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14 greffiers manquants en Polynésie


Tahiti, le 15 décembre 2021 – Des greffiers et des magistrats ainsi que des avocats du barreau de Papeete se sont réunis mercredi matin au palais de justice pour dénoncer le manque de moyens, et plus particulièrement le manque de greffiers qui entraîne un “rallongement des délais” au préjudice des justiciables en Polynésie.

Après la publication, le 23 novembre dernier, d'une tribune dans Le Monde –signée par plusieurs milliers de magistrats et une centaine de greffiers– suite au suicide d'une magistrat de 29 ans dans le nord de la France, plusieurs juges et greffiers du palais de justice de Papeete se sont rassemblés mercredi matin. Ils souhaitaient, entre autres, dénoncer “l'absence de moyens en nombre de personnels tant chez les fonctionnaires que les magistrats”, le “recours excessif à du personnel précaire, temporaire et non formé”, l'emploi de “matériels insuffisants offrant un outil de travail inadapté” et “la volonté politique de mettre en cause les magistrats, alors que l'institution elle-même n'est plus en mesure d'assumer ses missions et de répondre aux attentes légitimes des justiciables”.

Tel que l'a indiqué Laëtitia Ellul, déléguée régionale du Syndicat de la magistrature, ces revendications s'illustrent, sur le territoire, par le “manque criant de 14 greffiers” : “Nous voulions nous associer à la mobilisation nationale qui fait suite à une tribune signée par plusieurs magistrats suite au suicide d'une jeune collègue d'une juridiction du nord de la France –manifestement écrasée par sa charge de travail– et nous nous associons donc aujourd'hui à cette tribune pour dénoncer le manque de moyens. Le manque de moyens, c'est quoi ? Même si nous sommes ici mieux lotis en termes de nombre de magistrats, nous souffrons d'un manque criant de greffiers avec 14 greffiers manquant au minimum au tribunal.”

“Dégradation générale”

Selon le magistrat, ce manque de personnel entraîne un “rallongement des délais” au préjudice des justiciables : “Les directrices de greffe en sont réduites à jongler entre dégarnir un service pour en garnir un autre et nous avons un collègue juge d'instruction qui n'a pas de greffier depuis maintenant un mois. Nous parlons aussi des logiciels obsolètes sur lesquels nous travaillons, sur le manque d'ordinateurs pour les greffiers. Pendant la crise sanitaire, nous nous sommes en effet aperçus que nos greffiers n'ont pas pu être placés en télétravail car ils n'avaient pas d'ordinateurs portables. C'est une dégradation générale des conditions de travail et d'exercice qui rejaillit au premier chef sur les justiciables puisque cela entraîne un rallongement des délais et un moindre temps à leur consacrer.”

Egalement présent mercredi pour représenter le barreau de Papeete, le bâtonnier, Me François Mestre, a lui aussi affirmé que le manque de moyens alloués par la justice impactait la qualité de la prise en charge des justiciables : “Nous avons souhaité soutenir le mouvement initié en métropole qui a pris naissance avec une tribune publiée dans Le Monde et cosignée par des milliers de magistrats et greffiers, ce qui est d'ailleurs sans précédent en termes de mobilisation de personnels de justice au sens large face au manque de moyens de la justice. Les avocats s'y associent tout simplement car nous concourrons à la même œuvre, l'œuvre de la justice. C'est une expression qui peut parfois sembler un peu théorique si ce n'est que pour nos clients, c'est parfaitement concret. Lorsque la justice n'a pas suffisamment de moyens, qu'il n'y a pas assez de greffiers, ce sont nos clients qui en pâtissent."

Rédigé par Garance Colbert le Mercredi 15 Décembre 2021 à 16:52 | Lu 2423 fois