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10 ha d'agrisolaire à Mataiea


Tahiti, le 23 février 2023 – La première pierre de la ferme agrivoltaïque Manasolar du groupe Moux a été posée jeudi matin à Mataiea. Un projet sur 10 hectares qui permettra de fournir 10,8 MWc de puissance électrique et d'utiliser autant de surface en agriculture biologique et en élevage pour la SCA Vaihiria.
 
Le soleil était déjà au rendez-vous jeudi matin au PK48 à Mataiea, à l'occasion de la pose de la première pierre du projet de ferme agrivoltaïque Manasolar porté par le groupe Moux. L'un des quatre projets de ferme solaire avec stockage retenus en 2022 dans le cadre de la première tranche d'appel à projets du Pays pour 30 MWc de puissance. Alors que les élus de Tarahoi votaient dans le même temps le “Fonds Macron” à 7 milliards de Fcfp pour la transition énergétique et que la Fedom tenait cette semaine son séminaire sur la décarbonation de la Polynésie française et des outre-mer, l'exemple concret d'une innovation impulsée par le public et portée par le privé est venue conclure la semaine à point nommé.
 
Jeudi matin à Mataiea, devant un aréopage de responsables du secteur de l'énergie –EDT, TEP ou Vinci– et des représentants de la commune, de la communauté de communes Tereheamanu et du Pays –Tearii Alpha, Anthony Jamet ou René Temeharo– l'investisseur Albert Moux et le propriétaire du site et responsable de la société civile agricole (SCA) Vaihiria Tamatoa Bambridge ont profité de l'occasion pour exposer en détails les contours de leur projet d'avenir.
 

9 300 tonnes de CO2 évitées
 
Sur les 18 hectares de la parcelle située en bord de mer le long de la rivière Vaihiria, pas moins de 10 hectares accueilleront à la fois une centrale photovoltaïque et les cultures et élevages de la SCA Vaihiria. Côté solaire, c'est une centrale photovoltaïque de 18 000 panneaux, avec stockage par un système de batteries, qui injectera 10,8 MWc dans le réseau électrique de Tahiti. L'équivalent de 5 170 foyers alimentés pour 9 300 tonnes de CO2 évités. “J'ai souhaité diversifier au maximum notre groupe présent dans 11 pays”, a introduit le président de Manasolar et homme d'affaires des secteurs de l'énergie (PPS – Shell), de la téléphonie (PMT – Vodafone) et des médias (Fenua Communication – Tahiti Infos), Albert Moux. “C'est tout à fait normal qu'on soit dans l'énergie renouvelable, parce qu'on sait qu'il n'y aura plus de pétrole d'ici 30 à 40 ans. On est obligé de transformer nos sociétés.”
 
Un projet à 2,26 milliards de Fcfp dont les travaux doivent se terminer fin 2023, avant une phase d'essais et une mise en service de la centrale prévue pour avril 2024. Le maire de Teva i Uta, Tearii Alpha, n'a pas manqué de le souligner, il s'agit du plus important projet d'investissement de la commune de Mataiea.
 

Cultures maraichères et élevage
 
Côté activité agricole, l'anthropologue Tamatoa Bambridge avait cette fois-ci sa casquette de propriétaire foncier et de responsable de la SCA Vaihiria. Le projet Manasolar prévoit en effet de faire cohabiter des serres photovoltaïques et des structures photovoltaïques à angle fixe plus communément appelées ombrières hautes et basses. Une partie haute du terrain est déjà exploitée par 2 hectares de cultures maraichères certifiées bio. Elle intégrera trois serres photovoltaïques avec système d'arrosage automatisé par brumisateur pour la culture de fruits et légumes adaptés à cet environnement contrôlé et protégé (pépinières, cultures de plein champs, cultures suspendues, maraichage bio intensif, vanille…). Au centre, des structures hautes à 3,5 mètres du sol permettront la culture maraîchère et fruitière. Enfin, en partie basse, des structures moins élevées permettront de développer des zones de pâturage. La SCA Vaihiria ayant déjà choisi de développer un élevage de moutons de la race Martinik.
 
Tamatoa Bambridge l'explique, il a toujours refusé les projets de promoteurs immobiliers sur cette terre familiale “héritée” située sur le site d'une ancienne chefferie. “On a mis deux ans à se mettre d'accord”, poursuit-il. “Pour maintenir les rahui, pour ne pas dénaturer les paysages, mettre des contrôles, récupérer les eaux de pluie via la phytoremédiation, mettre des cultures de taro, faire un espace d'une cinquantaine de uru, etc.” Manasolar s'est également attaché les services d'un ingénieur agronome, Romain Borie, du bureau d'étude AgroDev. “Ma spécialité c'est l'agriculture biologique, les agroécologies, la vie du sol…”, explique l'ingénieur qui s'est occupé du développement du projet agricole de Guy Laliberté à Nukutepipi. “Là, on est sur un projet qui me parle parce que je reviens d'une expérience aux Tuamotu où on voit l'importance d'avoir ce type de structures pour protéger les cultures. Le challenge, c'est le contrôle du climat sous la structure.”
 

Aujourd'hui Mataiea, demain les Tuamotu…
 
Et davantage qu'une simple ferme agrivoltaïque, l'investisseur Albert Moux y voit le projet pilote d'un modèle adaptable demain aux îles éloignées et notamment aux Tuamotu. Ce que confirme l'ingénieur agronome Romain Borie : “Ça nous permet effectivement de tester ces modules-là. Et comme vous le savez aux Tuamotu, le nerf de la guerre c'est l'eau et le ma'a. Avec des modules comme ça, on pourrait imaginer que les communes ou les porteurs de projets privés pourraient imaginer un trois en un : Produire de l'électricité, stocker de l'eau de pluie et générer une agriculture en-dessous.”

Albert Moux, président de Manasolar : “Le futur, ce sont ces serres”

Vous qui venez du pétrole, vous diversifiez votre activité avec cette ferme solaire ?

“C'est tout à fait normal qu'on soit dans l'énergie renouvelable, parce qu'on sait qu'il n'y aura plus de pétrole d'ici 30 à 40 ans. On est obligé de transformer nos sociétés. C'est tout à fait logique. En plus, on a bien choisi ce site avec des partenaires propriétaires du terrain qui font de l'agriculture bio.”
 
Justement ce projet particulier d'agrisolaire bio, c'est aussi une dimension qui aide à faire accepter ces projets d'installations d'énergies renouvelables par les populations ?

“Je crois oui. Ça faisait partie de la réflexion. Quand on a discuté, à un moment donné je me suis demandé pourquoi ce terrain-là, en bord de mer, était toujours nu. Et comme le dit Tamatoa Bambridge, il y a beaucoup de promoteurs qui sont venus pour essayer d'acheter ce terrain. Mais non, il voulait le laisser vierge et avoir une production bio. On a parlé du projet d'avoir une ferme solaire et aujourd'hui on a trouvé un accord avec eux dans de bonnes conditions.”
 
C'est un projet d'avenir ce qui se joue ici ?

“Je crois oui. C'est l'écriture du futur. Le futur, ce sont ces serres. Ces deux hectares de serres avec deux ingénieurs agronomes bio. Ils ont l'habitude de faire ça. On est en train de le tester ici. Et si on le réussi bien, on se dit que ce système marchera ailleurs aux Tuamotu notamment. Ici, on va chercher ce qui marche le mieux avec ce climat.”
 
L'adieu au pétrole, c'est difficile ?

“… Non. C'est tout à fait normal. On sait qu'il faut protéger l'environnement. On sait qu'aujourd'hui, on doit tourner la page du pétrole petit à petit. C'est pour ça qu'on est là pour développer et changer notre façon de voir. Je pense qu'il ne faut pas oublier que la nature a changé. Aujourd'hui, on ne peut pas continuer. Il y a le réchauffement climatique, il y a des cyclones à droite, à gauche. Je pense qu'on ne peut pas rester les bras croisés.”
 

​Tamatoa Bambridge, SCA Vaihiria et propriétaire du site : “C'est la première fois qu'on dit oui”

Ce site, vous ne souhaitiez pas qu'il soit destiné à n'importe quelle activité ?

“C'est un site où on fait de l'activité agricole depuis plus d'un demi-siècle. Ça a commencé par les vaches laitières et autres. Et puis on est héritiers de ce site, qui un ancien site de chefferie. Toute la population venait là, entre cette anse et ces deux motu. On est conscient de ça. Et en fait, on est sollicité depuis plus de vingt ans pour faire plein de projets. Des projets hôteliers, de bâtiments administratifs, des projets avec des Anglais, des Russes, des Américains… Tous les ans ça change. Et on a toujours dit non. C'est donc la première fois qu'on dit oui, parce qu'on a voulu maintenir une activité agricole à long terme et puis un peu innover. On a mis deux ans à se mettre d'accord. Pour maintenir les rahui, pour ne pas dénaturer les paysages, mettre des contrôles, récupérer les eaux de pluie via la phytoremédiation, mettre des cultures de taro, faire un espace d'une cinquantaine de uru, etc. Sans compter les défis techniques et agricoles qui se posent à nous.”
 
Il y a une démarche d'expérimentation dans ce que vous faite ?

“Depuis le début oui. Depuis qu'on a été certifié en bio. Parce qu'on a commencé avec un employé, puis deux et aujourd'hui ils sont huit. Et c'est une chose de faire du bio à petite échelle. Ça en est une autre de faire du bio sur un domaine d'une vingtaine d'hectares. Parce que tout de suite on est assailli par des milliers d'insectes, par des champignons, par des milliers de problèmes… Donc on travaille sur de l'entomologie, sur des répulsifs, etc. Donc c'est sans cesse de l'expérimentation. Et ça vaut à une petite échelle, mais c'est encore plus vrai à grande échelle.”
 


Rédigé par Antoine Samoyeau le Jeudi 23 Février 2023 à 19:47 | Lu 4591 fois