Sabrina Birk mise sur les bonnes volontés et la capacité de la baie à se régénérer (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 9 juin 2026 – On la côtoie sans forcément y prêter attention, voire sans en prendre soin. La baie de Phaëton occupe pourtant une place centrale à la Presqu’île, de nombreuses activités s’articulant autour de cette nurserie écologique qui borde trois communes. Des riverains comme Sabrina Birk commencent à se lever pour défendre les intérêts de la baie et de la dizaine de rivières qui l’alimentent face aux diverses sources de pollution. Une deuxième réunion publique est prévue ce samedi en vue de monter, à terme, un collectif.
Artiste-peintre et ex-représentante à l’assemblée de la Polynésie française, Sabrina Birk est aussi riveraine de la baie de Phaëton, face à laquelle elle s’émerveille autant qu’elle s’inquiète, la voyant se dégrader au fil du temps. Le projet d’un collectif mûrit depuis quelques années, en marge de la création de l’association Taumataroa par des élèves et enseignants du lycée agricole John Doom de Taravao en faveur de la préservation des requins marteaux, l’occasion pour des anciens de témoigner de “la magnifique baie d’autrefois”. Un projet de ressourcerie d’épaves nautiques à proximité de la rivière Vaitaare au détriment de tarodières a achevé de convaincre Sabrina Birk de se lever pour sensibiliser collectivement. “Petit à petit, entre les terrassements, l’urbanisation et l’agriculture, la baie s’est remplie de boue et de pollutions. C’est pourtant un sanctuaire pour plusieurs espèces, comme le Héron strié”, déplore-t-elle tout en gardant espoir, misant sur la capacité de régénération de la baie alimentée par onze rivières de Papeari à Toahotu, en passant par Taravao.
Artiste-peintre et ex-représentante à l’assemblée de la Polynésie française, Sabrina Birk est aussi riveraine de la baie de Phaëton, face à laquelle elle s’émerveille autant qu’elle s’inquiète, la voyant se dégrader au fil du temps. Le projet d’un collectif mûrit depuis quelques années, en marge de la création de l’association Taumataroa par des élèves et enseignants du lycée agricole John Doom de Taravao en faveur de la préservation des requins marteaux, l’occasion pour des anciens de témoigner de “la magnifique baie d’autrefois”. Un projet de ressourcerie d’épaves nautiques à proximité de la rivière Vaitaare au détriment de tarodières a achevé de convaincre Sabrina Birk de se lever pour sensibiliser collectivement. “Petit à petit, entre les terrassements, l’urbanisation et l’agriculture, la baie s’est remplie de boue et de pollutions. C’est pourtant un sanctuaire pour plusieurs espèces, comme le Héron strié”, déplore-t-elle tout en gardant espoir, misant sur la capacité de régénération de la baie alimentée par onze rivières de Papeari à Toahotu, en passant par Taravao.
Prochaine réunion, ce samedi
Une première réunion, à laquelle ont assisté le ministre de l’Environnement, Taivini Teai, et le maire de Taiarapu-Est, Willy Chung Sao, a réuni une cinquantaine de personnes mi-mai. Une prochaine rencontre est prévue ce samedi après-midi au centre Teaputa de Taravao. “L’idée, c’est de faire un zonage de la baie pour que chaque groupe de travail puisse agir dans son secteur en déterminant les atouts et les difficultés rencontrés. Ça peut passer par la sensibilisation des riverains, les habitants comme les agriculteurs et les acteurs économiques. Près de chez moi, je vais bientôt organiser un ramassage de déchets. On pense aussi à une action pour chasser les éperviers ou busards qui nuisent à nos oiseaux endémiques, mais aussi les rats en concertation avec le CET (Centre d’enfouissement technique, NDLR) de Paihoro”, suggère Sabrina Birk. La possibilité d’un rāhui est également évoquée dans une démarche de concertation avec les pêcheurs, en sachant que la zone de pêche réglementée (ZPR) instaurée en 2018 dans l’anse de Teihipa ne semble pas avoir été reconduite.
Pour l’instigatrice du projet, toute personne de bonne volonté est la bienvenue. “La dernière fois, il y avait une représentante des voiliers et c’était une bonne chose pour éclaircir certains points. Il faut avancer et trouver des solutions ensemble. C’est dans l’intérêt de tout le monde que cette baie retrouve ses lettres de noblesse. Qui a envie de vivre à coté d’une baie où on ne peut plus se baigner ?”, poursuit-elle.
“Interlocuteur constructif”
Provisoirement nommé Te Aua’a ia ora sur les réseaux sociaux, le collectif devrait se constituer officiellement dans les prochaines semaines : “Lorsqu’on sera suffisamment nombreux, on pourra désigner des référents par zone, et là, on aura un vrai outil de travail pour dépolluer notre baie et changer nos comportements. On souhaite se positionner comme interlocuteur constructif dans une démarche de dialogue avec la commune et le gouvernement pour être tenus informés des projets et faire en sorte de ne pas omettre d’éventuels impacts sur la baie.”
Pour mémoire, ces dernières années, la baie de Phaëton est au cœur de plusieurs projets. La communauté de communes Terehēamanu avait choisi de s’y réunir fin 2024 pour officialiser le lancement de son projet de territoire. En juin 2025, le gouvernement a annoncé l’aménagement d’un parc public de six hectares. Entre 2024 et 2025, les conduites du système de pompage et de rejet d’eau de mer de la zone biomarine de Faratea y ont également été assemblées, au même titre que plusieurs Swac par le passé.
Te Aua’a ou Phaëton
Selon Sabrina Birk, le véritable nom de la baie de Phaëton est Te Aua’a : “Ça signifie ‘le bol de la vie’, c’est-à-dire la nurserie où les poissons viennent pondre. C’est aussi le ‘mulet’, qui est un poisson très présent dans la baie, ou encore une ‘fougère’ présente sur le rivage. Il existe plusieurs interprétations. C’est devenu la baie de Phaëton par la suite, quand un navire de guerre, Le Phaéton, est venu mouiller dans la baie à l’époque des guerres franco-tahitiennes. Il y avait encore énormément d’oiseaux, notamment des paille-en-queue, qui ont eux aussi pris le nom du bateau”.
Un suivi scientifique
Le collectif s’appuie sur des données scientifiques. Lors de la première réunion, Tamatoa Bambridge est intervenu dans le cadre du suivi de la baie de Phaëton par le Criobe pour Fenua Ma, relatif à la surveillance du CET de Paihoro depuis 1998. “Les pollutions sont cumulatives, qu’elles soient physiques, biologiques ou chimiques. L’origine naturelle ou anthropique n’est pas toujours déterminée, en revanche, ce qui ressort, c’est que les pollutions d’origine agricole proviennent davantage du côté de Tahiti iti, car on observe du phosphate et du potassium, tout ce qui est associé aux intrants agricoles. Du côté de la grande île, on a plutôt des pollutions liées à la terre avec des travaux en montagne pour lesquels le silicate est un bon indicateur. Sur toute la zone, on trouve des traces de cuivre et de fer dont on ne sait pas trop l’origine, en sachant qu’on est dans une baie où l’eau circule peu. On retrouve aussi des pollutions fécales liées à l’urbanisation”, explique l’anthropologue de l’environnement et co-directeur de la zone atelier de Polynésie française (Z’API) impliquant plusieurs centres de recherche et acteurs locaux autour d’enjeux environnementaux et sociétaux. “Qu’il y ait une prise de conscience collective de l’intérêt patrimonial, écologique et culturel de ce lieu, c’est une bonne chose, car c’est une zone rurale qui s’urbanise rapidement. Il faut voir si les politiques publiques pourront s’adapter pour aller dans le sens de cette préservation”, poursuit le chercheur. C’est l’objet du Programme prioritaire de recherche Outre-mer (PPR OM) qui sera présenté le 15 septembre prochain dans une approche pluridisciplinaire. Parmi les sites à étudier, on trouve les bassins versants de la Fautaua à Pirae, de la Punaruu à Punaauia et de la Mo’aroa à Papara, ainsi que la baie de Opunohu à Moorea et la baie de Phaëton à Taravao.
































