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50 ans du Criobe, pionnier de la recherche sur les récifs coralliens



Tahiti, le 9 avril 2021 – En 1971, le Criobe voit le jour dans le contexte des essais nucléaires en milieu corallien. La recherche sur ces écosystèmes part alors quasiment de zéro en Polynésie. Sollicité par le commissariat à l'énergie atomique (CEA) afin de produire des données sur le corail, le biologiste marin Bernard Salvat réalise que l’implantation d’une station de recherche s’impose en Polynésie. 50 ans plus tard, elle joue un rôle crucial dans les choix de politique environnementale.  
 
1965. Après le Sahara algérien, la France se tourne vers la Polynésie pour la poursuite de ses essais nucléaires. La question se pose alors de l'impact sur les récifs coralliens. Le gouvernement central s’est donc mis en quête de chercheurs spécialisés sur ces écosystèmes sous-marins, notamment pour tous les atolls de la partie est des Tuamotu, des Australes et des Gambier.

C’est dans ce contexte que naquit le Centre de recherches insulaires et observatoire de l'environnement : le Criobe. 50 ans plus tard, il est l’un des plus éminents laboratoires français pour l’étude des écosystèmes coralliens. Mais si le centre a fait du chemin, le projet se heurte à de nombreux défis lors de son implantation en 1971 à Moorea. “Il faut se resituer, à l’époque, presque personne ne travaillait sur les récifs coralliens en Polynésie”, rappelle son fondateur, le biologiste marin Bernard Salvat. Aujourd’hui directeur honoraire de l’École pratique des hautes études (EPHE), c’est lui qui va prendre l’initiative d’installer la station. “J’avais acquis une expérience suffisante sur les biotopes coralliens pour me rendre compte qu’au-delà des missions avec le CEP (centre d’expérimentations du Pacifique, Ndlr), il y avait quelque chose à faire dans le domaine de la recherche scientifique”.

Le fenua ou le Caillou ?

En 1971, l’antenne du Muséum-EPHE s’implante sur le site de Tiahura.
En 1971, l’antenne du Muséum-EPHE s’implante sur le site de Tiahura.
Mais revenons en arrière. Dans les années 60, alors que les spécialistes du corail ne courent pas les récifs, il se trouve qu’une unité de recherche du Muséum-EPHE est hébergée par l’Orstom (ancien nom de l’IRD) à Nouméa, dans le cadre d’une mission sur les récifs coralliens de Nouvelle-Calédonie. Bernard Salvat en fait partie. Fort de ces prospections, lui et son équipe sont très vite retenus pour le diagnostic des écosystèmes du fenua. Objectif : “étudier l’écosystème corallien avant et après les expérimentations sur les atolls de Moruroa et de Fangataufa”, mais aussi "conseiller le service radiobiologique sur les espèces à surveiller”, ou encore “prospecter les îles hautes et les atolls voisins”.

A partir de là, le chercheur réalise rapidement l’intérêt d’implanter une antenne du Museum-EPHE dédiée aux écosystèmes coralliens en Polynésie, bien que le Caillou voisin et ses deux barrières de corail de 600 kilomètres chacune, s’illustrait à l’époque comme un concurrent de taille. Le chercheur le reconnaît, la question s’est posée : pourquoi la Polynésie et non la Calédonie ? “Pour des raisons écologiques, biologiques, géomorphologiques et culturelles”, résume Bernard Salvat. “La Calédonie, c’est trois fois plus riche que la Polynésie en termes de biodiversité, son lagon est énorme, ce qui en fait un monstre corallien, difficile à appréhender”, justifie le scientifique.

Plus accessible, l’île sœur propose, sur seulement 800 mètres, l’affrontement entre la mer ouverte et le littoral. “Quand on la survole par avion, on sent bien qu’on va pouvoir capter et essayer de comprendre un écosystème plus simple à appréhender”, poursuit Bernard Salvat. Par ailleurs, la Calédonie se présente comme une mine dont le facteur économique essentiel est le nickel. “Et les Kanak ne sont pas particulièrement des pêcheurs. En revanche en Polynésie quand vous parliez de récif à des élus, il y avait du répondant culturel. On parlait de poisson, de cycle de poisson, de plongée ou de pêche”.

Tahiti ou Moorea ?

Tiahura au nord-ouest de l’île de Moorea, est très certainement la tranche de récif la mieux connue au monde après cinq décennies de travaux publiés.
Tiahura au nord-ouest de l’île de Moorea, est très certainement la tranche de récif la mieux connue au monde après cinq décennies de travaux publiés.
Une fois en Polynésie, la question se pose de savoir où installer la station. Un atoll des Tuamotu ? Trop loin, trop compliqué, trop cher. Reste Tahiti et Moorea, avec une préférence du chercheur pour l’île sœur, c’est-à-dire à l’écart des distractions touristiques et nocturnes du Papeete des “seventies”. Sur la côte nord de Moorea, un petit fare trouve grâce à ses yeux devant un site où tout le système corallien de Tiahura se déplie. “C’était parfait parce qu’on n’avait pas d’équipement de plongée à l’époque, ce n’était pas possible de plonger sur la pente externe”. 

Nous sommes en 1971 lorsque l’antenne du Muséum-EPHE s’implante sur le site de Tiahura, sous la houlette d’une équipe pionnière de trois personnes : Bernard Salvat, Francine Salvat et Georges Richard. Le Criobe est né. Comparable au point zéro, la première étude qualitative et quantitative des peuplements récifaux majeurs de Polynésie verra le jour la même année.

Ainsi, les décennies 70 et 80 vont permettre de décrire cet écosystème et de comprendre les processus clés qui maintiennent l’exceptionnelle biodiversité dans les récifs coralliens. Les principaux peuplements (algues, coraux, mollusques, crustacés, échinodermes et poissons) sont alors étudiés, de nouvelles espèces décrites, des monographies publiées (Marquises, Australes, Moruroa, etc.).

En 1981, le Pays invite le centre à s’installer dans la baie de Opunohu. L’intérêt des personnalités politiques, dont de nombreux pêcheurs, permettra d’ailleurs de financer les bâtiments actuels du Criobe. Les années 1990, sont ensuite consacrées à l’explication, et les années 2000, à prévoir le futur des récifs coralliens face aux perturbations d’origine naturelle et anthropique.

Erreurs de gouvernance

Avec toutes ces années de recul, le professeur reconnaît cependant quelques erreurs de gouvernance. “On avait une culture beaucoup plus zoologique, une discipline taxonomique (science de la classification des êtres vivants, Ndlr). Je m’étais imaginé qu’il suffisait de mettre les blocs taxonomiques bout à bout au fil des ans pour tout avoir au bout de dix ans, sauf que le récif corallien ne réagit pas comme ça. Chacun des peuplements peut varier selon des échelles qui ne sont pas celles des saisons mais des décennies, développe le scientifique. J’étais trop imprégné par l’été et l’hiver, en tant que biologiste de l’hémisphère nord et d’un milieu tempéré, on s’imagine que l’été suivant sera comme l’été précédent”.

Idem pour les perturbations naturelles, qu’on imagine à l’époque bien moins nuisibles que celles liées à l’activité humaine. “Un cyclone qui passe sur un atoll, il vous rabote le récif de 60% à 2%, tout est détruit”. 1982, 1983, 1997, 1998, 2010. De nombreux cyclones vont ainsi se succéder. “C’est vrai aussi pour les blanchissements qui se sont multipliés dans le monde à partir des années 80. Mais, ils ont aussi commencé à être plus documentés à ce moment-là”. 

Reste enfin le mystère des acanthasters, également attribué à l’époque à un phénomène anthropique. “Le fait qu’on avait capturé tous les tritons géants (mollusque et prédateur naturel de l’acanthaster, Ndlr), les pesticides, déversé trop de nutriments dans le lagon… Jusqu’à ce qu’on découvre que c’était un phénomène naturel, raconte Bernard Salvat. Comme quoi, la recherche, il faut aussi la considérer avec beaucoup d’humilité, de prudence et de recul.” Grâce à l’activité déployée par le Criobe depuis cinq décennies, “l’EPHE a été et reste le fer de lance des recherches sur les récifs coralliens français”.

Anaig Le Guen, directrice du Criobe : “L’ADN environnemental nous ouvrira des portes pour la gestion des écosystèmes”

Aujourd’hui quel est le rôle du Criobe ?
“Au début, il fallait décrire, comprendre, expliquer et maintenant on cherche à prévoir et apporter des solutions basées sur la nature. On parle de plus en plus de biomimétisme, comment fonctionne la nature et comment s’en inspirer pour proposer des solutions de restauration des récifs. Nous avons des pépinières à corail, nos “coral gardeners”, mais planter un par un des bouts de corail ça demande une énergie folle. C’est pourquoi on essaye de voir comment on peut travailler sur des matériaux pour permettre le recrutement des larves pour que ça colonise plus vite des surfaces plus grandes.”

Pourquoi on décide de s’intéresser aux écosystèmes coralliens ?
“Parce que très peu de surface de récif abrite une très grande biodiversité. Ce sont des écosystèmes très riches, on les compare souvent à celui de la forêt amazonienne qui est extraordinaire en termes de diversité. Le professeur Salvat avait bien compris que c’était important de s’installer et d’être présent pour pouvoir suivre ces écosystèmes au long cours et pas seulement venir chercher des coquillages et rentrer dans un laboratoire en métropole. Monter des missions c’était très compliqué à l’époque. A Moorea, on a un modèle îlien avec un périmètre plus contraint que l’on maîtrise, avec toutes les composantes, sur les modélisations et les projections. C’est donc plus pratique.”

Quelle est la place de ces écosystèmes dans la recherche ?
“Dans les grands programmes investissements d’avenir de l’État, le Criobe a proposé un projet de laboratoire d’excellence (Labex) reconnu en 2012 qui réunit toute la communauté française, qui a été renouvelé jusqu’en 2025. C’est ça qui est intéressant, d’avoir de la continuité sur du long terme. Il y a neuf institutions dans ce Labex et nous avons énormément de collaboration avec les États-Unis ou l’Australie.”

Quels sont les principaux enjeux du Criobe dans les années qui viennent ?
“Notre programme “les récifs coralliens de demain” a vocation justement à trouver des modalités de gestion apporter des solutions sur la restauration, l’innovation, sur une meilleure compréhension de certaines exploitations de la ressource naturelle, ou des mécanismes chimiques sur les productions aquacoles ou dans la bactériologie. On cherche d’ailleurs à créer un bureau d’accueil consacré à l’innovation à l’attention des jeunes qui ont des idées, un peu comme un incubateur. Il s’agit de faire des levers de verrous, de les aider à prouver que leur idée marche ou de chercher des financements pour monter son entreprise. Ce qui limite la prise de risque. C’est en réflexion.”

Le Criobe va donc s’agrandir encore ?
“Oui, on va avoir des hébergements complètement neufs et de meilleure qualité, ce qui doit permettre d’attirer la communauté scientifique internationale. On va en profiter pour créer un laboratoire consacré à l’ADN environnemental, une technique de pointe qui permet de faire du “métabarcoding” (outil génétique qui permet de faire du profilage microbien, Ndlr). Il suffira de récolter des échantillons d’eau pour recenser les espèces ou les bactéries présentes dans les milieux aquatiques. Ce qui va nous ouvrir de nouvelles perspectives en termes de surveillance et de gestion des écosystèmes.”

Premier en Europe sur le corail

En 2021, le Criobe dispose d’un terrain de 20 500 m2 affecté par le Pays, dont 2 410 m2 de surfaces construites. Plateforme opérationnelle pour le travail de terrain sur les récifs polynésiens, il est constitué de bâtiments individuels regroupant des unités d’hébergement (capacité d’accueil de trente-deux lits), de bureaux, de laboratoires et de pièces techniques. Il accueille en moyenne 350 personnes par an, dont un quart d’étrangers. Station d’écologie expérimentale, le Criobe est également un service d’observation qui abrite l’Institut des récifs coralliens du Pacifique (IRCP).
Dans les années 2010, l’arrivée d’une marina d’accès direct au lagon et d’un amphithéâtre de 130 places moyennant un financement de l’État de 60 millions de Fcfp, auxquelles s’ajoute l’ouverture prévue fin juin du “Fare natura” (l’écomusée de la biodiversité), illustrent les ambitions d’extension du Criobe sous la direction à l’époque de Serge Planes.
Chimie, biologie, écologie, sciences humaines et sociales : centre pluridisciplinaire, ses recherches occupent la première place en Europe en termes de publications et de l’indexation scientifique sur les récifs coralliens. Il représente d’ailleurs le principal interlocuteur français en matière de collaborations internationales avec les grands centres de recherche sur les récifs coralliens.

Les récifs coralliens en chiffre

  • 0.1% du plancher océanique est recouvert par du corail
  • 25 % de la biodiversité marine est apportée par les récifs coralliens
  • 850 espèces de corail dans le monde, dont 183 en Polynésie française
  • 8 000 espèces de poissons et 25 000 mollusques
  • 20 à 25 % des récifs coralliens mondiaux ont disparu définitivement
  • 50 % sont en situation critique
Les espèces du milieu marin recensées en Polynésie :
  • 190 coraux 
  • 3 000 mollusques
  • 1 000 crustacés
  • 1 100 poissons

Rédigé par Esther Cunéo le Mercredi 12 Mai 2021 à 17:31 | Lu 1743 fois






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