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1880 : "L'autre" du Petit-Thouars



Un portrait d’Abel Bergasse du Petit-Thouars qui s’illustra dans le Pacifique en pacifiant les Marquises et en sauvant du pillage et de la destruction la capitale péruvienne, Lima.
Un portrait d’Abel Bergasse du Petit-Thouars qui s’illustra dans le Pacifique en pacifiant les Marquises et en sauvant du pillage et de la destruction la capitale péruvienne, Lima.
Tahiti, le 3 décembre 2020 - Le 15 octobre 1878, Abel Bergasse du Petit-Thouars prenait ses fonctions de commandant en chef de la division du Pacifique. A 46 ans seulement, il s’était déjà illustré sur mer à de nombreuses reprises. Dans notre vaste océan, il marqua son passage par la pacification et la remise en ordre des îles Marquises et surtout par le sauvetage de la capitale du Pérou, Lima ; sans lui, la ville aurait été pillée et rasée par l’armée chilienne qui ne faisait pas de quartier à l’époque.
 
1832 : le petit Abel Bergasse Nicolas Georges Henri du Petit-Thouars voit le jour le 23 mars, au château de Bordeaux-lès-Rouches (actuelle commune de Bordeaux-en Gâtinais) dans le Loiret. Très loin de la mer donc... 
Son oncle n’était pas n’importe qui puisqu’il n’était autre que le célèbre Abel Aubert du Petit-Thouars (1793-1864), amiral s’étant très largement illustré dans la première moitié du XIXe siècle pour son action dans l’actuelle Polynésie française. Le petit Abel Bergasse fut si proche de son glorieux tonton que celui-ci en fit même son fils adoptif à la mort de son père. 

Elève moyen, de santé fragile
 
Un autre du Petit-Thouars était fort connu à l’époque, lointain oncle du petit Abel Bergasse, le capitaine de vaisseau Aristide Aubert du Petit-Thouars, mort en commandant le Tonnant à la bataille d’Aboukir le 2 août 1798 (où la flotte de guerre française fut défaite par la flotte britannique conduite par Nelson, au large des côtes égyptiennes). 
Pour faire court, Abel Bergasse était tombé dans la marmite de la marine dès sa plus tendre enfance, ce qui le fit entrer le 19 octobre 1845, à treize ans et demi, au lycée de Lorient pour préparer son entrée à l’Ecole navale où il fut reçu. 
Brillant élève, Bergasse, de santé fragile, ne le fut pas. Il sortit 43e sur 89 dans sa promotion (aspirant de 2e classe, le 1er août 1849). Très vite, il embarqua sur une frégate, la Pandore, qu’il quitta le 6 décembre 1849 pour un navire appartenant à la division navale de l’’océan Pacifique, la Durance. Du 6 décembre 1849 au 15 juillet 1850, il sillonna donc l’Océanie. Passé sur la corvette la Thisbé, il demeura dans les eaux du grand Sud du 15 juillet au 17 décembre 1850. S’en suivit un embarquement sur la Capricieuse qui lui permettra de connaître les principaux ports de l’Océanie et de l’Indochine (du 17 décembre 1850 au 26 avril 1854).
C’est à bord de ce puissant navire de guerre, la Victorieuse, que Bergasse du Petit-Thouars se trouvait lorsqu’il intervint à Lima pour sauver la ville.
C’est à bord de ce puissant navire de guerre, la Victorieuse, que Bergasse du Petit-Thouars se trouvait lorsqu’il intervint à Lima pour sauver la ville.

A bord du Dupleix, Bergasse du Petit-Thouars s’illustra sur les côtes asiatiques, en Chine et au Japon. Ici une représentation de la bataille de Shimonoseki.
A bord du Dupleix, Bergasse du Petit-Thouars s’illustra sur les côtes asiatiques, en Chine et au Japon. Ici une représentation de la bataille de Shimonoseki.
Un œil en moins en Crimée
 
Il était encore jeune, mais le commandant de la Capricieuse décela en lui, très vite, des qualités de chef, “une aptitude au métier de la mer, ce zèle pour le service, cette vigueur dans le commandement, cette vivacité dans les manœuvres, ce goût de l’étude et du travail”. Un jugement que sa hiérarchie ne fit que confirmer au fil de l’expérience de Bergasse.
De retour en Europe, il dut se faire soigner en France et en Italie (auprès de sa mère). Là, Mme du Petit-Thouars crut bien que son fils allait mourir, mais en réalité, tout au long de sa vie, entre les blessures au combat et sa santé déplorable, Bergasse ne cessa d’alterner les séquences de commandement et les périodes de maladie, de repos et de convalescence.
Côté terrains d’action, on le vit en Crimée en 1854, face aux troupes russes ; il y fut blessé deux fois, perdant même un œil le 7 juin 1855. Il y gagna un statut de héros et se retrouva nommé lieutenant de vaisseau à seulement vingt-quatre ans !
Il embarqua ensuite sur le navire-école de canonnage Suffren (du 1erjanvier 1858 au 18 avril 1859), car le marin se doublait d’un artilleur passionné.
 
11 harakiri, 9 samouraïs épargnés !
 
Il obtint son premier commandement lors de la guerre d’Italie sur l’Eclair, dans l’Adriatique, puis il prit en main les destinées de l’Euphrate à Alger (du 10 octobre 1859 au 28 septembre 1861). Une fois de plus, les appréciations élogieuses de sa hiérarchie n’en finissaient pas ; il était si intrépide, si brillant qu’il fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 28 décembre 1867 avant de partir en mer de Chine et au Japon. Un drame illustre l’humanité de du Petit-Thouars. Après le meurtre de onze de ses marins dans le port de Sakai, vingt samouraïs nippons furent condamnés à mort ; ils devaient de faire harakiri (seppuku pour être précis) en place publique, en s’ouvrant le ventre avec leur sabre ; au onzième, Bergasse demanda que la vie des neuf autres soient épargnée et que leur peine soit commuée. Le Mikado lui-même, qui avait prononcé les sentences, apprécia le geste du Français et le reçut en personne dans son palais de Kyoto pour le remercier de son geste. 
En réalité, les Japonais prirent la demande de Bergasse comme un acte de faiblesse. Et celui-ci demanda que la cérémonie du suicide collectif cesse pour ne pas faire des samouraïs meurtriers des héros. Les onze marins français morts reposent au cimetière des étrangers de Köbe et les onze samouraïs dans un temple où s’élèvent leurs stèles.
Pendant la guerre de 1870 contre l’Allemagne, du Petit-Thouars fut nommé chef de l’escadre française du Rhin basée à Strasbourg. Il y fut capturé par les troupes ennemies et fait prisonnier (du 1er octobre 1870 au 19 avril 1871).
Sa santé, toujours aussi fragile, l’obligea à rester à terre à la fin du conflit et il ne reprit un commandement à la mer, sur l’Alexander, que le 1erfévrier 1873. Il y demeura trois années, durée exceptionnelle.
Promu au grade de contre-amiral le 26 mars 1877, il travailla à Paris et à Brest avant ce qui nous intéresse aujourd’hui au premier chef, sa nomination au poste de commandant en chef de la division navale du Pacifique, le 15 octobre 1878.

Mgr Dordillon, dont une statue à la cathédrale de Taiohae rappelle son action, fêta avec Bergasse du Petit-Thouars le retour à la paix civile dans l’archipel marquisien.
Mgr Dordillon, dont une statue à la cathédrale de Taiohae rappelle son action, fêta avec Bergasse du Petit-Thouars le retour à la paix civile dans l’archipel marquisien.
Insurrection à Hiva Oa
 
Mission urgente fixée par le ministère de la Marine, rétablir l’ordre, le calme et la paix aux Marquises, tout spécialement à Hiva Oa où l’anarchie régnait.
A son retour dans le Pacifique, du Petit-Thouars fut retenu en Nouvelle-Calédonie au moment d’une révolte canaque, avant d’aller explorer les potentialités des Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu). Il traversa d’ouest en est le Pacifique pour faire escale à Valparaiso où il trouva le Chili en guerre contre le Pérou et la Bolivie, un conflit dans lequel il interviendra plus tard. Du Petit-Thouars, à l’occasion d’une brève escale, découvrit Lima en guerre le 30 août 1877. Malgré les supplications péruviennes qui redoutaient de voir la ville saccagée par les troupes chiliennes, le devoir appelait Bergasse aux Marquises et il s’y rendit. 
Les témoignages de l’époque font état d’une véritable insurrection à Hiva Oa : “la pratique du tatouage y créait une école de débauche permanente, la distillation de l’eau de cocos y maintenait une ivresse pour ainsi dire perpétuelle, source d’orgie sanglantes, de festins cannibales et de crimes de toute sorte, que nous ne pouvions laisser commettre impunément sur un sol où nous avions planté notre drapeau”.
 
La paix ramenée en une journée
 
Parti d’Amérique du Sud en mai 1880, du Petit-Thouars arriva à bord de la Victorieuse le 1er juin 1880 à Fatu Hiva, où il jeta l’ancre dans la baie des Vierges. Le 3 juin, le navire mouillait à Nuku Hiva dans la vaste baie de Taiohae où l’amiral organisa de suite une expédition pour rétablir l’ordre à Hiva Oa. Le 23 juin, il partit avant l’aube dans la vallée des Hamau, tribu rebelle qu’il voulait mater par surprise. L’affaire fut rondement menée puisque les guerriers ciblés, pour redoutables qu’ils étaient, furent désarmés et soumis en fin de journée : “à 9h50 du soir, il revenait à bord avec ses hommes, après avoir forcé les Hamau à se rendre à discrétion”, nous dit la chronique de l’époque.
Evidemment, ce coup de main et de maître refroidit les ardeurs des autres groupes de guerriers de Hiva Oa et finalement, tous rendirent les armes : “le désarmement fut également opéré dans les autres îles, soupçonnées de connivence avec Hiva Oa (ndlr : en référence notamment à Tahuata) ; de sorte que la pacification des Marquises désirée depuis si longtemps en vain, avait été obtenue en quelques jours, grâce à l’activité du commandant en chef”.
Monseigneur Dordillon, pleinement rasséréné, organisa une cérémonie religieuse solennelle dans la petite église de Taiohae dès le retour de du Petit-Thouars.
Le 30 juin1880, le commandant français, après que le groupe Sud-Est des Marquises eut rendu presque toutes les armes, forma un cercle qu'entourèrent les quatre-cent cinquante soldats français. A l'intérieur du cercle, il y fit placer les Tahitiens et ses alliés de Nuku Hiva pour les féliciter de leur aide et de leur efficacité. Teoro, le chef d'Aakapa, était le leader des troupes originaires de Nuku Hiva. La petite histoire lui prête alors cette déclaration solennelle : "désormais Nuku Hiva, Ua Pou et Hiva Oa sont un”.

Arrivé au Pérou, c’est à une guerre sanglante entre Péruviens et Chiliens que fut confronté Bergasse du Petit-Thouars. A Miraflores, on ne comptait plus les morts et les blessés dans les rangs péruviens.
Arrivé au Pérou, c’est à une guerre sanglante entre Péruviens et Chiliens que fut confronté Bergasse du Petit-Thouars. A Miraflores, on ne comptait plus les morts et les blessés dans les rangs péruviens.
La capitale à feu et à sang
 
La page marquisienne tournée, le contre-amiral avait pour mission de revenir à Valparaiso et, après cette escale, de rentrer en France. Mais le marin français était bien conscient que ce qui se tramait alors en Amérique latine allait avoir des conséquences funestes pour le Pérou, et tout particulièrement pour sa capitale Lima et donc, par voie de conséquence, pour tous les résidents Français. 
Fait rare dans la marine, Bergasse du Petit-Thouars résolut donc de désobéir à ses ordres. Le plein de vivres fait, il mit le cap non pas sur le sud du Chili mais sur Callao, le port de Lima, où il arriva le 7 janvier 1881. Les Français, face à l’avancée chilienne, s’étaient réfugiés sur des pontons et acclamèrent celui qu’ils considérèrent comme leur sauveur.
Le 14 janvier, dans une ville à feu et à sang, comptant environ cent mille habitants, le contre-amiral se rendit à terre et s’installa dans les locaux de la légation française. 
Sur terre, la pression de l’armée chilienne était si forte que l’on entendait depuis le centre de Lima les canonnades et les tirs. Le 17 janvier, c’est la flotte chilienne qui entrait au Callao pour torpiller les forts gardant le port. 
Lima était perdue, Lima était prise, Lima allait être pillée, saccagée, brûlée... 
Mais du Petit-Thouars était toujours à la légation, pas décidé à en partir comme un couard. Il amena au quartier général chilien le maire de Lima, Rufino Torrico, l’amiral anglais Stirling (que la rumeur disait déjà mort) et l’ambassadeur britannique au Pérou pour négocier une entrée pacifique des vainqueurs, les Chiliens, à Lima. Au “menu” de la négociation, une proposition ferme du Français : si le Chili détruit Lima, lui détruira la flotte chilienne au port de Callao. 
 
Lima et sa population sauvées
 
Crânement, il demanda donc aux Chiliens d’épargner la cité, une audace qui paya puisque le Français reçut l’assurance qu’hormis des faits isolés et hors du contrôle de l’armée chilienne, celle-ci se comporterait avec humanité. Le général chilien Manuel Baquedano lui-même ratifia l’accord. Le commandant de Champeaux accompagnait le contre-amiral et lui aussi “mouilla la chemise” pour arracher cet accord, alors que sur le chemin du retour, les deux hommes faillirent bien se faire tuer dans une embuscade et un combat rapproché.
Déjà la population noire des faubourgs, entrée en révolte, avait commencé à piller certains quartiers, aux portes de la ville, comme Miraflores. 
Du Petit-Thouars, avec culot, avait sauvé non seulement les Français résidant dans la capitale péruvienne, mais également toute la cité, dont la population ne fut pas passée au fil de l’épée comme ce fut le cas à Chorillos, à Barranca, et à Miraflores. Même le gouvernement anglais se fendit d’un courrier de félicitations envers le marin français qui sauva réellement tous les Européens vivant alors dans la ville qui ne fut donc ni pillée ni brûlée, les populations qui voulaient fuir ayant eu le temps de le faire.
En signe de reconnaissance, la bourgeoisie de Lima offrit à l’amiral une plaque en or, ayant la forme et la dimension d’une carte de visite, portant gravée sur l’une de ses faces, une inscription commémorative ; et les dames de Lima lui dédièrent un album splendide, couvert de leurs signatures, comme témoignage de leur reconnaissance”. Elles avaient, il est vrai, grâce au Français, sauvé leurs biens et… leur vertu !
Aujourd’hui, une avenue du centre de Lima et un monument rappellent l’engagement salvateur du marin français en faveur de la ville péruvienne...

Glorieuse fin de vie

Après le commandement de la Victorieuse, du Petit-Thouars fut nommé major de la flotte de Toulon où il prit la mesure du travail essentiel d’un arsenal, à un moment où la flotte s’apprêtait à s’engager dans une expédition au Tonkin. Il décrocha ses étoiles de vice-amiral le 31 décembre 1883. Il concentra son travail sur les torpilles, à ses yeux arme du futur, s’investit à ce titre dans la Commission chargée de la réorganisation du service des défenses sous-marines avant de passer au Conseil des travaux.
Grand officier de la Légion d’honneur dès le 29 juin 1886, il revint à Toulon, à la tête de la préfecture maritime qu’il quitta le 19 octobre 1888 pour prendre le commandement de l’escadre de la Méditerranée et du Levant (navire amiral le Colbert). Le 25 mai 1889, du Petit-Thouars choisit de s’établir à bord du Formidable. Il servit en ne ménageant pas sa peine pour faire de cette escadre, couronnement de sa carrière, une force d’intervention immédiatement utilisable. 
Mais alors qu’il était –c’est bien le cas de l’écrire– sur le pont, le 14 mai 1890, à huit heures du matin, le vice-amiral Bergasse du Petit-Thouars atteint d’une attaque cardiaque foudroyante, décéda brutalement. Il n’avait que cinquante-huit ans.
Le 5 novembre 1860, le vice-amiral avait épousé Mademoiselle Mac Leod, nièce du vice-amiral Fourichon. Ils eurent quatre enfants, trois filles et un fils, Aristide, qui entra lui aussi à l’Ecole navale. 
Depuis son jeune âge, on savait Bergasse de santé fragile ; ses blessures au combat aggravèrent sa situation et son implication au travail fit qu’en ne se ménageant guère, il poussa son organisme au bout de ses limites. Il reste aujourd’hui encore, dans la marine française, comme un homme de devoir respecté.

Et “notre” du Petit-Thouars ?

Abel Bergasse ne doit pas être confondu avec son aîné, Abel Aubert du Petit-Thouars. 
Réglons d’abord le problème de l’orthographe de ce nom de famille : du Petit-Thouars, en trois mots, figure sur tous les documents officiels concernant ces deux hommes, qui sont devenus, au fil du temps (et à force d’erreurs ancrées dans les habitudes) Dupetit-Thouars.
Nous conserverons donc l’orthographe originelle de cette respectable famille.
Abel Aubert avait vu le jour le 3 août 1793 à Turquant (Maine-et Loire). Il décéda à Paris, à l’âge de 70 ans, le 16 mars 1864.
Il s’illustra par une carrière bien remplie dans la marine nationale, terminant au grade de vice-amiral (il servit de 1804 à 1858, tantôt sous l’Empire, tantôt pour le roi de France, tantôt pour la République, toujours au sein de la Royale).
Il est très connu en Polynésie française puisqu’il commanda la station navale du Pacifique, commandant les forces navales d’Océanie.
Il fit sa première apparition dans nos eaux lors d’un tour du monde entre 1836 et 1839 sur la frégate la Vénus ; il visita alors, entre autres, l’archipel des Marquises. 
Après une escale à Valparaiso, il reçut mission de se rendre à Tahiti pour exiger de la reine Pomare IV des excuses après l’expulsion des pères catholiques Laval et Caret (expulsion qui eut lieu fin décembre 1836, début janvier 1837). Il parvint à Papeete le 29 août 1838 et obtint de la reine non seulement des excuses mais un traité autorisant les Français à s’installer librement et à commercer dans le royaume, au même titre que les Britanniques. Il rencontra alors Dumont d’Urville et nomma Jacques Moerenhout, pourtant Belge d’origine, consul de France à Tahiti. Il quitta Papeete le 17 septembre, mission accomplie.

Prise de possession des Marquises et de Tahiti
 
De retour à Paris, il plaida pour une occupation de l’actuelle Polynésie française par la France et suggéra de s’en servir de lieu de déportation pour les bagnards. Guizot, ministre des Affaires étrangères accepta, et Abel Aubert fut nommé dans la foulée commandant de la division navale de l’Océanie, avec le grade de contre-amiral. A bord de la Reine Blanche, il arriva à Tahuata le 28 avril 1842, sur les terres du roi Iotete. La prise de possession officielle eut lieu avec fanfare, tambours, trompettes, coups de canon et feu d’artifice le 1er mai 1842. Le 1er juin, une autre cérémonie de prise de possession eut lieu à Nuku Hiva. L’opération fut un succès complet sans avoir besoin de tirer un coup de fusil...
Du Petit-Thouars vogua alors vers Tahiti où il jeta l’ancre le 27 août 1842.
La situation, pour les Français était tendue à l’extrême, le contre-amiral estimant que la reine Pomare IV ne tenait pas ses engagements pris quelques années auparavant. Il lui suggéra fortement d’accepter un protectorat français, ce que la reine se résigna à faire. Le 26 septembre, via les Marquises, du Petit-Thouars repartait en direction du Chili. Il atteignit Valparaiso le 29 octobre 1842.
En France, le roi Louis-Philippe valida et contresigna le traité de protectorat. Il n’en fallait pas plus à du Petit-Thouars pour revenir en personne le signifier à Pomare IV, ce qu’il fit le 1er novembre 1843. 
Mais en quelques jours, le conflit larvé entre Français et Anglais à propos de Tahiti, sous l’impulsion du missionnaire et consul britannique George Pritchard, prit la proportion d’une crise ingérable. La situation était devenue si conflictuelle que finalement le contre-amiral français décida de mettre fin au protectorat et de prendre officiellement possession de Tahiti et du royaume de Pomare IV, ce qui fut fait le 6 novembre1843. Du Petit-Thouars nomma Armand Bruat gouverneur et le 10 novembre, il rentra en France.
Pritchard, qui refusa de reconnaître et le protectorat et la prise de possession fit tout ce qui était en son pouvoir pour que la reine Pomare IV renie sa signature ; il demanda même aux pasteurs anglais de prêcher la révolte contre les Français dans leurs temples. Finalement, Pritchard, qui n’avait en rien agi avec la neutralité que sa fonction de consul lui imposait, fut expulsé en mars 1844 après une arrestation mouvementée.
Officiellement, Pritchard, de retour à Londres fut désavoué par le gouvernement britannique qui le nomma consul des seules Samoa, le gouvernement français, de son côté acceptant de l’indemniser pour les désagréments qu’il avait subi lors de son arrestation et de son expulsion. (Pritchard réclamait 100 000 Francs de l’époque ; la France estima le préjudice à 11 000 Francs. Et il semble que Paris ne paya finalement jamais rien...)
Officieusement, la France ne fut pas mécontente de l’action énergique du contre-amiral qui fut promu vice-amiral en 1846. Ce qui n’est certes pas la marque d’une disgrâce...
 

Rédigé par Daniel Pardon le Jeudi 3 Décembre 2020 à 19:27 | Lu 1048 fois





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