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​Antoine Kombouaré à la rencontre des amateurs



Moorea, le 18 novembre 2020 - De passage en Polynésie française, le Néo-Calédonien Antoine Kombouaré, ancien footballeur professionnel et actuellement entraineur sans club, profite de ses vacances pour visiter quelques clubs locaux et échanger avec nos éducateurs. Présent lors de la séance de l’AS Temanava lundi dernier, il a accepté de se confier à Tahiti Infos pour donner ses ressentis sur ses rencontres avec les acteurs du football de notre fenua.
 
Antoine, quelle est la raison de votre venue en Polynésie française ?
Je suis venu en vacances. Pour la première fois depuis 20 ans, je suis sans club. J’ai eu envie de venir à Tahiti pour m’oxygéner, pour me reposer et pour me changer les idées tout simplement. Mon frère Pascal Vahirua, qui est président des éducateurs de la Polynésie, m’a aussi sollicité pour venir rencontrer les éducateurs polynésiens et pour assister à l’inauguration du stade de l’AS Tefana. J’en ai profité pour aller voir, discuter et échanger avec les éducateurs, les entraineurs et les joueurs aussi aux Marquises, à Tahiti et à Moorea.
 
Après avoir assisté à des entrainements ainsi qu’à des matchs, que pensez-vous du niveau du football en Polynésie française ?
J’ai eu la chance de voir 2 ou 3 matchs de ligue 1 sur Tahiti. Il y a beaucoup de disparité avec quelques équipes qui sont vraiment au-dessus du lot et d’autres qui sont en difficulté. Mais c’est un peu ce que l’on rencontre dans le championnat de France. C’est difficile de parler du niveau parce que je n’ai pas vu toutes les équipes évoluer. Mais je pense qu’il y a deux championnats. Un avec quatre ou cinq équipes qui vont lutter pour le titre et les autres du bas du classement pour qui ça va être plus compliqué. L’idéal pour moi serait de voir les autres matchs mais depuis mardi, il n’y a plus de rencontres.
 
Concernant les quatre ou cinq meilleures équipes, vous les situez à quel niveau en France ?
C’est très compliqué de le dire mais je pense qu’ils sont au niveau de la division d’honneur en France.  La difficulté pour ces équipes quand elles viennent évoluer en métropole est qu’elles viennent souvent jouer pendant l’hiver. Les conditions climatiques sont donc compliquées pour les clubs polynésiens et calédoniens qui viennent jouer la Coupe de France au mois de janvier.
 
On a très peu de peu footballeurs professionnels polynésiens en France, que nous manque-t-il à votre avis pour en avoir plus ?
C’est un tout. Mais je pense que c’est surtout la formation des cadres. Il faut avoir plus de cadres, des éducateurs, des entraineurs qui ont des compétences. Il faut aussi avoir des infrastructures et plus de gamins. Il faut après que les jeunes aient la motivation de travailler fort pour pouvoir aller en métropole. J’ai pour coutume de dire que les parents sont là pour acheter les chaussures, mais ce sont les enfants qui doivent courir après. C’est aux gamins d’avoir des rêves, des motivations pour réussir. Ce sont beaucoup d’efforts et de sacrifices à faire. Nous, que ça soit Pascal Vahirua, Christian Karembeu, Marama Vahirua ou moi, on l’a vécu. Il y avait cette passion du jeu, du foot, cette motivation pour se dire qu’on va là-bas pour réussir. Il fallait pour cela faire beaucoup de sacrifices pour espérer réussir dans une carrière professionnelle.
 
 
 
Lors de votre séance d’entrainement, il y avait beaucoup de rigolades parmi les joueurs. Cette mentalité n’est-elle pas aussi un frein pour réussir dans le monde professionnel ?
Je pars du principe que le football est d’abord un jeu dans lequel les joueurs sont heureux en venant à l’entrainement. On peut travailler avec beaucoup de discipline, mais en rigolant et en étant joyeux. Voir des joueurs venir à l’entrainement en faisant la gueule, ça ne peut pas marcher. Voir par contre des joueurs heureux de venir s’entrainer, c’est sûr que la séance d’entrainement sera bonne et qu’on a des chances de gagner des matchs pendant les week-ends. J’ai joué 16 ans au plus haut niveau. Cela fait 20 ans que j’entraine. La première chose que je dis aux joueurs est qu’il faut être heureux pour venir à l’entrainement. Il faut venir avec l’envie de prendre du plaisir, de donner du plaisir aux copains, au staff et aux spectateurs pendant les matchs. Si vous êtes heureux dans la vie et sur le terrain, vous allez faire de bonnes choses. C’est obligatoire.
 
En assistant aux matchs de ligue 1 à Tahiti, avez-vous détecté des joueurs capables d’évoluer au plus haut niveau en France ?
J’ai vu des bons joueurs en fonction du niveau bien sûr. Il y a des joueurs ici qui ont des qualités indéniables. Mais après, il faut qu’ils aient envie de persévérer dans le travail et ça, c’est le plus dur.  Beaucoup de joueurs ont du potentiel. Mais est-ce qu’ils ont envie de sacrifier leur vie d’ici ? De quitter la vie facile d’ici ? Est-ce qu’ils sont capables et prêts mentalement pour aller en métropole s’astreindre à des séances d’entrainement tous les jours ? On va vous demander de vous lever tous les matins, par temps de pluie, de froid ou de neige, pour aller s’entrainer. Si le joueur n’est pas prêt à faire ces efforts là, il ne réussira pas. Tout le monde a des qualités, mais à un moment donné, il y a les ingrédients que l’on met pour réussir au plus haut niveau.  Il y a des bons joueurs partout, mais tout le monde n’est pas professionnel. Il faut être passionné et motivé comme un fou pour aller se frotter à ces joueurs de haut niveau qui ont faim et n’ont qu’une envie, celle de réussir. C’est un métier qui est compliqué si vous n’avez pas faim.
 
Avez-vous un message à adresser aux footballeurs du fenua, en particulier aux jeunes ?
A travers mes rencontres avec les entraineurs et surtout avec les joueurs, j’ai surtout voulu leur faire comprendre que même si on est loin de l’Europe, il faut travailler fort pour accomplir ses rêves. Rien n’est impossible si on veut être professionnel. Mais il faut travailler. Christian Karembeu, Pascal Vahirua, Marama Vahirua et moi avons montré que c’est possible pour celui qui a envie de mettre tout ce qu’il faut pour aller tenter sa chance en France. Mais c’est un rêve que chaque joueur, chaque gamin ici, peut assouvir. Il faut arrêter de dire que c’est compliqué.

Rédigé par Toatane Rurua le Mercredi 18 Novembre 2020 à 08:34 | Lu 849 fois





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