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Agnès Benet, l'océan dans la peau



TAHITI, le 2 juillet 2020 - La représentante de l’Ifrecor en Polynésie, Agnès Benet, poursuit ses travaux de recherche, de sensibilisation et de protection du milieu marin en général et des cétacés en particulier. Elle est passionnée par les baleines depuis son plus jeune âge.

Fin septembre 2019, le président du Pays et le Haut-commissaire ont nommé l’océanologue Agnès Benet représentante de l’Ifrecor en Polynésie.

L’Ifrecor, c’est l’Initiative FRançaise pour les RÉcifs CORalliens. Créée en 1999, elle agit pour la protection et la gestion durable des récifs coralliens et des écosystèmes associés (mangroves, herbiers) dans les collectivités françaises d’outre-mer. Elle est constituée d’un comité national et d’un réseau de dix comités locaux.

Ils rassemblent l’ensemble des acteurs concernés par la protection et la gestion durable des récifs coralliens et écosystèmes associés. Le comité polynésien va bientôt se retrouver pour fixer les axes et orientations locales. Il est question, notamment avec les associations et instituts de recherches, de sensibiliser, de protéger mais aussi de poursuivre ou lancer des études scientifiques.

"L’initiative ne se substitue pas aux services existant, elle travaille en synergie avec eux. Elle coordonne, fait le lien entre les acteurs, met en place des actions", précise Agnès Benet, qui ajoute : "Les comités locaux sont là pour que les actions et programmes répondent au plus près aux besoins locaux."

Par exemple, les mangroves sont, dans la plupart des territoires, des écosystèmes à protéger. En Polynésie, ce n’est pas le cas puisque ces écosystèmes ne sont pas endémiques.

Cette nouvelle responsabilité, Agnès Benet l’endosse tout en continuant ses propres études et ses missions de terrain avec l’association qu'elle a créée, Mata Tohora. Elle est passionnée par les cétacés, en particulier les baleines.

"Ce qui m’attire ?" demande-t-elle avant de marquer une pause, "c’est le mana qu’elles dégagent, l’énergie, la sensibilité. Elles sont capables de communiquer entre elles et avec les hommes. Ce sont des êtres curieux qui viennent à notre contact si elles ne sont pas dérangées, ce sont des êtres capables de sauver d’autres êtres en danger."

Sur l’eau, quand elle n’étudie pas les comportements des cétacés, elle ne joue pas la police des mers. Agnès Benet sait la magie des rencontres. Elle ne rêve pas d’interdire l’approche des baleines. Son objectif reste l’éducation. "Depuis que j’ai commencé la sensibilisation, les comportements des gens ont beaucoup évolué. La plupart du temps, lorsque j’interviens, je suis bien reçue."

Elle constate qu’il y a quelques années, 90% des gens sur l’eau ne connaissaient pas les risques d’une approche irrespectueuse des baleines, ni les règles existantes (voir encadré ci-dessous). Aujourd’hui, ils sont 90% à les connaître. La sensibilisation n’est pas vaine, l’évolution est positive.

Mais il reste encore à faire "à cause d’une poignée d’individus", regrette-t-elle. Elle affirme que "89% des dérangements sont le fait d’environ 5% des personnes sur l’eau". Mata Tohora pourrait ajuster ses moyens et les déployer ailleurs que sur la côte ouest de Tahiti. L’association annonce vouloir également renforcer les formations des brigades nautiques appelées à intervenir en cas de non respect du code de l’environnement.

La mer pour horizon

Agnès Benet vit près de la mer depuis sa naissance en 1975. "J’ai appris à nager avant même de savoir marcher", rapporte-t-elle. "Enfin, c’est ce que disent mes parents."

"Je tiens de mon grand-père paternel, que je n’ai pas connu mais dont tout le monde savait qu’il reliait à la nage l’île de Ré au départ de la Rochelle pour s’entretenir."

À 11 ans, l’appel du large avait déjà eu raison d’Agnès Benet. "Je savais que je voulais devenir cétologue, j’ai d’ailleurs écrit à Jean-Yves Cousteau pour lui demander comment faire." Lequel s’est fendu d’une lettre. "Ou plutôt son staff", devine-t-elle. Il lui répondait que le chemin était long et difficile et qu’il n’y avait pas de débouchés. À la lecture de ses mots Agnès Benet a répliqué : "Je m’en fou, c’est ce que je veux faire, c’est ce que je ferai."

Elle a suivi des études de biologie marine, se spécialisant dans les récifs coralliens et les mammifères marins. Diplômée de l’université, elle a enseigné un moment. "Au bout d’un certain temps, j’en ai eu marre. J’ai eu besoin de soleil et de chaleur et surtout de passer plus de temps aux côtés de mes sujets d’étude."

Elle est arrivée en Polynésie en 2001, avec 30 kilos de bagages et une planche à voile. Elle a trouvé les rayons de l’astre lumineux, les coraux et les cétacés. "J’ai trouvé aussi une douceur de vivre que je n’ai trouvé nulle par ailleurs dans le monde", affirme-t-elle, en ajoutant, "Pourtant, j’ai beaucoup voyagé".

Elle a enseigné à l’université de la Polynésie française, puis au service de l’urbanisme pour travailler sur la mise en place d’un plan de gestion de l’espace maritime (PGEM). Enfin, elle a créé son bureau d’étude Progem. "C’est ce qui me fait vivre", confie-t-elle.

Dans les années 2007-2008, elle a assisté au boom du whale watching, prenant conscience en même temps qu’aucun état des lieux n’avait jamais été fait dans le domaine. Elle s’y est attelée. Elle a aussi, en fonction des besoins constatés, créé l’association Mata Tohora, mis en place le programme C’est assez !, rédigé une charte de labellisation…

Elle passe des heures sur l’eau, survole les zones habitables des baleines pour les compter, les connaître et les comprendre, toujours mieux. Aujourd’hui, en plus, elle va œuvrer pour les coraux.

Un sanctuaire réglementé

En 2002 est né l'un des plus grands sanctuaires au monde avec une surface océanique de 5 millions km2 et 21 espèces de baleines et de dauphins, ce qui caractérise une diversité biologique élevée.

La Polynésie française s’est dotée d’une réglementation en créant le sanctuaire par l’arrêté n°622 CM du 13 mai 2002 et l’arrêté n°623 Cm du 13 mai 2002.

Selon la réglementation, le harcèlement, la capture, la chasse sont strictement interdits.

Selon l’article 121-5 du code de l’environnement, par harcèlement on entend : "toute manœuvre ou activité d’observation qui aurait pour conséquence de modifier le comportement des animaux, de les contraindre à changer de direction, de vitesse, de durée d’immersion, de les faire fuir ou de les bloquer contre le récif ou le rivage". En bateau, en aéronef et dans l’eau, l’approche est réglementée (article 121-28 121-33 du code de l’environnement).

Pour les survols (tout aéronef confondu : avions, drones…), le code de l’environnement autorise les approches des cétacés à une altitude minimale de 300 mètres.

Les activités commerciales, les études scientifiques et les prises audiovisuelles sont soumises à autorisation délivrée par la Direction de l’Environnement. Se rapprocher de la Direction de l’Environnement.
En cas de non respect des règles d’approche, des sanctions sont prévues.

Approcher les baleines dans le respect

Pour protéger les baleines et leurs petits, il faut les respecter. Des règles d’approche existent, à suivre point par point. Voici quelques exemples :

- Réduire sa vitesse à 3 nœuds dans un rayon de 300 m (ce qui laisse le temps d’observer la situation).
- Analyser la situation (présence de baleineau, comportement des animaux : déplacement, repos, jeux, parade nuptiale, allaitement…).
- Ajuster la distance d’observations : 100 mètres avec ou sans baleineau, 30 mètres pour les dauphins.
- S’adapter au comportement (faire route parallèle au déplacement des animaux à 100 mètres avec ou sans baleineau ; rester à 100 m minimum en cas de saut ou frappe répéter de la nageoire caudale).
- Ne jamais pousser les animaux au fond d’une baie ou dans une passe.
- Stopper l’observation si les baleines entrent ou sont dans le lagon (si présence dans le lagon, prévenir la Direction de l’Environnement ou Mata Tohora).
- Mettre le moteur au point mort si l’animal se rapproche volontairement du bateau.
- Ne jamais arrêter son moteur même à l’arrêt (rester au point mort pour indiquer votre localisation à l’animal et rester manœuvrable).
- Rester groupé : chaque nouveau bateau sur la zone doit veiller à rejoindre les embarcations déjà présentes, groupées et du même coté de la baleine (pas d’encerclement).
- Limiter le temps d’observation.
- Dans l’eau, rester à 30 mètres, nager calmement, pas de saut ni de mouvement brusque, ni de cri.
- Observation interdite dans les baies, les passes et les lagons.


Agnès Benet, l'océan dans la peau
Sortie en mer : exigez le label !

Ceux qui vont en mer par leurs propres moyens peuvent consulter le site internet de l’association, www.matatohora.com, pour se rappeler les règles d’approche des mammifères marins et les conditions de mise à l’eau pour aller à la rencontre des baleines en toute sécurité. Pour les autres, reste la solution whale-watcher. En 2016, l’association Mata Tohora a créé un label qui permet de distinguer les professionnels du secteur en fonction de leurs méthodes d’approche. En plus du code de l’environnement (obligatoire pour toutes personne privée ou professionnel désirant aller voir les cétacés), les whale-watchers labellisés s’engagent à respecter des règles d’approche éco-responsables. Ces règles supplémentaires sont inscrites dans la charte que le whale-Watcher labellisé à signée. Une liste est disponible sur le site de Mata Tohora.

Contacts

Mata Tohora, association engagée pour la protection des cétacés en Polynésie
Tél. : 87.70.22.77.
[email protected]
Site internet de l'association.

Rédigé par Delphine Barrais le Jeudi 2 Juillet 2020 à 11:23 | Lu 5132 fois





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