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​Préavis de grève au Port autonome de Papeete


Tahiti, le 29 décembre 2023 - Le Port autonome de Papeete est sous le coup d'un préavis de grève déposé jeudi sous l'égide du syndicat Otahi. Faute d'accord, la grève serait effective dans tous les services de l’établissement public dès mercredi matin, à commencer par le très remonté service des remorqueurs.
 
Cela fait plusieurs mois que la tension couve dans les divers services du Port autonome de Papeete où “nombre de doléances [des] représentants du personnel sont, à ce jour, restées lettres mortes, voire remises en question”, dénonce le syndicat Otahi, auteur d'un préavis de grève transmis ce jeudi à la direction de l’Établissement public à caractère industriel et commercial (Épic).
 
Sans accord, les débrayages seraient effectifs pour une durée illimitée à compter de mercredi matin, zéro heure. Et ce mouvement social menace d’ankyloser à brève échéance l’activité dans les antennes du Port autonome, notamment au siège de Motu Uta, à la cale de halage, au port de Vaiare, à celui de Uturoa, à la marina de Papeete, à la gare maritime, mais surtout au service armement.
 
Les remorqueurs remontés

Le document liste cinq points de revendication, avec en premier lieu une demande de réorganisation du service armement, qui compte le très stratégique service des remorqueurs du port. Une grève dans cette unité opérationnelle menace de bloquer de façon très problématique l’activité du poumon économique de la Polynésie française. Sans remorqueur pour assister les manœuvres d’entrée, le port est en effet interdit aux navires dépassant les 100 mètres de longueur. Il se trouve que quatre doivent manœuvrer en rade de Papeete mercredi : le Mathilde Schult (195 mètres) à l’arrivée ; le Yacht Express (209 mètres) au départ ; le paquebot Wind Spirit ; et le porte-conteneurs Abu Dhabi.
 
Et la tension est à son comble, du côté du service de remorquage où les deux derniers protocoles de sortie de crise – et leurs demandes réitérées de réorganisation du service – attendent toujours d’être mis en œuvre, pour pallier un problème toujours plus criant de sous-effectif.

“Ça pose des problèmes de sécurité”

Outre le passage à un effectif de 18 personnes dans ce service, là où ils ne sont plus que 14 au 1er janvier 2024, le préavis de grève demande la titularisation d’un capitaine d’armement et la mise en place d’un roulement de service 24/48 digne de ce nom. La règlementation des gens de mer impose en effet le principe des 24 heures travaillées pour 48 heures de repos dont 24 en astreinte. L’équipage de base pour les manœuvres portuaires prévoit quatre personnes : un capitaine, un mécanicien, un graisseur et un matelot. Cet effectif est porté à huit pour les sorties de plus de 24 heures lors des interventions de remorquage que doit parfois opérer le service dans les archipels. “On ne peut pas prendre de congés et tourner avec trois équipes. On ne peut plus sortir à l’extérieur pour secourir un gros navire qui tomberait en panne. On ne peut pas tourner à deux remorqueurs pour des sorties en mer…”, déplore un des marins. Dans ces conditions, impossible aussi pour les effectifs de prendre leurs jours de congés, alors qu’ils cumulent les heures supplémentaires. “Ça ne fonctionne pas. On ne peut plus proposer de repos. Ça pose des problèmes de sécurité. Dans le service, on a des marins qui ont jusqu’à 180 jours de congés à prendre !”
 
Enquête pour harcèlement

Toujours concernant les pressions exercées depuis plusieurs mois sur le service remorquage, dans le préavis de grève déposé jeudi, le syndicat demande à être tenu informé de l’avancement de l’enquête pour harcèlement en cours au sein du service Armement. Plutôt, nous dit-on, que de mettre en œuvre les accords de sortie de crise dont le dernier a été conclu en 2022, la direction du port semble avoir préféré faire pression sur des agents subalternes du service par le truchement de deux cadres complices. Des faits dénoncés, début décembre, dans une lettre cosignée par une dizaine de matelots et agents techniques du service. La missive a été adressée à l’Inspection du travail et à la direction du port autonome. Une commission d’enquête est ouverte au sein du port.
 
Le préavis de grève insiste par ailleurs, dans le cadre de la restructuration des activités de l’Épic, sur le maintien, dans les effectifs du Port autonome, du personnel actuellement en poste dans les marinas lorsque la gestion de celles-ci est transférée à des prestataires privés. La question est d'actualité : des appels à candidatures pour ces délégations de service public ont été publiés en mai dernier, pour les marinas de Papeete, Vaiare et Uturoa, comme le rappellent nos confrères de Radio 1 vendredi.
 
Le week-end du Nouvel an s’annonce tendu. Direction du port et syndicat ont jusqu’à mardi soir pour s’entendre.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Vendredi 29 Décembre 2023 à 13:49 | Lu 5417 fois