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​La grève générale "incompréhensible et inacceptable" pour le Medef


Tahiti, le 12 novembre 2021 – Particulièrement remonté contre la menace d'une grève générale brandie par les syndicats de salariés, le Medef Polynésie affirme ne pas comprendre la raison d'une telle action pour deux raisons : "les sujets qui sont évoqués sont tous actuellement en discussion" et "la situation économique du Pays ne peut pas se permettre ce genre d'actions".
 
Une large intersyndicale prévoit un préavis de grève générale, on imagine que le patronat accueille assez mal cette nouvelle ?
 
"Le Medef considère que ce préavis, même si on n'en a pas le contenu précis maintenant, est incompréhensible et inacceptable. Incompréhensible parce que les sujets qui sont évoqués sont tous actuellement en discussion. Donc il y a échange. Il y a négociation. Mais il n'y a aucune raison de lancer un préavis de grève. Et inadmissible parce que la situation économique du Pays ne peut pas se permettre ce genre d'actions."
 
Parmi les points précis de revendication, on retrouve une demande d'abrogation de la loi du Pays sur l'obligation vaccinale. Vous y êtes opposé ?
 
"Nous, déjà, nous n'avions pas compris pourquoi il fallait la repousser au 23 décembre alors qu'on est tous persuadé que la vaccination relève de l'urgence sanitaire et économique. Qu'il y ait des problèmes d'application, je peux le comprendre. Mais maintenant, il va falloir qu'on demande aux syndicats qu'ils se positionnent : Est-ce qu'ils sont pour la vaccination et la reprise économique ou est-ce qu'ils sont contre ? Mais de dire qu'ils sont pour la vaccination mais contre la loi, c'est une posture qui n'est plus acceptable dans la situation d'urgence sanitaire mondiale actuelle."
 
La réforme de la gouvernance de la CPS fait également grincer des dents chez les syndicats. Au Cesec, le collège des employeurs s'est a minima abstenu sur ce sujet. Quelle est la position du Medef Polynésie ?
 
"Le Medef est totalement pour la réforme de la PSG. Il est totalement pour la simplification de la gouvernance qui a été proposée. Parce qu'aujourd'hui, le système ne fonctionne plus. Non seulement, il est arrivé à la situation financière que l'on connaît. C'est à dire qu'il n'arrive plus à se financer seul. Mais en plus, en terme de gouvernance, de fonctionnement et de prise de décision et d'analyse, on a atteint la limite du système. Donc qu'on ramène les décisions à un nombre de personnes limitées et représentatives de ceux qui financent la CPS, ça paraît complètement normal. Il faut qu'on sorte de l'ancien système. L'ancien système, il est mort."
 
Sur l'augmentation des salaires, vous avez déjà expliqué que le timing de ces revendications vous surprenait. Économiquement, êtes-vous opposé à ces hausses de salaire et du Smig ?
 
"Non. Qu'il y ait un phénomène d'inflation, même s'il n'est pas complètement mesuré aujourd'hui, ça paraît évident. Par contre, les négociations salariales se font par branches dans des cadres extrêmement clairs. Elles ont eu lieu et se sont même clôturées pour certaines branches aujourd'hui. Je ne comprends pas qu'au moment des négociations, on se mette d'accord sur certains paramètres. Et que tout d'un coup, ils fassent grève sur des choses sur lesquelles ils étaient parfaitement d'accord avec nous avant. Je le disais, c'est incompréhensible. On aimerait que les syndicats de salariés nous expliquent sur quelle base ils demandent cette augmentation de 6% ? Parce que ce n'est pas celle qui fait l'objet d'échanges lors des négociations. Ça ressemble plus à une négociation politique qu'à une véritable raison économique. Et puis ensuite, il faut savoir qui va payer ces augmentations ? Si c'est le développement économique, il va falloir m'expliquer comment d'un côté on compte sur le développement économique pour augmenter les salaires et de l'autre on s'oppose à la vaccination qui est la seule garantie de stabilité du développement économique. C'est une aberration."
 
Sur la caisse chômage, vous êtes toujours favorable à son principe ?
 
"Aujourd'hui, on n'arrive pas à financer la protection sociale et la retraite. Il va falloir trouver des financements pour un système de compensation pour ceux qui ont perdu involontairement leur travail. Donc qu'on mette un système de solidarité en place en Polynésie française pour amortir ces pertes involontaires d'emplois, on a déjà dit qu'on était d'accord sur ce principe. Mais on n'a pas les moyens aujourd'hui de le financer, puisqu'on n'a pas assez de salariés pour payer ceux qui ne le sont pas. Donc il va falloir régler le problème de la protection sociale généralisée et de la relance économique. Et ensuite, on pourra se mettre autour d'une table pour trouver le dispositif le plus juste. Mais attention, ce dispositif le plus juste devra faire appel à la solidarité générale. C'est à dire pas uniquement les secteurs marchands, mais aussi les salariés du secteur public et tous ceux qui ont des revenus. Encore une fois, cette discussion ne pourra avoir lieu que quand la reprise économique sera au rendez-vous."
 
Elle se fait attendre cette reprise économique en Polynésie ?
 
"Aujourd'hui, en terme de prévisions et de ce qu'on mesure, on est très loin de tout ce qui est en train de se passer dans le reste du monde, y compris en France, où il y a des valeurs de croissance qui sont bien supérieurs à celles de la Polynésie. Donc mettons-nous au boulot et ne lançons pas des messages destructeurs de grèves générales."
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Vendredi 12 Novembre 2021 à 15:50 | Lu 4442 fois