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"Aire marine gérée polynésienne" : six ONG craignent une combine



Tahiti, le 18 janvier 2021 - Alors que l'État cherche à faire reconnaître à l'ONU le concept polynésien d'aire marine gérée (AMG) au même titre que celui d'aire marine protégée (AMP), les grandes ONG de défense de l'océan mettent en garde contre un modèle "qui ne correspond à aucun standard de protection". Forte d'une telle reconnaissance internationale, la Polynésie deviendrait alors "de très loin la plus grande AMP du monde".

Avec ses 5 millions de kilomètres carrés classés en aires marines gérées en 2018, on aurait pu s'attendre à voir la Polynésie érigée en exemple par Emmanuel Macron, le président de la République, à l'occasion du One Planet Summit réuni le 11 janvier à l'Elysée. Couvrant 47% des ZEE françaises, le fenua aurait alors permis à la France de pulvériser les objectifs de la convention d'Aichi sur la diversité biologique (CDB) de 2010, soit la protection de 10% des zones marines et côtières en 2020.

Dans un communiqué diffusé deux jours plus tard, les grandes ONG de défense de l'océan (Bloom, France Nature Environnement, Greenpeace, MedReact, Oceana, Pew Bertarelli Ocean Legacy) dénoncent non seulement un "rendez-vous manqué pour la protection des océans", mais craignent aussi une combine de l'Etat dans sa démarche de soutien de l'outil polynésien. Soumis "par la France à l’ONU pour être reconnue comme une aire marine protégée"  le concept polynésien d'une "aire marine gérée"  viendrait alors "contribuer à remplir les objectifs d’Aichi."

Forte d'une telle reconnaissance internationale, la Polynésie deviendrait effectivement "de très loin la plus grande AMP du monde, avec une surface de 5 millions de km² protégée sur le papier. La France pourrait dès lors annoncer au niveau international la protection de plus de 80% de ses eaux, sans aucune nouvelle mesure sur le terrain" pointe le consortium.

Une zone de gestion qui prône le développement des activités marines "durables"

Pas de doute pour les ONG, cet "affichage" aurait pour effet de "discréditer la politique française en matière de protection des océans, tout en créant un précédent au niveau international qui compromettrait les efforts de protection globaux." Le consortium déplore au passage l'abandon des projets de grandes AMP portés par les élus des Marquises et des Australes, pour un "modèle polynésien qui ne correspond pourtant à aucun standard de protection."

Car le statut d'aire marine gérée (AMG) n'interdit ni la pêche industrielle, ni les extractions minières, contrairement aux aires marines protégées (AMP). Propre à la Polynésie, ce statut d'AMG, aussi baptisé "Tai Nui Atea" –créé par arrêté du conseil des ministres du 3 avril 2018– mise en revanche sur une zone de gestion prônant le développement des activités marines "durables", basées sur une "exploitation raisonnée des ressources vivantes, minérales ou énergétiques de la mer, ainsi que les usages de loisirs et les usages traditionnels de la mer porteurs de l'identité polynésienne."

"Moratoire sur l'exploitation des ressources minières"

Dans son plan de gestion publié au journal officiel le 6 avril 2020, le Pays défend cependant "un outil de gestion parmi d’autres", soulignant "que des mesures de protection forte peuvent exister hors aire marine protégée (AMP)." On évoque ainsi le "rahui", mise en jachère de ressources ou d’un espace, sur une durée limitée et sous la gouvernance d’un "conseil décentralisé".

Ainsi pour le Pays "une approche de la nature sans l’Homme n’est pas concevable dans la culture polynésienne." Il s'agit avant tout de "défendre et privilégier une approche de la préservation de l’environnement intégrant l’homme et ses activités, axée à la fois sur la précaution et la prévision".

Une zone de gestion oui, mais qui doit comporter des zones de protection bien définies, souligne Pew Charitable Trust, rappelant que 40% de la ZEE est exploitée par la pêche industrielle, ce qui laisse 60% de surfaces compatibles à un statut de protection. Mais si l'AMG n'interdit pas complètement la pêche, son plan consiste à "maîtriser l’effort de pêche dans les zones les plus exploitées, (zone Société et Nord Tuamotu), tout en favorisant l’élargissement du rayon d’action de la flotte hauturière dans d’autres zones (Marquises, Australes, Gambier, zones adjacentes de la ZEE)."

Le plan de gestion prévoit ainsi 33 mesures de gestion, dont 21 déjà mises en place. Au rang des 12 nouveautés, on trouve l'adoption d'un numerus clausus pour "contrôler la taille et la cadence d’entrée en flotte et valider les critères d’évaluation des demandes de licence de pêche professionnelle". Le plan propose également de réserver des zones de pêche à la pêche côtière, un "moratoire sur l'exploitation des ressources minières des fonds marins", la "protection de l'intégralité des récifs coralliens polynésiens", le "classement des monts sous-marins", ou encore "l'inscription des Marquises au patrimoine mondial de l'Unesco."

Parc marin sur le papier

Les ONG craignent aussi que le modèle polynésien se transforme en réserve marine à deux vitesses, à l'instar des îles Cook, dont seul 16% de l'AMP est réellement protégée, alors que le pays tire des revenus importants de la vente de permis de pêche aux flottes étrangères. "La création de zones de protection intégrale, c’est-à-dire là où toutes les formes d’extraction sont interdites, reste la mesure la plus efficace pour préserver les écosystèmes marins" rappelle le consortium, qui épingle le "manque d’ambition" du volet marin dans la stratégie nationale.

Car si la France peut se targuer d'avoir placé 23,5% de sa ZEE sous protection, avec 524 aires marines protégées (AMP), sur une surface d’environ 3,4 millions de km², seul 1,6% de ses eaux bénéficient d'une protection forte, c’est-à-dire exemptes d’activités de pêche et ou d’exploitation minière, rappellent les ONG. Et sur cette proportion, 80% se trouvent outremer, principalement dans les Terres Australes et Antarctiques françaises (TAAF), "là où les enjeux socio-économiques sont peu importants".

Mais qui dit AMP, dit plan de gestion, assorti d'une surveillance et d'un suivi de l'état de santé des fonds marins, au risque de virer au "parc papier", soit un parc marin sur le papier. Un concept opportun pour le marketing écologique sur la scène internationale, mais pas pour la protection de la biodiversité.
 

Rédigé par Esther Cunéo le Lundi 18 Janvier 2021 à 19:50 | Lu 11916 fois






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