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Municipales: malgré les polémiques, la stratégie de LFI en passe de payer


Crédit Miguel MEDINA / AFP
Crédit Miguel MEDINA / AFP
Paris, France | AFP | lundi 16/03/2026 - "Ca, c'est une stratégie de nationalisation de la campagne parfaitement réussie", glissait dans un sourire dimanche soir Manuel Bompard devant les journalistes, après les résultats du premier tour des municipales qui ont vu une percée de La France insoumise, plus confortée que jamais dans son orientation pour 2027.

En fonction des scrutins, le plan A des Insoumis, qui partaient souvent seuls, était tout simplement d'arriver en tête de la gauche pour forcer à une fusion derrière eux. Le plan B était d'être suffisamment bien placés pour se rendre indispensables auprès du PS et des Ecologistes pour que ces derniers puissent espérer la victoire au second tour.

A Toulouse ou Limoges, le premier cas de figure s'est matérialisé. A Lyon ou Nantes, c'est la seconde option qui se présente.

Dans les deux cas, La France insoumise est en passe d'entrer dans les conseils municipaux pour développer un ancrage local qui lui manquait jusqu'ici. 

Au passage, LFI a même ravi aux socialistes, dès le premier tour, la ville de Saint-Denis, deuxième plus peuplée d'Île-de-France.

Une percée "spectaculaire" pour le mouvement de gauche radicale, qui a fêté cette année ses 10 ans, selon son coordinateur Manuel Bompard. 

"Nous avons multiplié par 11 notre score par rapport à l'élection municipale de 2020", a-t-il calculé lundi. Même si la progression était logique, la formation de Jean-Luc Mélenchon ayant enjambé le précédent scrutin local en présentant très peu de listes. 

Les Insoumis ont pourtant affronté de sérieuses tempêtes politico-médiatiques ces dernières semaines quand les polémiques se sont enchaînées, après la mort du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque à Lyon ou avec la prononciation par Jean-Luc Mélenchon des noms juifs Epstein et Glucksmann. 

"Tout cela a donné envie aux gens de venir donner de la force à LFI à un moment où elle était ciblée et calomniée. La stratégie médiatique était contre-productive et en décalage avec les aspirations populaires", assure auprès de l'AFP l'eurodéputée insoumise Manon Aubry. 

"Il y a un écart immense entre le traitement qui nous est infligé et la réalité de notre ancrage local", appuie le député Paul Vannier, responsable des élections pour le mouvement, qui a été classé à "l'extrême gauche" par le ministère de l'Intérieur pour ces élections. 

Un cadre du mouvement estime même que "l'affaire de Lyon a joué une part importante dans la cristallisation du vote de la jeunesse en notre faveur".

- "La conflictualité paye" -

"C'est une confirmation que notre stratégie dite de la conflictualité paye. Quand on tient une position, qu'on l'assume, qu'on la défend, qu'on l'argumente, on fédère des électeurs autour de nous", se félicite Paul Vannier.

Ou, comme le résume Manuel Bompard: "Quand vous ne voulez déplaire à personne, à la fin vous ne plaisez à personne".

Localement, les Insoumis ont développé pendant cette campagne des propositions dans le prolongement de leur programme national, comme la mise en place de la cantine bio et gratuite ou d'un référendum d'initiative citoyenne municipal.

Mais ils ont surtout assumé de faire de ce rendez-vous électoral un préparatif de 2027, en mettant en avant leur logo et en multipliant les déplacements sur le terrain de leurs élus, et surtout du candidat attendu à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon.

"Tout cela nous met sur de bons rails pour 2027. Le socle est mobilisé. Hier soir (dimanche), j'étais à Saint-Denis pour fêter la victoire de Bally Bagayoko et tout le monde nous disait: +Maintenant on attend 2027+", explique Manon Aubry. 

"Dans certaines villes, on n'a objectivement pas fait une bonne campagne et on arrive à des bons résultats, de manière inespérée. Uniquement avec le logo de la FI", reconnaît même un candidat insoumis. 

Surtout, face à la montée du Rassemblement national, LFI n'a eu de cesse d'appeler à la création d'un front "antifasciste", en se référant notamment à la marche en hommage à Quentin Deranque à Lyon où des saluts nazis ont été aperçus. Ou encore à la candidate de droite à Marseille Martine Vassal qui avait repris en débat le slogan pétainiste "Travail, famille, patrie".

Tout n'est cependant pas parfait pour les Insoumis. Dans la plupart des grandes villes, leurs scores restent inférieurs à ceux des élections européennes. 

Dans leur mairie sortante de Faches-Thumesnil (Nord), qui jusqu'à ces municipales était la plus grande ville de France (18.000 habitants) aux mains de LFI, le maire sortant Patrick Proisy est arrivé en deuxième position dimanche soir.

le Lundi 16 Mars 2026 à 05:44 | Lu 136 fois