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20 ans de prison pour le meurtrier de Tiarei


Tahiti, le 29 mai 2024 - Le pêcheur jugé depuis lundi par les jurés de la cour d'assises pour le meurtre d'un quinquagénaire commis le 17 mai 2022 à Tiarei a été condamné, mercredi, à vingt ans de réclusion criminelle tel que requis par l'avocat général.

 

Il encourait la réclusion criminelle à perpétuité, il y aura finalement échappé. Au terme de trois jours de procès, les jurés de la cour d'assises ont condamné, mercredi après-midi, le trentenaire qui était poursuivi pour meurtre à vingt ans de prison ferme sans période de sûreté. Le 17 mai 2022, ce père de famille jusque-là inconnu de la justice avait lynché un ouvrier de 54 ans avec lequel il venait de passer la journée à boire du komo et du rhum. Il lui avait porté de très nombreux coups – dont un au thorax qui avait provoqué une perforation cardiaque –, au motif, selon lui, que la victime avait tenu des propos douteux à l'encontre d'une jeune fille qui passait devant eux. 

 

En ce dernier jour d'audience, la parole a tout d'abord été donnée à l'avocate des parties civiles, Me Kari Lee Armour-Lazzari, qui a rappelé au début de sa plaidoirie que la victime, “connue de tout le monde” à Tiarei, était un homme “apprécié” qui était toujours de “bonne humeur”. Elle a ensuite abordé les faits en évoquant l'absence de mobile. “Au-delà de la mort, ce qui est terrible dans cette affaire, c'est l'extrême violence de l'accusé qui reste encore inexpliquée. Aujourd'hui, au terme de ces trois jours, personne n'arrive à expliquer comment et pourquoi un homme a priori normal a pu commettre de telles atrocités.”

 

“L'incompréhension demeure”

 

Me Armour-Lazzari a ensuite repris les propos du directeur d'enquête selon lesquels l'accusé était plus qu'“hors de lui” lors des faits pour rappeler de nouveau aux jurés que le trentenaire s'était littéralement “acharné” sur l'ouvrier sans que ce dernier, ivre, ne réponde à aucun des coups. “Qu'avait fait cet homme pour être tué et finir à la morgue ? L'incompréhension demeure car nous n'avons eu aucune explication.”

 

À l'heure des réquisitions, l'avocat général a tenu à insister sur le fait que le drame n'était pas l'issue d'une “bagarre” tel que cela avait été dit à l'époque car une “seule personne” avait porté des coups et que cette dernière avait délibérément ôté la vie du quinquagénaire. “L'accusé mesure plus d'1 m 80, il est musclé, baraqué, sait se battre et il faisait face à un homme plus âgé qui n'était pas du tout de la même corpulence, qui était ivre et qui n'avait aucun moyen de défense.” Évoquant l'alcoolisme de la victime, le représentant du ministère public a ensuite affirmé qu'il n'était pas nécessaire de salir sa mémoire.

 

Pas de peine de sûreté

 

Malgré la violence des faits, l'avocat général a conclu ses réquisitions en rappelant que dans les métiers de la justice, beaucoup “croient en l'homme” et en sa capacité de réinsertion. Il a finalement requis vingt ans de réclusion criminelle à l'encontre du trentenaire sans période de sûreté. “Cet homme pourra sortir à mi-peine s'il le mérite. S'il se comporte bien et remplit les obligations qui lui seront imposées, il pourra ainsi revenir parmi nous.”

 

Face à ces réquisitions, l'un de deux avocats de l'accusé, Me Gérald Tulasne, est sans surprise revenu sur l'intention de tuer de son client. “Comment admettre qu'il ait voulu le tuer ? Ce que je retiens, c'est qu'avant les faits, ces deux hommes ont plaisanté, bu, fumé du paka et trinqué pendant huit heures. Mon client était ivre et il n'a pas choisi ses gestes. Il a fait un peu n'importe quoi et lui a mis deux coups de pied dont un était mortel, mais dans l'état où il était, il n'est pas crédible de croire qu'il aurait choisi les endroits où il a frappé.”

 

Seconde avocate constituée pour la défense du pêcheur, Me Diana Kintzler s'est attachée lors de sa plaidoirie à pointer les “dysfonctionnements” qui ont mené au drame. “La vie de cet homme aurait-elle pu être sauvée ? Quand on voit des gens s'alcooliser sur la voie publique de 8 à 16 heures, ce n'est pas normal. Quand le chef de la police municipale vient nous dire qu'ils buvaient ‘doucement’, ce n'est pas un discours audible.” Sans vouloir “rejeter la faute” sur d'autres, l'avocate s'est ensuite interrogée sur le fait que les forces de l'ordre, qui étaient passées plusieurs fois durant la journée devant l'accusé et la victime, n'aient pas verbalisé ces derniers qui se trouvaient en état d'ivresse manifeste sur la voie publique, sans quoi “nous n'en serions pas là”.


Rédigé par Garance Colbert le Mercredi 29 Mai 2024 à 19:23 | Lu 2925 fois