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TEch KAI : le pari d’une signature culinaire polynésienne


Tahiti, le 16 juin 2026 – Recenser les recettes des cinq archipels, former les professionnels de demain, transmettre les savoir-faire du Fenua et faire émerger une véritable signature culinaire polynésienne : c'est l'ambition du projet TEch KAI, doté de 450 millions de francs sur cinq ans. La convention de financement entre l'État et le Pays a été signée mardi matin, donnant le coup d'envoi à un programme où patrimoine, innovation numérique, tourisme et souveraineté alimentaire avancent de concert.
 
 
Pendant cinq ans, 450 millions de francs seront investis pour recenser les recettes des cinq archipels, former les professionnels de demain, développer des cuisines connectées et faire émerger une identité gastronomique polynésienne assumée. Signée mardi matin à la résidence du haut-commissaire, la convention de financement du projet TEch KAI ouvre un chantier tout autant culturel qu'économique, financé aux deux tiers par l'État dans le cadre de France 2030 et pour un tiers par le Pays. Au-delà des outils numériques de dernière génération se cache une ambition bien plus vaste : définir, préserver et faire rayonner l'identité culinaire polynésienne.
 
Né d'une réflexion sur l'attractivité touristique et la valorisation des produits locaux, le projet a progressivement changé d'échelle. “On a travaillé au départ sur un tourisme culinaire. Et on s'est rendu compte que derrière le culinaire, il y avait le culturel et le patrimonial”, raconte Hina Grepin, directrice du Campus des métiers et des qualifications de l'hôtellerie-restauration du Pacifique (CMQP). Derrière les recettes se cachent en effet des savoir-faire, des produits et une histoire commune que le projet entend désormais inventorier, préserver et transmettre.
 
Mais au fil des travaux menés depuis plus de trois ans, le projet a changé d'échelle. “On a travaillé au départ sur un tourisme culinaire. Et on s'est rendu compte que derrière le culinaire, il y avait le culturel et le patrimonial”, raconte-t-elle. Derrière les recettes se cachent en effet des savoir-faire, des produits, des pratiques et une histoire commune que le projet entend désormais inventorier, préserver et transmettre.
 
À la recherche d'une identité culinaire commune
 
Une évidence s'est imposée aux porteurs du projet : la Polynésie possède un patrimoine culinaire riche, mais aucune véritable signature culinaire formalisée. “Il y a les recettes, mais il n'y a jamais eu d'inventaire rigoureux et scientifique d'une signature culinaire polynésienne”, souligne Hina Grepin. Pour la directrice du campus, l'enjeu consiste désormais à bâtir cette connaissance collective en croisant patrimoine, sciences humaines et recherche autour des produits locaux afin d'identifier ce qui fait la singularité de la cuisine polynésienne.
 
L'objectif n'est pas de figer la cuisine du Fenua dans un catalogue de recettes traditionnelles. “Il s'agit aussi de composer, de tisser des recettes gastronomiques ouvertes sur l'extérieur”, insiste Hina Grepin. Autrement dit, préserver l'héritage tout en laissant la place à la création.
 
Pour le président du CMQP, Thierry Buttaud, cette démarche répond aussi à une évolution profonde des attentes des voyageurs. “Aujourd'hui, raconter une histoire est devenu essentiel dans le tourisme. Cela permet de se différencier et d'inciter les visiteurs à être partie prenante de leur expérience.” Cette histoire, TEch KAI entend la raconter à travers l'assiette, avec l'ambition de faire vivre aux visiteurs “une émotion polynésienne, une émotion authentique”.
 
Former du primaire à l'entreprise
 
Mais les touristes ne sont pas les seuls concernés. Au fil de sa construction, TEch KAI s'est élargi à un autre public : les Polynésiens eux-mêmes. “On s'est dit que c'était bien de servir les touristes avec cette nouvelle offre, mais que c'était encore mieux de l'offrir à notre population”, explique Hina Grepin. Derrière l'ambition touristique apparaît ainsi un enjeu culturel, mais aussi sanitaire. Le projet entend contribuer à une meilleure connaissance des produits locaux et encourager leur consommation dès le plus jeune âge.
 
De l'école primaire aux filières professionnelles, le projet entend sensibiliser, former et accompagner près de 4.000 bénéficiaires. Huit cursus existants seront adaptés aux réalités polynésiennes et dix nouvelles formations verront le jour, notamment dans les domaines de l'agro-transformation, de la conservation alimentaire ou de la cuisine polynésienne.
 
Au-delà de la formation, TEch KAI porte aussi une promesse pour les archipels. En développant les compétences au plus près des besoins locaux et en valorisant les produits du Fenua, le projet entend offrir aux jeunes davantage de perspectives dans leur île. L'idée est qu'ils puissent non seulement se former, mais aussi trouver un emploi, voire créer leur propre activité sans être contraints de partir. “Toute l'ambition du projet, c'est de porter ces recettes dans les îles et de faire en sorte qu'elles y vivent”, résume Hina Grepin.
 
La technologie au service des archipels
 
Reste une question : comment transmettre ces savoirs dans un pays éclaté sur plus de cinq millions de kilomètres carrés d'espace océanique ? C'est là qu'intervient la dimension technologique de TEch KAI. En Polynésie, l'éloignement géographique constitue en effet souvent un frein à l'accès à la formation. Pour y répondre, le projet prévoit le déploiement de plusieurs “Virtual Cooking Rooms”, des cuisines connectées associant réalité virtuelle, réalité augmentée et intelligence artificielle.
 
Installées à Tahiti et Bora Bora, ces cuisines connectées seront également expérimentées dans le cadre d'une phase pilote aux Marquises ou aux Australes, ainsi qu'en métropole. Elles permettront aux apprenants de suivre des formations à distance, de bénéficier d'un accompagnement en temps réel par des professionnels et d'accéder à des parcours personnalisés grâce à l'intelligence artificielle.
 
“Aujourd'hui, lorsqu'on est dans un archipel éloigné, accéder à certaines formations reste compliqué”, rappelle Hina Grepin. L'ambition est donc de réduire cette fracture géographique tout en rendant les métiers de la restauration plus attractifs. “Les outils numériques sont très appétents pour les jeunes”, souligne Thierry Buttaud. “Ils peuvent devenir un véritable levier pour susciter des vocations.”
 
À terme, les porteurs du projet espèrent surtout laisser un héritage durable : un inventaire des recettes des cinq archipels, un livre de référence et une base de données vivante destinée à préserver et transmettre un patrimoine culinaire encore largement à documenter. “Un projet qui allie gastronomie, tourisme, numérique, inclusion sociale et éducation, ça fait vibrer toutes les cordes de mon ukulele”, a souri Moetai Brotherson lors de la signature, tandis que le haut-commissaire Alexandre Rochatte a salué la cohérence du programme avec les autres projets France 2030 déjà engagés en Polynésie.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mardi 16 Juin 2026 à 15:31 | Lu 326 fois