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A la barre, trafic d'ice et arnaques intrafamiliales


Tahiti, le 24 février 2023 – Deux femmes et quatre hommes ont été jugés en comparution immédiate jeudi pour avoir, chacun à leur niveau, participé à l'importation de 700 grammes d'ice en avril 2022 avant de les écouler à Tahiti et pour avoir blanchi le produit du trafic. Après une audience animée par quelques règlements de compte intrafamiliaux, le procureur de la République a requis des peines comprises entre deux et huit ans de prison ferme.
 
De l'ice, encore et toujours de l'ice à la barre du tribunal correctionnel… Six individus – deux femmes et quatre hommes – ont été présentés en comparution immédiate jeudi pour répondre de trafic de stupéfiants et blanchiment suite à l'importation, en avril 2022, de 700 grammes d'ice.
 
À l'origine de cette affaire, et tel que l'a rappelé le président du tribunal en début d'audience, lors de l'exposé des faits, il y a un couple, parents de deux enfants, qui traversent des difficultés financières. En avril 2022, l'homme et la femme décident d'emprunter de l'argent à l'oncle de cette dernière – un trafiquant condamné à cinq ans de prison ferme dans l'affaire Sarah Nui – en vue de se rendre aux États-Unis pour y acheter un kilo d'ice qu'ils comptent revendre à Tahiti. L'oncle leur prête deux millions de Fcfp et le jeune couple se rend en Californie en famille. Après avoir acheté 700 grammes d'ice pour un million de Fcfp, les jeunes parents dissimulent la drogue dans des repose-nuque qu'ils mettent simplement dans un sac plastique. Ils arrivent à passer les contrôles sans se faire intercepter avant de revenir au fenua. Ils confient la drogue à l'oncle de la jeune femme qui la revend et leur donne 35 millions de Fcfp. Ayant peur de se faire “saisir” par d'éventuels envieux et après avoir dépensé quelques millions pour “déstresser”, le jeune couple décide de confier les 27 millions restants au père de la femme… qui dilapide tout l'argent. Quant à l'oncle récidiviste, il décide de se rendre à Dubaï pour y suivre une “formation en cryptomonnaie” afin de blanchir une partie de l'argent issu du trafic.
 
Le “Lionel Messi” du trafic
 
Tout ce petit monde, ainsi que deux autres prévenus poursuivis pour avoir servi de prête-noms pour des achats réalisés avec l'argent de la drogue, a donc été jugé en comparution immédiate jeudi lors d'une longue audience. Premier à être interrogé, le jeune père de famille qui avait importé la drogue et qui s'est séparé de sa compagne depuis les faits, a indiqué qu'il avait “tout perdu” : l'argent confié à son ex-beau-père, sa compagne et sa liberté. Entendue à son tour, son ex-compagne a complètement changé de version. Alors qu'elle avait reconnu lors de sa garde à vue qu'elle avait organisé cette importation de concert avec son ancien compagnon, elle a vainement tenté de charger ce dernier à la barre en affirmant qu'elle ne savait rien. Ce à quoi le président du tribunal lui a opposé que ses déclarations étaient une “insulte à l'intelligence”.
 
Déjà condamné à cinq ans de prison ferme en 2019 dans le cadre de l'affaire Sarah Nui, l'oncle de la jeune femme, particulièrement détendu, a directement expliqué au tribunal : “Je reconnais le trafic”. L'homme, également poursuivi pour avoir blanchi de l'argent en investissant dans la cryptomonnaie à Dubaï, a par ailleurs affirmé que dans le milieu, “tout le monde sait qui il est”, comme tout le monde sait qui est “Lionel Messi”.
 
Tout aussi détendu que son frère, l'oncle de la jeune femme, un ancien policier municipal qui travaille actuellement en qualité de chargé de la réinsertion des mineurs – cela ne s'invente pas – a tout d'abord expliqué au tribunal qu'il avait été choqué que sa fille et son gendre viennent lui confier 27 millions issus du trafic. Le président du tribunal lui a alors rappelé que le choc avait dû être de courte durée puisqu’il avait dépensé tout l'argent en achetant des voitures, du mobilier, des paddle, des va'a, un vélo électrique, une rôtissoire et en payant des restaurants et des hôtels à ses trois compagnes. À la barre, sans se départir de son assurance, le prévenu a assuré qu'il allait “rembourser tout ça”.
 
Au terme de cette audience parfois cocasse, le procureur de la République a requis cinq ans de prison dont un avec sursis à l'encontre du couple d'importateurs, huit ans ferme contre le récidiviste déjà condamné dans l'affaire Sarah Nui et quatre ans de prison dont deux avec sursis à l'encontre du père de l'importatrice. Le tribunal rendra son délibéré vendredi soir.
 

Rédigé par Garance Colbert le Vendredi 24 Février 2023 à 09:42 | Lu 5145 fois