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​Nucléaire : “Surveillance” et “transparence”


Tahiti, le 30 novembre 2021 – Les représentants de l'Etat ont dressé mardi le traditionnel “bilan de la surveillance radiologique et géomécanique” des sites des essais nucléaires. Un bilan comme toujours particulièrement rassurant, mais surtout une des étapes d'un “exercice de transparence” à renforcer selon l'Etat.
 
A l'occasion de la réunion de la Commission d'information auprès des anciens sites d'expérimentations nucléaires du Pacifique, le haut-commissaire Dominique Sorain a organisé mardi après-midi une conférence de presse destinée à présenter le traditionnel “bilan de la surveillance radiologique et géomécanique” en Polynésie française en général et sur les anciens sites des essais nucléaires en particulier. Parmi les “invités” de Paris présents pour l'occasion, le nouveau chargé de mission auprès du Premier ministre pour le suivi de la “table ronde” sur le nucléaire, Michel Marquer, le directeur de cabinet de la ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens combattants, Patrick Latron, et le Délégué à la sûreté nucléaire, François Bugault. C'est ce dernier qui a abordé le plus en détails le sujet du jour : la surveillance de la radioactivité en Polynésie française.
 
Bilan rassurant
 
Selon les données collectées par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour les années 2019 et 2020, les niveaux de “radioactivité artificielle” mesurés –issus des retombées des essais nucléaires– sont “extrêmement faibles”. Le rapport dit constater une “baisse régulière au fil des ans de la concentration du Césium137 dans tous les compartiments de l'environnement”. Et pour les concentrations notables –certains échantillons de viande de bœuf, lait entier ou eau de coco– les valeurs mesurées par l'IRSN restent très largement inférieures aux “niveaux maximaux admissibles”. Le bilan s'intéresse également à “l’exposition des populations” en 2019-2020 et conclut que : “la dose efficace totale (exposition externe, exposition interne par ingestion et inhalation) est évaluée à 1,4 mSv en Polynésie française, deux fois plus faible qu'en France hexagonale”.
 
Autre mesure présentée mardi, celle de l'activité géomécanique des atolls de Moruroa et Fangataufa. Selon le bilan présenté, le système de géosurveillance n'a pas relevé d'activités particulières. Sur le scénario catastrophe déjà évoqué par le passé, dit “extrêmement peu probable par les experts”, du détachement d'une loupe de calcaire en zone Nord de Moruroa, le rapport indique que ce phénomène serait “précédé de signes avant-coureurs” qui se feraient ressentir “plusieurs semaines au moins” avant un tel glissement. Le rapport précise également que “dans l'hypothèse la plus pénalisante” l'atoll de Moruroa serait évacué préventivement et celui de Tureia “ne serait pas touché par le phénomène”.
 
“Transparence”
 
Reste que ces mesures très rassurantes seront comme toujours accueillies avec la méfiance et la défiance qui accompagnent immanquablement la parole de l'Etat sur le sujet du nucléaire au fenua. Le “monsieur table ronde” de l'Etat, Michel Marquer, s'en défend. “Ce qui a été fait par l'IRSN est d'une indépendance absolue. On prend des mesures objectives à partir des rations alimentaires statistiques qui ont même été individualisées atoll par atoll. Et nous, l'Etat, prenons simplement acte de ces mesures accessibles à tout le monde. Donc, on peut vraiment parler d'indépendance dans cette matière.”
 
Le haut-commissaire a insisté de son côté sur le “contexte particulier” de ces sujets après la table ronde et les engagements d'Emmanuel Macron lors de sa visite en Polynésie. Pour Dominique Sorain, “toute l'importance est maintenant de tenir cet exercice de transparence sur la durée”.
 

​“Les calculs du livre Toxique sont faux”

“Je vais faire simple. Les calculs du livre Toxique sont faux. C'est clair.” Le Délégué à la sûreté nucléaire, François Bugault, n'a pas fait dans la dentelle au moment d'aborder la question de l'enquête publiée en 2020 par le média d'investigation Disclose et concluant à une dissimulation par l'Etat français des retombées des essais nucléaires polynésiens. Sur les retombées des essais aériens en Polynésie française, le Délégué a reconnu que “six tirs” n'avaient pas connu la “météo prévue” et avaient généré des retombées radioactives conduisant à des doses “inférieures à la limite acceptée pour les travailleurs du secteur du nucléaire” mais “supérieures aux limites acceptées pour le public”. Raison pour laquelle il est “parfaitement légitime” que des personnes ayant subi ces retombées présentent des dossiers d'indemnisations, a déclaré François Bugault.
 
Mais pour ce qui est des calculs du livre Toxique et de l'enquête de Disclose, le Délégué a affirmé qu'ils contredisaient à tort ceux effectués par le CEA en 2006 : “Bien sûr, je pourrai vous répondre que toutes les données précises, exactes, et les modes de calculs ont été présentés dans l'ouvrage de 2006. Je suis le premier à le reconnaître, cet ouvrage fait 450 pages. Il est extrêmement technique et scientifique et il faut vraiment être très versé dans ce métier pour pouvoir y accéder. Il ne suffit pas de dire la vérité pour qu'elle soit parfaitement accessible à tous.” Raison pour laquelle, la Commission d'information auprès des anciens sites d'expérimentations nucléaires du Pacifique a demandé au CEA de préparer un ouvrage d'une centaine de pages “accessible à tous” pour “expliquer de façon claire et simple comment ces calculs ont été menés”. L'ouvrage est attendu pour avril 2022. Un anti-Toxique qui sera diffusé “sur le terrain” au fenua, promet le Délégué à la sûreté nucléaire.
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 30 Novembre 2021 à 21:53 | Lu 933 fois