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Abel Hauata, Miss UPF 2022 : "Je suis là où je dois être"


Tahiti, le 28 février 2022 - Samedi dernier, Abel Hauata, étudiante en deuxième année de DUT TC, a été couronnée Miss UPF. C'est une première pour une femme transgenre. Elle nous a accordé une interview pour nous confier sa fierté et revendiquer une forme de reconnaissance.

48 heures après l'élection, comment te sens-tu ?
 
"Très bien, rien n'a vraiment changé dans ma vie, il y a juste un peu plus de regards qui se posent sur moi."
 
Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur toi ?
 
"Je suis originaire de Moorea, j'ai 19 ans, je suis en deuxième année de DUT TC à l'UPF et, il y a deux jours, j'ai été élue miss UPF. Tout simplement."
 
Comment t'es-tu présentée à ce concours et pourquoi ?

"Au départ, c'était vraiment parti d'une envie très personnelle. Il me manquait du peps dans ma vie, un peu de piquant et j'ai eu envie d'y aller. Mais au fur et à mesure de l'aventure, je me suis dit que j'avais quand même une plateforme et un public qui me suit, donc pourquoi ne pas l'utiliser à bon escient, accomplir quelque chose de plus grand : que les femmes trans soient reconnues en tant que femmes. C'est devenu mon étendard durant cette élection. Je suis partie avec l'objectif d'ouvrir des portes et de nous inclure chez les femmes. Ça a suscité beaucoup de réactions. Certains pensent que j'ai volé la place aux autres candidates, mais, pour moi, je suis là où je dois être. J'ai été élue par le jury, douze personnes différentes, aux avis différents, mais qui sont d'accord sur moi. Je pense que j'ai su tirer mon épingle du jeu."
 
Tes collèges de DUT étaient plutôt derrière toi ?

"Certains oui, pas forcément tous, mais certains m'ont beaucoup soutenue."

Comment as-tu vécu la soirée de l'élection ?
 
La veille de l'élection, j'étais émue de mon parcours et du soutien que j'ai reçu. Avant de monter sur scène je m'étais conditionnée pour avoir un mental de 'winneuse', je pense que tout commence là. Je suis partie sur scène pour montrer que c'était moi, la miss. Je voulais montrer que j'avais tout pour gagner."

Et quand tu as gagné, qu'est-ce que tu as ressenti ?
 
"Sur les vidéos [de samedi soir, ndlr] on peut voir que je suis assez surprise. Mais avec du recul, je m'y attendais quand même un peu. Pas seulement par la médiatisation et par le soutien du public, mais j'estime que j'ai montré que j'avais ce qu'il fallait pour réussir. Je me suis énormément investie, y compris sur ma communication car aujourd'hui on sait que tout passe par là, c'est aussi très commercial, il faut l'avouer. Mais voilà, j'ai cru en moi et j'ai mis toutes les chances de mon côté."
 

"J'ai un fort esprit de détachement"


Être la première femme trans élue Miss UPF, qu'est-ce que ça veut dire pour toi?
 
"Déjà, je veux dire [aux femmes trans] que si elles veulent être miss, pas besoin de participer à miss trans qui, pour moi, catégorise et divise encore plus les gens. Mon combat à moi, c'était d'être reconnue en tant que femme. Participer à l'élection de miss trans, c'était revenir à dire que je ne suis pas une vraie femme."
 
Ce concours a suscité beaucoup de réactions, comment le vis-tu ?
 
"J'ai vu qu'il y avait des réactions négatives, parfois méchantes, allant jusqu'à la haine. Mais ça ne m'affecte pas du tout. J'ai un fort esprit de détachement et je parviens à prendre du recul, à ne rien prendre personnellement parce que souvent ça ne reflète que ce que les personnes sont elles-mêmes, pas ce que je suis. Moi je suis dans ma chambre, tranquille et je regarde le replay de la soirée. Au-delà de tout ça, j'ai eu surtout énormément de soutien, beaucoup me félicitent. Je ne vois pas pourquoi je perdrais mon temps pour 10% de méchanceté, alors que 90% des gens sont contents."

De ton expérience, être transgenre à Tahiti est-ce difficile en dehors de cette élection ?

"Je me sens très acceptée. Depuis très jeune, ma famille m'a acceptée comme je suis. À l'internat, au lycée, je n'ai pas eu de problème, même avec les garçons. Mais c'est vrai que, pour cette élection, certains voulaient voir une miss née femme, ils auraient aimé que ce soit une femme cis. Ce n'est pas vraiment de la transphobie, c'est de l'incompréhension. Alors, le fait d'en parler, ça fait avancer les choses et les mentalités. Il ne faut pas oublier de rester respectueux et constructif. Nous, les transgenres, on commence à prendre notre place dans la société et on veut aller encore plus loin, être reconnues. Je crois que c'est le mot le plus important : reconnues."
 
Comment vois-tu ton avenir ?

Pour l'instant, j'hésite encore : intégrer le monde du travail ou partir en métropole pour poursuivre mes études. Il va peut-être y avoir des opportunités à la suite de ce concours Miss UPF, j'ai l'intention de profiter de tout le positif qui va m'arriver? Ça va être un moment très spécial, je veux en profiter à fond.
 

Rédigé par Antoine Launey le Lundi 28 Février 2022 à 18:55 | Lu 7077 fois