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Antony Geros : "revenir à la raison, plutôt que s’éterniser dans une réalité virtuelle"


Antony Geros : "revenir à la raison, plutôt que s’éterniser dans une réalité virtuelle"
Une quarantaine de personnes a participé au "Débat avec les acteurs économiques du pays sur le développement économique de la Polynésie française", mardi soir 2 avril à l’hôtel Le Méridien Tahiti, salle Matisse.

De 18 heures à 22 heures la soirée s’est articulée autour des interventions de quatre des ministres du gouvernement Temaru, représentant les finances et le secteur primaire : Antony Geros (vice-président, Budget), Pierre Frébault (Economie et Finances), Temauri Foster (Ressources marines, Energie renouvelables), et Kalani Teixeira (Agriculture, Elevage).

Une modeste affluence, mais l’occasion pour ces membres de l’exécutif, par une démonstration aux contours prosélytes – campagne oblige –, de rappeler les peines endurées depuis avril 2011, le chemin parcouru, et les enjeux de demain. Un exercice compliqué qui n’a pas réellement trouvé son public. Antony Geros répond à nos questions.


Etes-vous satisfait de la teneur des débats, ce soir ?

Antony Geros : Oui, bien entendu. C’est une première pour l’UPLD.

Vous rassemblez une quarantaine de personnes pour cette conférence-débat, on compte beaucoup de militants parmi ceux-ci. Est-ce le public visé ?

Antony Geros : Vous savez, lorsque l’on observe les partenaires sociaux qui ont participé à ce débat, cela ne reflète bien entendu pas la cartographie générale de l’économie du pays. Mais nous avions tout de même le directeur général du groupe EDT et de nombreux représentants d’entreprises du secteur primaire. Nous accueillons même, me semble-t-il un représentant du conseil de l’ordre des topographes. Cela fait une assemblée assez représentative, même si elle n’est pas aussi étoffée qu’on l’aurait souhaité pour refléter les interrogations et les attentes de l’ensemble des milieux socio-pros.

On s’attendait ce soir à un plaidoyer des vertus de la réinscription, mais vous avez surtout rationalisé la politique du gouvernement par temps de crise. Est-ce pour vous, à l’approche des Territoriales, une manière de justifier un bilan difficile ?

Antony Geros : Absolument pas. Au contraire. Je mets au défi n’importe quel gouvernement de faire ce que notre équipe a réalisé en un an. Je dis bien un an. Parce que sur les deux ans, nous avons eu une première année, en 2011, extrêmement compliquée au plan relationnel avec l’Etat. Je l’ai expliqué.
La réinscription, c’est quelque chose qui n’intéresse pas forcément les socio-professionnels, bien qu’en apartée, en matière de développement touristique notamment, c’est une pierre d’angle, un point important cette réinscription, dans la situation actuelle des relations et du partage de compétences Etat-Pays.
Ensuite, par rapport à la capacité du Pays à s’ouvrir à des pays tiers, (…) pour permettre au pays de mettre en œuvre des relations économiques ou institutionnelles avec des états, dans la région, nous avons besoin de cette réinscription. Elle nous donne une reconnaissance internationale, un droit d’exister. Sinon, nous ne sommes ni plus ni moins que Nice ou la Bretagne par rapport à Paris, en matière de relations diplomatiques.
C’est un thème que nous abordons beaucoup dans nos réunions publiques.

Antony Geros, vice-président du gouvernement Temaru
Antony Geros, vice-président du gouvernement Temaru
Pierre Frébault a annoncé un certain nombre d’aménagements fiscaux et notamment une CST généralisé à l’ensemble des revenus, revalorisée et à taux unique. Faites-vous l’annonce de l’instauration d’un impôt sur le revenu, en cas de victoire au Territoriales ?

Antony Geros : La réforme fiscale et celle des comptes sociaux, c’est le grand débat du prochain gouvernement. Le redressement des finances publiques passe par la réforme fiscale et la remise en cause des comptes sociaux. C’est pour cela que j’ai beaucoup mis l’accent sur la nécessité de se préparer psychologiquement à ces réformes. A-t-on la capacité demain de maintenir notre environnement d’accompagnement social au même niveau qu’aujourd’hui ? Les temps vont être de plus en plus durs. Nous ne pourrons pas demander éternellement aux contribuables de cotiser toujours plus pour maintenir un environnement d’accompagnement social. Il nous faut revenir à la raison, plutôt que s’éterniser dans une réalité virtuelle. Ce mode de gouvernance a prévalu durant les trente dernières années. Ce temps est révolu.

Revenir à la raison, c’est faire des concessions et tourner la page d’un système économique mis en place au temps du CEP ?

Antony Geros : Vous savez cette page du CEP on aura beaucoup de mal à la tourner, parce qu’elle a des déclinaisons en termes de conséquences sanitaires tellement importantes que l’on en parlera encore dans plusieurs décennies, voire siècles. Ce stigmate est dans le pays pour longtemps.

Vous avez fustigé l’époque des « SEM Nui », lors de votre intervention. Vous êtes en train d’en créer une belle avec le Tahiti Pearl Consortium. N’est-ce pas contradictoire ?

Antony Geros : J’ai expliqué que le Pays privatisera ses parts dans cette société aussitôt, lorsque nous aurons la certitude que les objectifs pour lesquels nous l’avons créée sont atteints : la mise en place de procédures permettant la traçabilité, la transparence, une production de qualité. Lorsque le Pays investit autant d’argent dans un projet, il serait déraisonnable de ne pas participer majoritairement aux décisions. A partir du moment où les actionnaires privés vont progressivement augmenter leur part dans le capital, le pays se désengagera (…).

Avez-vous réussi à convaincre des actionnaires privés, pour vous accompagner dans ce projet ?

Antony Geros : La part de 15% d’actionnariat privé est réalisée aujourd’hui. La société peut être mise en place. Il n’y a aucun problème de ce côté.

Un autre projet d’ampleur de votre gouvernement est la SAS aquacole Tahiti Nui Jingmin Ocean Farm. Vous deviez déposer les statuts avant le 31 mars. Où en est-on, dans ce dossier ?

Antony Geros : Comme je le disais tout à l’heure, nous sommes une collectivité de la République. C’est un projet Chinois. Aujourd’hui, pour que cet argent – 150 milliards Fcfp sur dix ans – puisse transiter légalement dans le pays, nous n’avons pas encore trouvé l’artifice juridique. Nous avons conventionné avec un cabinet d’avocats international d’affaires de Hong Kong qui a une succursale à Paris, pour assurer la garantie de nos intérêts dans cette affaire. Pour l’instant nos conseils juridiques respectifs discutent, afin de trouver la meilleure formule en tenant compte du fait que nous sommes une collectivité Républicaine.

Les mauvaises langues disent que les investisseurs chinois attendent le résultat des urnes, en mai prochain.

Antony Geros : Peu importe le résultat des urnes : la question de la manière dont ces 15 milliards par an vont transiter dans le Pays se pose, quelque soit la majorité qui se dégagera. On parle de 150 milliards sur dix ans, de 10 000 emplois : si on veut placer en équation cet avantage que l’on pourrait tirer de ce projet avec notre statut d’autonomie, le statut de société par actions simplifiées (SAS) n’est pas suffisant. Je vous le répète, nous sommes une collectivité de la République.

Richard Tuheiava est absent ce soir. Il s’est beaucoup occupé de la démarche pour la réinscription à New York. C’était l’un des thèmes centraux ce soir. Que s’est-il passé ?

Antony Geros : Il fait ses armes, lui aussi. L’UPLD a une réunion politique à Pirae. Nous avons estimé que le ministre des Finances, Pierre Frébault, avait plus sa place ici. Richard Tuheiava est tête de section (section 1 des IDV, ndlr), il est normal qu’il soit là-bas, ce soir.

Antony Geros : "revenir à la raison, plutôt que s’éterniser dans une réalité virtuelle"

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mercredi 3 Avril 2013 à 16:32 | Lu 2830 fois