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​Derrière l’ogre Lactalis, la peur du monopole du groupe Wane


Tahiti le 11 juin 2026. En décembre dernier, l’autorité polynésienne de la concurrence publiait une notification d’un projet de concentration. La société B.S.A. SAS (groupe Lactalis) souhaitait alors racheter la société Mainland Holdings Limited et ses filiales. Une acquisition qui impactait directement le secteur de la production et de la consommation de produits laitiers dans les pays du Pacifique. Après de longs mois d’étude, un accord a été donné avec la mise en place de garde-fous stricts.

 
L’opération consiste en l’acquisition par la société B.S.A. SAS, société holding du groupe Lactalis (ou par l’une de ses filiales détenues à 100%), de la société Mainland Group Holdings Limited et de ses filiales (“Groupe Mainland”) auprès de leur actionnaire actuel, Fonterra Equities Limited.

 Le Groupe Mainland comprend les activités mondiales de Fonterra dans le domaine des produits laitiers de consommation (à l’exception de la zone “Greater China”), ainsi que ses activités intégrées dans le secteur des ingrédients en Australie et ses activités de consommation hors foyer en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Sri Lanka et au Moyen-Orient (à l’exception de certains clients mondiaux de services de restauration rapide).

 À compter de la réalisation de l’opération, B.S.A. SAS exercera un contrôle exclusif sur le Groupe Mainland.
Les agriculteurs de la coopérative laitière néo-zélandaise Fonterra ont voté en faveur de la cession d'une partie de ses activités à l'international au français Lactalis, en octobre. Une décision qualifiée de “pure folie” par le ministre des Affaires étrangères du pays océanien.

La cession se chiffre à 4,2 milliards de dollars néo-zélandais (246 milliards de francs) et l'accord porte sur des marques comme Anchor, Mainland ou encore Kapiti et Cheesdale.

Le ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, Winston Peters, avait déclaré lors du vote que c’était une “pure folie” et représentait de “l'autosabotage économique”. “C'est une décision scandaleuse et imprudente qui revient à céder la valeur ajoutée de la Nouvelle-Zélande à une entreprise d'un grand pays de l'UE”, avait-t-il déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux.
 

​Le groupe Wane, grand gagnant

Malgré une fusion qui « aurait pu concentrer un pouvoir excessif à l'importation et dans la distribution des produits laitiers en Polynésie française », l’APC a décidé d’accepter la vente avec « six engagements contraignants pour protéger les consommateurs et le tissu économique local. »

L’APC le reconnait, avec cette fusion, Lactalis et Mainland « représentent l'essentiel des fromages, du beurre, du lait et de la crème vendus dans nos supermarchés ». Ils représenteront 66% du marché du beurre, 55% du marché du lait de consommation, 44% du marché de la crème et 36% du marché du fromage. Pas de crainte cependant pour l’Autorité de la concurrence. Si jamais ce nouveau géant de lait devait hausser unilatéralement ses prix, des filiales comme Savencia, Laïta, Sodiaal exportent déjà au Fenua et « disposent de gammes équivalentes ».

Le risque est tout autre. En effet, aujourd’hui, c’est le groupe Wane qui est importateur des produits Lactalis, alors que le groupe Essor Import gère les arrivées de produits Mainland. Avec la fusion, le groupe Wane sera le grand gagnant, récupérant l’intégralité des deux importations. « Si ce choix se portait sur le groupe Wane, déjà leader de la distribution, le déséquilibre deviendrait considérable : ses parts de marché en tant qu'acheteur-importateur atteindraient [70-80] % sur le fromage, [60-70] % sur le lait, [60-70] % sur le beurre et [50-60] % sur la crème », alerte l’Autorité de la concurrence. « Un acteur à la fois incontournable à l'importation et dominant dans les rayons pourrait alors imposer ses conditions à l'ensemble de la chaîne. Pour les consommateurs polynésiens, les conséquences seraient concrètes : des prix plus élevés, mais aussi moins de choix dans les rayons, une gamme de produits réduite et potentiellement une moindre qualité — faute de concurrence pour maintenir ces exigences », explique l’APC.

Six contraintes à respecter

Pour obtenir l’accord de l’Autorité de la concurrence, Lactalis a du prendre des engagements pour protéger l’économie et les consommateurs polynésiens. Ces engagements sont juridiquement contraignants, valables cinq ans renouvelables, et seront contrôlés par un mandataire indépendant qui rendra compte régulièrement à l'Autorité.

Lactalis devra maintenir la diversité des produits et la rendre accessible à tous les distributeurs à des conditions objectives et non discriminatoires. Deux circuits d'importation au minimum seront demandés pour éviter le monopole du groupe Wane. Un plafond de volumes par importateur sera d’ailleurs mis en place.

Lactalis s’engage aussi à un traitement équitable de tous les distributeurs, leur mise en concurrence régulière et l’obligation d’ouverture d’appel d’offre si un distributeur venait à cesser son activité.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Jeudi 11 Juin 2026 à 16:35 | Lu 851 fois