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“On n'est pas en mesure de connaître les liens familiaux”


Tahiti, le 9 septembre 2026 – Les biens mal acquis, bijoux, montres, sacs de luxe et alcools, saisis dans le cadre de deux affaires de stupéfiants, toujours entre les mains d’un juge d’instruction ont été mis aux enchères ce mercredi matin. Les 65 lots ont trouvé acquéreurs.
 
La veille, la grande salle d’audience, où a eu lieu la vente aux enchères mercredi matin, étaient remplies par les amis et les proches de ceux qui ont été condamnés dans l’affaire d’importation de stupéfiants, association de malfaiteurs, détention non-autorisé de stupéfiants et blanchiment.
 
Le lendemain, le même prétoire était bondé ; mais l’ambiance était toute autre. En effet, des bijoux, sacs de marques, montres de luxe et lots de vins et spiritueux saisis dans le cadre de deux autres affaires de trafic de stupéfiants, ont été mis aux enchères. Et les acheteurs étaient nombreux. 

“Tout le monde peut venir enchérir”

Le procureur général, Frédéric Benet-Chambellan, a pris la parole pour préciser que l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) a saisi la Direction des finances publiques pour organiser cette vente, rappelant que l’Agrasc est “l'agence nationale qui gère l'ensemble des biens saisis et confisqués aux délinquants”. L’argent récolté lors de cette vente aux enchères devant être remis à l’Agrasc, avant qu’elle ne le “redistribue ensuite, soit au budget de l'État, soit aux victimes de procédures quand il y en a, soit à des services d'enquête, police, gendarmerie”. L’agence peut également financer des projets de lutte contre le proxénétisme et d’aide aux femmes en situation de prostitution ajoute le procureur général.
 
Pour ce qui est de la participation aux ventes aux enchères, le directeur des Finances publiques (Dfip), Franck Blettery, a précisé que “tout le monde peut venir enchérir”, bien qu’il puisse arriver que certaines personnes soient interdites à la suite d’actions “qu'on considère comme irrégulières” dans les ventes précédentes.
 
En somme, même les proches des délinquants peuvent venir enchérir. “On n'est pas en mesure, nous, de connaître les liens familiaux, les liens d'amitié par rapport à des enchères qui sont faites par des personnes.”
 
“Quel que soit celui ou celle qui rachète, de toute façon il faut qu'il paye. Donc oui, peut-être que par l’intermédiaire d'intermédiaires, celui-ci ou celui-là réussit à récupérer une partie de ce qu'il a eu, mais en toute hypothèse il ne pourra pas l'avoir gratuitement et il n'aura de toute façon pas profité du produit de ses vols ou de son trafic de stupéfiants ou de ses actes de délinquance”, observe le procureur général, interrogé à ce titre.

“Quand les juges d'instruction ordonnent des saisies, il y a très souvent des contestations”

Les biens mal acquis qui ont été mis aux enchères mercredi, proviennent de deux affaires de trafics de stupéfiants qui sont d’ailleurs toujours entre les mains d’un juge d’instruction. 
 
Frédéric Benet-Chambellan précises que ces saisies “peuvent évidemment être contestées, et Dieu sait que les mis en examen en particulier ne s'en privent pas. Quand les juges d'instruction ordonnent des saisies, il y a très souvent, en France mais aussi à Papeete, des contestations devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel”.
 
Ces ventes aux enchères pendant l’instruction permettent aussi “de ne pas s'encombrer de ça dans nos placards. Et pire, dans nos parkings, etc. Donc, ça, c'est la première raison”, explique le procureur Frédéric Benet-Chambellan. Il s’agit surtout de pouvoir garantir la suite de la procédure et l’exécution des éventuelles confiscation ordonnée par le tribunal.
 
Le directeur de la Dfip, Franck Blettery, relève qu’il y a de plus en plus de vente aux enchères. “On fait à peu près maintenant une vente aux enchères par trimestre, et on va sûrement passer à une vente aux enchères tous les deux mois très prochainement”. Il ajoute que la Dfip fait aussi des ventes par appel d’offres relatifs aux biens immobiliers : “C’est un peu plus confidentiel mais ça rapporte un argent relativement important au bénéfice de l’Agrasc.”
 
Et comme l’explique le procureur général, “historiquement, la confiscation était une peine (…). On s'est rendu compte, il y a maintenant pas mal d'années, qu'en fait il fallait aussi saisir les biens dès le départ, au moment du début des procédures”.
 
Interrogés à l’issue de la vente aux enchères, les acheteurs ont avoué être “satisfaits”. Hina, présente avec son mari, assure qu’ils sont venus “par curiosité”. Elle est finalement repartie avec un sac à la main à 2 000 francs. “Il y a une petite réparation à faire, un petit coup de machine à coudre, on va récupérer des anses d’un autre sac qui devait partir à la poubelle, donc on est aussi dans l'éco-responsable, et ça sera un sac différent des autres”.
 
Sandra de son côté a acheté des bijoux et dit avoir trouvé les objets mis aux enchères “très intéressants” : “C'est quand même exceptionnel, ce n'est pas courant”, dit-elle. Pour ce qui est de la provenance de ces biens elle assure que “cela fait comprendre qu'on ne peut pas utiliser de l'argent sale, issu notamment de la drogue, pour acheter ce que l'on veut”.
 
Heiarii est reparti avec des bouteilles d’alcool et s’est estimé “heureux pour les tarifs qui sont pratiqués. Évidemment, je suis allé voir dans les magasins et j’estime avoir fait une bonne affaire”. Il dit ne pas ignorer la provenance de ces biens et l’assure tout simplement : “Ça ne me dérange pas du tout. Ils ont joué, ils ont perdu. Maintenant, c'est nous qui allons boire à leur santé.”

Procureur général Frédéric Benet-Chambellan “Les délinquants craignent beaucoup plus la saisie de leurs biens que les peines habituelles”

“De nos jours, les délinquants ont un peu intégré les risques en matière de prison, mais ils acceptent ce risque parce qu'ils se disent que de toute façon avec tous les biens qu'ils peuvent acquérir, ils peuvent vivre aisément à la fois peut-être en détention et surtout une fois qu'ils seront sortis (…). Maintenant la justice déploie très fortement une politique de saisie et confiscation et on s'aperçoit que finalement, les délinquants, quand ils sont condamnés ou quand ils sont encore en procédure d'instruction, ils craignent beaucoup plus la saisie de leurs biens que les peines habituelles. Ça ne veut pas dire qu'on va renoncer à les emprisonner bien évidemment, mais ça veut dire qu'on met un peu le paquet sur la saisie et la confiscation des biens parce qu'on sait que c'est ça qui leur fait mal. C'est ça qu'ils redoutent. Et c'est ça qui permet aussi de dire à nos concitoyens que ça a été mal acquis, mais ils n'en ont pas tiré profit et derrière ça permet à la fois d'acquérir des choses à un prix intéressant pour les gens qui sont en salle des enchères et en même temps derrière, l'argent revient d'une façon ou d'une autre vers l'ensemble de nos concitoyens.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 9 Septembre 2026 à 19:35 | Lu 1166 fois