recherchées, mais ne sont généralement pas consommées en Polynésie à cause du fort risque de ciguatera.

Elles ont l'avantage d'être toutes les trois déjà en production (parfois expérimentale) dans des fermes aquacoles en Chine. D'autres espèces, en particulier le mérou géant (nommé "kito géant" à Hao), seront étudiées pour leur forte valeur sur les marchés asiatiques. Le mérou géant peut atteindre 2,70 m de long et 400 kg, et selon une étude taiwanaise (donc sur une variété peut-être légèrement différente de la nôtre) il grossit beaucoup plus vite que ses congénères, atteignant les 20 kilos dès sa troisième année. Mais c'est Taiwan qui maîtrise les techniques d'élevage du mérou géant, et encore faudra-t-il capturer des géniteurs afin d'assurer une production d'alevins locaux...

La Chine domine la production aquacole mondiale

En 2012, derniers chiffres disponibles de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la Chine a produit 41 millions de tonnes de poissons, crustacés, etc. d'élevage. Cela représentait 61% de la production mondiale. En valeur, par contre, l'empire du milieu a la production la moins rentable des principaux pays producteurs, avec moins de la moitié des 138 milliards de dollars générés par cette industrie.

Le mérou d'élevage : un produit en forte croissance

Selon les estimations de la FAO, la demande mondiale pour le mérou d'élevage pourrait atteindre 100 000 tonnes d'ici 2020, quatre fois plus qu'en l'an 2000. Aujourd'hui, la production est largement dominée par la Chine et Taiwan. La production mondiale, en croissance constante, s'établissait à 75 700 tonnes en 2008 (derniers chiffres disponibles), avant que la tempête Morakot ne provoque des dégâts considérables dans l'industrie Taiwanaise en 2009. Il y a donc un marché pour ce poisson à forte valeur ajoutée. Si la Polynésie peut atteindre une production de 50 000 tonnes par an, elle deviendra un des plus gros exportateur mondial de cette espèce.

Un bail de 99 ans à prix cassé

Depuis fin juin, Tahiti Nui Ocean Foods dispose d'une convention de mise à disposition de 24 hectares de terres domaniales à Hao sous la forme "d'une mise à disposition à titre gratuit pour une durée de 15 ans" et d'une location ensuite, par tacite reconduction pour une durée de 99 ans. Un loyer de 23,6 millions Fcfp sera payé à compter de la 16ème année pour une nouvelle période de 15 ans, renouvelée par tacite reconduction.

Un mara (Napoléon) © Cheilinus undulatus by Patryk Krzyzak
Un mara (Napoléon) © Cheilinus undulatus by Patryk Krzyzak

le tonu © Secrétariat général de la Communauté du Pacifique
le tonu © Secrétariat général de la Communauté du Pacifique


Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Lundi 12 Janvier 2015 à 18:31 | Lu 4232 fois







1.Posté par ZIonkillunited le 13/01/2015 09:03 | Alerter
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Cela s'est déjà produit et se reproduira aussi en Polynesie

2.Posté par papa ru''''au le 13/01/2015 09:11 | Alerter
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Toujours très étonné que ce consortium dise investir 150 milliards en 10 ans, soit 15 milliards/an en moyenne, alors que le chiffre d'affaires total de la pisciculture marine en France n'est que de 4,5 milliards/an (chiffres 2009, source : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Chiffres_cle_peche.pdf). Pour que ce soit rentable, ça veut dire qu'on pense faire 3 ou 4 fois mieux à Hao que dans la métropole entière, dans les 15 ans à venir? Tout ça avec des espèces dont l'élevage est expérimental? Et avec des coûts d'approvisionnement en aliments plus élevés?

3.Posté par papa ru'au le 13/01/2015 09:16 | Alerter
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je note aussi que la reproduction, "peut passer par un élevage d'individus reproducteurs (le plan actuel) ou par la capture des alevins dans le milieu naturel, qui peut provoquer une baisse des stocks de poissons sauvages"; On a observé dans d'autres pays du pacifique sud que les aquaculteurs chinois invoquaient la faible productivité des élevages de reproducteurs pour prélever des quantités énormes d'alevins, mais aussi de poissons adultes, dans leur milieu naturel. Lesquels poissons se retrouvaient parfois commercialisés sans jamais être passés par la case élevage...

4.Posté par papa ru'au le 13/01/2015 09:19 | Alerter
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Et que peuvent dire des petits pays exsangues, politiquement faibles (si ce n'est corrompus), face à ces géants industriels qui leur avaient fait miroiter un boom économique? Difficle de faire machine arrière et de mettre en péril les investissements, les emplois... sans compter les pénalités contractuelles encourures. On a plus d'autre choix que de les laisser exploiter les ressources naturelles (quasi-gratuitement) au lieu de développer l'élevage. J'espère que nos politiques sauront s'entourer des scientifiques et des juristes d'un niveau suffisant pour prévenir de telles dérives.

5.Posté par zozo le 13/01/2015 15:27 | Alerter
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confier la responsabilité de la surveillance des conséquences écologiques d'un élevage en lagon d'une telle ampleur a l'assemblée et au gouvernement de polynésie !!!! Il y a peu le TAVINI-TAHOERA par la voix de son président TEMARU nous conseillait les canettes alu comme engrais ! et quand on voit qu' il faut encore DIX ans (et surement plus) pour que les déchets des communes soient traités et non jetés dans la nature ,IL Y A DU SOUCIS A SE FAIRE! bon pour une fois ce ne sera pas la FRANCE qu'on accusera. Quoique TEMARU et son compère G FLOSSE ne se priveront pas pour dire que PARIS ne les a pas informé des risques et aurait du les aider! mechant haussaires !

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