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A Here ia Porinetia veut une commission d'enquête sur la gestion du covid


Tahiti le 28 avril 2022 - A Here ia Porinetia demande, au travers d'un projet de délibération, qu'une commission d'enquête de l'assemblée de la Polynésie sur la gestion du covid au fenua soit mise en place, pour “faire toute la lumière” sur ce sujet.

A Here ia Porinetia a organisé une conférence de presse jeudi matin. Principal sujet à l'ordre du jour, la proposition de délibération, déposée le 26 avril dernier, relative à la création d'une commission d'enquête sur la gestion de la crise sanitaire au fenua. Cette proposition de délibération a été déposée par le tāvana de Makemo et élu A Here ia Porinetia Félix Tokoragi pour faire, selon lui, “toute la lumière sur la gestion sanitaire” au fenua.

Félix Tokoragi a fait un rappel de toute cette période Covid ainsi que toutes les décisions prises par le gouvernement et l'État, comme le confinement, mais également de toutes ses conséquences notamment sur les “rapatriements des personnes évasanées en France, bloquées, conséquences sur le fait de ramener la population en Polynésie”. Le tāvana de Makemo estime que sur ces différents points, il y a eu des “carences”. Il considère également qu'après la visite du Président Emmanuel Macron “il y a eu une forte augmentation des décès en Polynésie”.

A travers cette commission d'enquête, Félix Tokoragi demande que face au “caractère inédit et exceptionnel” de cette crise sanitaire soit mis en place un “éclairage”. Il affirme que cette crise sanitaire a non seulement touché tout le monde, mais a également eu des conséquences, au niveau sanitaire, économique, sociale et également au niveau des “privations de libertés”. L'élu estime que la campagne vaccinale a été “une épreuve terrible pour chacun de nous”. Il assure que “par souci de clarté et de prévoyance, il est temps de faire un état des lieux”. L'élu affirme que la “transparence” doit être le maître mot des “responsables politiques” et qu'ils doivent rendre des comptes à la population.

Cette enquête, pourrait, selon Félix Tokoragi, préparer le Pays à mieux faire face aux éventuelles prochaines épidémies de la sorte. “Nous avons vu que dans notre hôpital il y a eu des dysfonctionnements” comme la saturation du CHPF, les éventuelles pressions subies par le personnel soignant ou encore “un tri des patients” a affirmé l'élu A Here ia Porinetia. Il a fait également état des lenteurs de la prise en charge des malades dans les îles éloignées.

Félix Tokoragi voudrait aussi que soient étudiées “les conséquences” du vaccin sur différentes personnes de la Polynésie. Hors de question pour lui de ne pas prendre en compte les décisions prises par le gouvernement lors de cette crise sanitaire et leurs conséquences. “C'est comme si aujourd'hui, rien n'avait existé, tout est beau et tout est rose” déplore-t-il.

Pour Nuihau Laurey, plus nuancé, la mise en place de cette commission d'enquête est une “nécessité”, non pas pour remettre en cause les décisions prises par les autorités de l'État et du Pays, mais “pour éviter que les erreurs ne se reproduisent à l'avenir”. Il considère qu'il faut “être capable de regarder les choix que l'on a fait et l'assemblée propose un outil destiné à cela”. Pour lui cette commission d'enquête “doit-être objective et transparente. La majorité doit participer à cette commission d'enquête”. Il estime que cette enquête pourra aboutir à des éléments “objectifs”.

"Tout pouvoir fini par être abusé"  

Autre sujet abordé, le renouvellement de la classe politique. Nuihau Laurey est revenu sur sa proposition de A Here ia Porinetia de limiter à maximum deux le nombre de mandats des élus à l'assemblée mais également des tāvana, afin de renouveler la classe politique et d'éviter que ces fonctions ne deviennent des métiers. Il fustige également les élus qui prônent le fait qu'il n'y ait pas de relève. Pour lui, c'est simple, “le tāvana en place souhaite continuer pendant quarante ans et à l'assemblée la place est tellement agréable qu'ils souhaitent avoir une sinécure à vie (...) alors qu'il y en a qui veulent s'impliquer dans la gestion du Pays et la gestion des biens publics”. Il applaudit d'ailleurs la mise en place de la loi sur la parité sans laquelle les femmes ne seraient jamais au pouvoir. “Les hommes tels qu'on les connait sont les premiers à garder leur place”. Il ajoute que dans son programme, A Here ia Porinetia “ne compte pas sur l'homme ou la femme providentielle (...)”. Pour Nuihau Laurey, il faut mettre en place “un système institutionnel” pour protéger les citoyens “des dirigeants qu'eux-mêmes choisissent”.

Et cela ne peut passer que par la limitation de la concentration du pouvoir, et la limitation de leur mandat, et surtout la mise en place “des contre-pouvoirs pour éviter les dérives”. “Tout pouvoir fini par être abusé” conclut le candidat de A here ia Porinetia aux législatives sur la troisième circonscription.
 

Nicole Sanquer, députée A Here ia Porinetia et candidate aux législatives ; “On est là pour casser le système politique”

“Nous étions dans la majorité Tapura, nous aurions pu nous taire. Et tous les trois (...) en 2023 nous aurions eu nos places car nous aurions fait partie des bons élus, à ne rien dire (...). On était bien au chaud au Tapura, on aurait pu ne rien faire et continuer à voter l'obligation vaccinale, l'endettement de ce pays, la création de nouveaux impôts. Mais nous avons fait le choix, il y a deux ans, de sortir de la majorité car nous étions en désaccord avec les décisions prises (...). Ce Pays a connu beaucoup d'instabilités. Mais en général, on va de la minorité vers la majorité, on ne fait pas le contraire. Car être dans une majorité, c'est un certain confort. Et surtout une assurance d'être réélu (...). Il y a deux ans nous avons fait le choix de sortir de ce confort pour manifester un certain désaccord avec les décisions prises. Nous connaissons le système de l'intérieur (...), on a traversé des déserts il ne faut pas se leurrer, personne ne voulait nous entendre (...). Et nous avons écrit un nouveau projet pour la Polynésie. Ce que nous faisons, c'est surtout responsable car on travaille pour l'avenir de nos enfants (...). C'est facile de dire que si on s'en va, on montre l'exemple. Qui proposera un nouveau projet pour ce Pays ? A l'assemblée, on n'entend pas l'opposition, à part les trois de A Here ia Porinetia. Je dis que c'est de la responsabilité aujourd'hui de se lever car on parle de l'avenir de la Polynésie. Et la situation actuelle du Pays est alarmante. Et cette majorité à l'assemblée vote pour faire plaisir à Édouard Fritch, pas pour représenter le peuple. Et c'est pour cela qu'à trois de A here Porinetia on est là pour casser le système politique et proposer un nouveau projet économique. On limite nous-mêmes les mandats car on ne veut pas vieillir sur ces places. Mais nous voulons proposer autre chose pour sauver notre Pays pour nos enfants de demain”.
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 28 Avril 2022 à 23:40 | Lu 1542 fois