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​Entreprises et ménages : entre attente et prudence


Tahiti, le 5 janvier 2022 - Les derniers chiffres publiés par l’Institut d’émission d'Outre-mer (IEOM) témoignent d’une situation bancaire des entreprises et des ménages marquée par une forme d’attentisme. Les remboursements à venir des PGE et la faible confiance dans les placements semblent conditionner des comportements prudents dans un contexte très incertain.

Profitant de taux d’intérêt très bas, les crédits à l’habitat des ménages et des entreprises ont progressé depuis un an. Mais cette évolution à la hausse est assez singulière dans le paysage bancaire actuel. La dernière note de conjoncture financière publiée par l’IEOM est plutôt marquée par un certain attentisme des acteurs lié à l’incertitude économique actuelle. Les Prêts garantis par l’État (PGE) devront commencer à être remboursés par les entreprises courant 2022 et, faute de visibilité, les ménages effectuent peu de placements.
 
Moratoire sur les PGE possible
 
Du côté des entreprises, les crédits d’exploitation, au premier rang desquels les PGE, sont de moins en moins sollicités depuis mars 2021. Alors que les crédits de trésorerie s’établissaient autour de 40 milliards de Fcfp avant la crise, ils ont bondi dès le début de confinement. La mise en place des PGE pour assurer la survie des entreprises a notamment fait passer ce montant à 96 milliards en décembre 2020. Depuis lors, ce chiffre se réduit et atteint, selon l’IEOM, 89 milliards en septembre dernier. Le taux moyen d’intérêt sur les crédits de trésorerie échéancée, inférieur à 1% il y a un an, approche désormais les 2%. De plus, les premiers PGE arrivant à terme avec des premiers remboursements attendus au cours du second trimestre 2022, un attentisme des chefs d’entreprise quant à l’impact du remboursement de ces prêts est perceptible. Or, le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Lemaire a annoncé en début de semaine le report et l'étalement du remboursement des PGE avec la possibilité pour les entreprises en difficulté de repousser leurs premières échéances de remboursement à fin 2022 et de les étaler sur dix ans. Ce moratoire, qui ne concerneraient que les entreprises dont “les difficultés financières sont avérées”, devrait être étendu en Polynésie pour être applicable.
 
Épargne en attente pour les ménages
 
Confinement, fermeture d’établissements et restrictions des déplacements obligent, la consommation des ménages a été fortement perturbée ces derniers mois. Les dépôts à vue des Polynésiens ont continué à progresser pour atteindre 168 milliards en septembre 2021 contre 147 milliards un an plus tôt et 121 en septembre 2019. Mais la collecte de ces dépôts se fait désormais de façon “moins soutenue” selon l’IEOM. Cette hausse de 38,6% en deux ans dans un contexte de faible visibilité dans l’avenir n’a pas incité les ménages polynésiens à placer sur du long terme. Les produits d’épargne de long terme, dont les assurances-vie, sont en recul depuis deux ans. Seuls les livrets ordinaires ont pu capter une partie de l’épargne des ménages (+30 milliards en deux ans). Les crédits à la consommation sont en baisse de -2,1% sur un an. Les taux d’intérêt pour les acquisitions immobilières étant également relativement bas, les ménages ont continué à en profiter pour solliciter des crédits à l’habitat avec une hausse du montant des prêts octroyés de +3,6%. Il faut dire que le taux moyen n’a jamais été aussi bas et se positionne désormais à 1,78%.
 

Rédigé par Sébastien Petit le Mercredi 5 Janvier 2022 à 20:17 | Lu 1628 fois