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À deux pas des émeutes, les rugbymans de Papeete bloqués en Nouvelle-Calédonie


Les rugbymen de Papeete étaient partis le 7 mai dernier en Nouvelle-Calédonie pour une opposition amicale contre le club de Dumbea. Crédit photo : Papeete Rugby Club.
Les rugbymen de Papeete étaient partis le 7 mai dernier en Nouvelle-Calédonie pour une opposition amicale contre le club de Dumbea. Crédit photo : Papeete Rugby Club.
Tahiti, le 14 mai 2024 – Alors que des émeutes secouent la Nouvelle-Calédonie, après le passage à l'Assemblée et au Sénat du projet de loi sur la réforme du corps électoral, une vingtaine de rugbymen du club de rugby de Papeete sont eux aussi bloqués sur l'archipel. Venus sur le Caillou dans le cadre d'un voyage pour une opposition amicale contre le club de Nouméa, ils ont été surpris par les événements et sont depuis bloqués sur place, inquiets, en attendant leur retour au Fenua.
 
Le “Calédonie Rugby Tour” du club de rugby de Papeete a tourné au vinaigre. En effet, partis depuis lundi pour un voyage en Nouvelle-Calédonie et une opposition amicale contre le club de Noumea, les rugbymen polynésiens ont été pris de court par les émeutes qui ont débuté sur le Caillou dans la nuit de dimanche à lundi. Des soulèvements qui ont éclaté à la suite du projet de réforme constitutionnelle examiné ce lundi à l'Assemblée nationale, qui vise à élargir le corps électoral aux élections provinciales. En effet, établi en 1998 par l'accord de Nouméa, ce gel d'une partie du nombre d’électeurs a pour conséquence de priver en 2024 près d'un électeur sur cinq sur le territoire, en empêchant toutes les personnes arrivées sur le territoire depuis 1998 de voter.
 
“Les choses vont se compliquer ce soir”
 
Voitures incendiées, magasins pillés et saccagés, aéroport en flammes, affrontements armés avec les policiers, les images de ces émeutes sont légion sur les réseaux sociaux. C'est à quelques encablures de Nouméa, totalement bloqué par les barricades des manifestants, que la vingtaine de rugbymen de Papeete venus découvrir le Caillou s'est réfugiée à l'abri jusqu'à ce mardi soir, où la situation sur place les a obligés à se déplacer vers un autre abri. “On devait partir mardi, mais là, les vols sont annulés, ça flambe de partout depuis la nuit de dimanche à lundi”, nous confie Anthony, l'un des coachs du club. “On n’est quand même pas loin des feux. On s'inquiète un peu, car ça se rapproche. On a organisé des rondes hier pour pouvoir se tenir prêts si des gens s'amenaient. Comme ils sont tous armés, on ne fait pas les fiers. Là, on va devoir se déplacer ailleurs, car les choses vont se compliquer ce soir.” “Avant notre départ, on nous avait pourtant dit qu’il n’y aurait pas de manifestation”  rajoute-t-il.
 
Pour l'instant, aucune information n'a été donnée quant à une date de reprise des vols. À Paris, malgré les deux journées d'extrême violence qui ont secoué l'archipel, la réforme poursuit son petit bonhomme de chemin. Après avoir été adoptée à l'Assemblée nationale ce mardi, elle a été également votée favorablement au Sénat. Les indépendantistes kanaks ont, eux, appelé ce mardi à “l'apaisement”. Le Front de libération national kanak et socialiste (FLNKS) a de son côté appelé à la “levée des barrages pour permettre le libre accès de la population aux produits, services et besoins de premières nécessités”, tout en condamnant les résultats du vote des parlementaires français.
 

Rédigé par Thibault Segalard le Mardi 14 Mai 2024 à 18:42 | Lu 2992 fois