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​Augustine, reine des purotu



Tahiti, le 30 juillet 2020 – La couturière Augustine, de son nom de jeune fille Kui Yn Leou, s'en est allée le 25 juillet dernier à l'âge de 96 ans. Femme de caractère et d'engagement, à la vie bien remplie, elle a marqué l'histoire de la mode polynésienne en remettant au goût du jour la robe missionnaire -avec l'indémodable "robe Pomare"- et en créant la non moins célèbre "robe Purotu".
 
Née le 13 janvier 1924 à Mataiea, Kui Yn Leou est la fille de Tham Leou et de dame Wong, arrivés à Tahiti vers 1906. Ce n'est qu'après quelques années passées à Huahine que ses parents s'installent près d'Atimaono, où la future Augustine grandit au sein d'une fratrie de treize enfants. A l'époque, les temps sont durs et le couple Leou ouvre un petit commerce tout en cultivant de la canne à sucre et du coton. Toute la famille participe aux divers travaux et dès l'âge de huit ans, la petite Kui Yn aide sa mère aux travaux de couture.
 
A 18 ans, avec son caractère bien trempé, la jeune fille tient tête au dictat maternel lui imposant un époux né en Chine et se marie avec Ten Sou Chin. C'est l'époque où les jeunes filles chinoises nées à Tahiti commencent à s'émanciper. Pour échapper au statut de la belle-fille soumise dont la principale tâche consiste à assurer les travaux ménagers de la maison familiale, Kui Yn se lance à corps perdu dans la couture. "Je ne sais pas faire cuire du riz", dit-elle à sa belle-mère, "mais donne-moi une machine à coudre et je travaillerai pour toi".
 

​"Augustine Couture"

S'ensuivent sept années de travail acharné, au cours desquelles elle se forge une belle réputation qui lui permet de s'installer en 1949 rue Paul Gauguin. Sous l'enseigne "Augustine Couture", son atelier emploie une petite dizaine d'employées couseuses. Augustine est une couturière très créative, aux modèles avant-gardistes. Ses robes confectionnées "sur mesure" permettent de mettre en valeur toutes les silhouettes. Comme ceux de sa consœur et amie Marie Ah You, ses défilés de mode font sensation.
 
En 1957, à la demande de Martine Carol, actrice française de passage pour le tournage du film Passager clandestin, Augustine remet au goût du jour la robe "missionnaire" traditionnelle en l'agrémentant de dentelle et lui donne le nom de "Robe Pomare", avec l'autorisation de la dernière princesse Pomare qui compte parmi ses amies et clientes. En portant cette robe pieds nus au bal du 14 juillet, la belle actrice relance son succès auprès de la gente féminine locale. Quelques années plus tard, à la demande des touristes américaines, Augustine crée la "robe Purotu", tenue longue plus ajustée au corps et confectionnée avec du tissu paréo.
 

​Haute couture des années fastes

Augustine participe ainsi au rayonnement de la mode polynésienne à l'international. Pendant le temps d'escale des paquebots, son atelier doit fonctionner jour et nuit à plein régime pour répondre à la forte demande des visiteurs étrangers qui souhaitent ramener dans leurs bagages une robe signée "Augustine Couture", en souvenir de Tahiti. On raconte même que certaines de ses robes sont revendues sur les plages de Saint-Tropez !
 
Le nom d'Augustine évoque pour beaucoup de femmes le souvenir de la belle époque, années fastes où Papeete était le lieu privilégié des cocktails du gouverneur et de grands bals populaires où chaque femme rivalisait de coquetterie avec de belles parures agrémentées de dentelles ou brodées de coquillages ou de paillettes. Durant près de quarante ans, elle est une des couturières les plus prisées de l'île, à qui ces dames confient la confection d'une robe de bal ou de leur robe de mariée, mais aussi leurs bonheurs et leurs petits soucis. Elle habille également le personnel de la compagnie aérienne interinsulaire locale, ainsi que les candidates aux élections de Miss Tahiti et Miss Dragon.
 

​Femme engagée

En plus de son activité professionnelle, Augustine s'engage dans la vie associative pour défendre les valeurs d'émancipation féminine et d'entraide qui lui sont chères. Membre fondatrice de l'association féministe "Te Vahine Porinetia" créée en 1977, elle siège par ailleurs pendant de longues années au sein du conseil d'administration de l'association philanthropique chinoise. Son parcours exemplaire a été reconnu par le Pays qui l'a promue Chevalier dans l'ordre de Tahiti Nui en 2003.
 
Augustine a eu quatre enfants, René Shan, poète prématurément disparu, ainsi que Charley, Louis et Louise, qui lui ont donné 13 petits-enfants et 27 arrière-petits-enfants. Elle a fêté ses 96 ans en janvier dernier. Une vie bien remplie de dur labeur, d'amour et de dévouement pour sa famille. Une vie qui laisse à la Polynésie un héritage indémodable.
 


Rédigé par Sources familiales le Jeudi 30 Juillet 2020 à 21:11 | Lu 7967 fois





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