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Apnée à -253m - Interview d'Herbert Nitsch : " Trouver sa propre voie "


En juin 2012, l'Autrichien Herbert Nitsch est descendu à -253,2 mètres en apnée, établissant ainsi un de ses 33 records du monde, avant de faire un AVC. En vacances en Polynésie, il a animé une conférence samedi à Sin Thu Hing Marine, Fare Ute. Il a évoqué son parcours avec le public polynésien : ses records, ses inventions, son accident, sa convalescence…Interview exclusive.


Herbert Nitsch, l'homme qui est allé à -253,2 mètres en apnée ©herbertnitsch.com
Herbert Nitsch, l'homme qui est allé à -253,2 mètres en apnée ©herbertnitsch.com
Des tentatives de record qui coutent de l’argent
 
Herbert Nitsch, 47 ans, fait partie du club fermé des recordman mondiaux d’apnée de profondeur : Jaques Mayol, Francisco Ferreras, Umberto Pelizzari, Loïc Leferme, Patrick Musimu et…Herbert Nitsch. Trois sont décédés : Jaques Mayol s’est suicidé, Loïc Leferme a eu un problème de gueuse lors de la remontée et Patrick Musimu s’est noyé en entrainement d’apnée statique en piscine.
 
Divers accidents sont venus mettre un point d’arrêt à cette discipline du « no limit » où l’on descend avec une gueuse pour remonter avec un parachute gonflé d’air. Elle ne se pratique plus en compétition. Elle reste autorisée en individuel mais les coûts d’une tentative de record sont importants. En 2012, lâché par un sponsor à la dernière minute, Herbert Nitsch avait dû reprendre en main toute l’organisation.
 
Pas assez reposé, Herbert s’est endormi à la remontée vers -80m, du jamais vu. A -10m, la gueuse s’est arrêtée automatiquement. Non préparés à ce cas de figure, les plongeurs d’assistance l’ont remonté directement. A son réveil, il est redescendu à -10m pour faire son palier de décompression mais trop tard, il fut victime d’un AVC. S’il n’y avait pas eu cette fatigue, tout se serait bien passé, Herbert en est persuadé.

Herbert Nitsch a animé une conférence samedi à Tahiti, avec sa femme Jeanette Woldman
Herbert Nitsch a animé une conférence samedi à Tahiti, avec sa femme Jeanette Woldman
Une personnalité exceptionnelle
 
Certains écrits décrivent l’Autrichien comme quelqu’un de terre à terre, certains le surnomment « le robot », l’opposant à des personnages comme Jaques Mayol avec qui apnée rimait avec spiritualité. Mais l’Herbert Nitsch que nous avons rencontré est apparu comme un « simple » amoureux de l’océan, c’est d’ailleurs pour ça qu’il est venu en Polynésie.
 
Pilote de ligne pendant huit ans, c’est en faisant du snorkling en 1999 comme n’importe quel vacancier qu’il a découvert qu’il arrivait à descendre. Il a voulu savoir jusqu’où il pourrait aller et s’est intéressé à l’apnée.
 
C’est ainsi qu’il a modernisé la gueuse qui a couté la vie à Loïc Leferme en 2007. Les scientifiques lui ont dit que « cela ne marcherait pas », il a donc développé son système dans son garage. Et ça a marché. Le problème principal n’a pas été la modernisation de la gueuse mais celui de la compensation de la pression exercée sur ses tympans.
 

L'Autrichien a fabriqué lui même ses gueuses, à droite
L'Autrichien a fabriqué lui même ses gueuses, à droite
Un inventeur génial
 
C’est ainsi qu’il a inventé un système avec une bouteille de plastic. Il fait « la carpe », emmagasinant un maximum d’air avant de descendre puis, à -20 mètres, expulse l’air de ses poumons dans une bouteille reliée par une paille, il y puisera son air au fur et à mesure. Sans ce problème lié à l’organisation, tout se serait bien passé, il en est sûr. Suite à son accident, les docteurs lui avaient dit qu’il ne pourrait plus plonger.
 
Là encore, il décide de faire à sa manière. Contre l’avis des médecins et de la famille, il quitte l’hôpital, arrête les médicaments, devient végan et se soigne par lui-même en écoutant son corps. Et ça fonctionne. Aujourd’hui il marche, il plonge à 100 mètres, il veut protéger les océans et présente des conférences avec le sourire.
 
Herbert Nitsch n’est pas fou, il est juste un homme qui a voulu faire les choses à sa manière. Il n’a même pas le niveau 1 AIDA. Il est une légende vivante qui symbolise à lui tout seul le désir d’exploration qui caractérise l’humain. SB

"Tout le monde peut le faire"
"Tout le monde peut le faire"
Parole à Herbert Nitsch :
 
Pourquoi la Polynésie française ?
 
« En raison de son monde sous-marin exceptionnel. Pour plonger tous les jours. C’est loin de chez moi et de ce que vis habituellement mais cela en vaut vraiment la peine. »
 
Comment êtes-vous passé du snorkling à l’apnée de profondeur ?
 
« Au début c’était pour la découverte, le plaisir. Après un peu de temps, je me suis dit « hey, cela se passe si bien, jusqu’où je peux repousser mes limites ? ». C’est comme ça que j’ai commencé les compétitions. »
 
Comment voyez-vous les autres recordmen ? Des fous comme vous, des rivaux ?
 
« Premièrement, les apnéistes ne sont pas fous ! (rires) Les gens sont fous de ne pas faire d’apnée ! J’ai beaucoup d’amis apnéistes, même des concurrents directs. Je m’entraine actuellement avec mon concurrent direct. C’est battre mes propres records plutôt que battre les autres qui m’a toujours motivé. »
 
Vous avez travaillé sur votre propre matériel ?
 
« Initialement, je ne suivais pas les codes. On m’a dit alors que « ce n’était pas comme ça que l’on faisait ». Rapidement, je me suis rendu compte que, finalement, cela marchait mieux comme ça pour moi. C’est ainsi que j’ai trouvé ma voie. Si tu suis le chemin de quelqu’un, tu ne feras jamais mieux. Tu dois donc trouver ta propre voie. Cela marche avec tout dans la vie. »
 
Pourquoi passer de -214 à -253m directement ?
 
« Je voulais faire de grands pas en avant. Mon but c’était 700, 800, 900, 1000 pieds.  (1000 pieds = 300 mètres). Ces tentatives sont compliquées à organiser et coutent beaucoup d’argent. »

Herbert Nitsch, un homme à la fois simple et exceptionnel ©herbertnitsch.com
Herbert Nitsch, un homme à la fois simple et exceptionnel ©herbertnitsch.com
Quelques mots sur votre longue convalescence ?
 
« Au début, j’écoutais les docteurs mais j’ai ensuite réalisé la mauvaise situation dans laquelle je me trouvais, au niveau physique comme mental. Donc je me suis dit « voilà le résultat avec leur méthode, je vais essayer ma méthode ». J’ai douté au début parce que tout le monde était contre moi, les docteurs comme la famille. Rétrospectivement, je me dis que c’est la meilleure décision de ma vie. »
 
La question de l’alimentation a été centrale ?
 
« Vous êtes ce que vous mangez. Oui, cela a compté pour beaucoup. La nourriture à l’hôpital était mauvaise. Je me demande comment les gens ne deviennent pas malades en mangeant cela. Petit je mangeais beaucoup des sucreries. J’ai progressivement changé d’alimentation grâce au sport. Avant mon accident, je mangeais encore de la viande mais j’avais déjà réduit le sucre et la farine blanche. Après l’accident, je n’ai donné à mon corps que ce qui est bon pour lui, je suis devenu végan. »
 
Songez-vous à poursuivre votre quête ?
 
« J’y ai pensé, oui, à refaire une tentative de record, juste pour prouver mon point de vue. C’est à dire que la limite n’est pas physique, que c’est juste une question d’organisation. Mais après tout, faire tout cela pour démontrer ça…en ai-je vraiment besoin ? Je laisse les gens penser ce qu’ils veulent. C’est tout. »
 
Echanger avec les gens lors de ce type de conférence, cela vous plaît ?
 
« Tout au long de ma carrière d’apnéiste, j’ai toujours échangé des idées pour évoluer. On peut apprendre de tout le monde, pas seulement des « experts ». J’aime partager ma passion avec les autres et voir des personnes qui comprennent et ressentent ce que vous faites. Cela peut avoir des répercussions sur le « comment vivre ». »
 
Un conseil pour les chasseurs sous-marins polynésiens ?
 
« Ne faites pas d’apnée seul. Par exemple, ne prenez qu’un seul fusil pour deux pour aller pêcher, vous êtes ainsi sûrs de vous surveiller mutuellement. »
 
Vous engager auprès de Sea Sheperd, c’est important ?
 
« Oui, très. Le plastic et la surpêche sont partout. Les gros poissons ont disparu. Dans certains pays qui n’ont pas de côte, on pourrait penser que ce qui se passe dans la mer, ce n’est pas important. Mais l’oxygène que nous respirons vient aussi des océans. Cela nous affecte tous. A moins que nous puissions tous retenir notre souffle comme les apnéistes ! (rires) L’état des océans est l’affaire de tous, on ne peut y arriver tout seul. » Propos recueillis et traduits par SB

Les records principaux :
 
*253m par Herbert Nitsch juin 2012 (hors AIDA)
 
•214 m par Herbert Nitsch, Grèce, 14 juin 2007 
•209 m par Patrick Musimu, Égypte, 30 juin 2005 (non homologué) 
•171 m par Loïc Leferme, France, 30 octobre 2004 
•170 m par Francisco Ferreras dit Pipin, 2003 (non homologué) 
•150 m par Umberto Pelizzari, 24 octobre 1999 
•105 m par Jacques Mayol, 1983.
 

Rédigé par SB le Mardi 17 Avril 2018 à 14:39 | Lu 3509 fois




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