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La Maison de l’Enfance de Raiatea fête ses 10 ans


Raiatea, le 16 juin 2026 - Installée sous l'impulsion de la Direction de la santé dans le cadre des Fare Tama Hau, la Maison de l'Enfance de Raiatea souffle ses dix bougies, mercredi. Véritable pilier de la prévention et du soutien à la parentalité aux Îles Sous-le-Vent, cette structure unique accueille chaque mois des centaines de familles. Entre ateliers d’éveil, bénévolat dynamique et projets d’avenir comme le développement de son fa’a’apu partagé, l’établissement s’est imposé comme un refuge contre l’isolement et un catalyseur de liens sociaux. Rencontre avec Mathilde Vignon, éducatrice de jeunes enfants et responsable des lieux.
 
Sur les six Maisons de l'Enfance que compte la Polynésie française, celle de Raiatea occupe une place singulière. Si ses quatre grandes sœurs de Tahiti ont déjà célébré leur première décennie et que Nuku Hiva poursuit sa route aux Marquises, l’antenne de Raiatea franchit ce cap symbolique cette année. À sa tête depuis juin 2024 : Mathilde Vignon, une éducatrice de jeunes enfants de 33 ans au parcours singulier. Arrivée en Polynésie il y a cinq ans au cours d'un tour du monde interrompu, cette professionnelle chevronnée de la protection de l'enfance, originaire de Bordeaux, a d'abord exercé à Nuku Hiva avant de poser ses valises à Raiatea pour succéder à l'ancien responsable, Antoine Cerveau.
 
“Notre mission fondamentale, c’est la prévention à travers le soutien à la parentalité et l’accompagnement à l’éveil du jeune enfant”, résume-t-elle. Ici, pas de barrières, pas de critères de sélection. L’accueil est universel et entièrement gratuit. La Maison de l’Enfance se définit avant tout comme un “lieu ressource”, capable d'orienter les familles vers un réseau dense de partenaires sociaux, médicaux ou associatifs, adaptés aux besoins précis de chacun. Des structures locales comme Vahine Orama (aide aux femmes victimes de violences), Autisme et Familles, ou encore le réseau de prévention SOS Suicide collaborent régulièrement avec l’établissement pour tisser un filet de sécurité bienveillant autour des parents.
 
Bénévolat et partage
 
Pour animer ce lieu de vie, l'équipe permanente est restreinte mais soudée : Mathilde est épaulée par Maire et Rava, deux agents sociaux de la fonction publique, piliers de la structure historiques puisqu'elles y travaillent quasiment depuis son ouverture. Pourtant, le véritable cœur battant de la Maison de l’Enfance réside dans son réseau de bénévoles. Chaque mois, une dizaine d’intervenants extérieurs, professionnels de santé, intervenants artistiques, parents passionnés, viennent offrir bénévolement de leur temps.
 
Qu'il s'agisse d'un café-parent animé par une orthophoniste pour échanger sur le développement du langage, ou d'un atelier d'éveil musical mené par Eileene, une grand-mère de l'île qui partage son talent de musicienne, l’effervescence est quotidienne. Chaque matin, dès 9 h 30, un atelier thématique est proposé. “Tout est propice à l'éveil sensoriel, moteur ou auditif”, explique l'éducatrice. “Nous accompagnons le parent pour qu'il soit dans l'observation et le partage avec son enfant. Le but n'est pas de faire à sa place, mais d'être avec lui, de valoriser les compétences de chacun et de redonner confiance aux parents dans leur rôle.”
 
Chaque mois, le programme se renouvelle autour d'un thème fédérateur, qu'il s'agisse de la culture polynésienne, de l'imaginaire féerique, de la Semaine de la petite enfance ou de campagnes de santé publique comme Octobre Rose, où des sage-femmes viennent échanger avec les mères.
 
Briser l’isolement, de la terre à l’assiette
 
Bien que la structure soit en principe dédiée aux enfants de 0 à 5 ans, la réalité du terrain insulaire pousse la Maison de l’Enfance à élargir son accueil jusqu'aux enfants de 10 ans, faute d'autres structures adaptées sur l'île. Une flexibilité qui répond à un besoin criant : lutter contre l’isolement social.
 
La fréquentation, en constante augmentation, oscille aujourd'hui entre 300 et 500 entrées d'enfants par mois. Si la majorité des familles provient de Uturoa, certaines n'hésitent pas à venir des communes plus éloignées de Tumaraa ou Taputapuātea voire de l'île voisine de Taha’a, profitant des journées continues du lundi, mercredi et vendredi.
 
Pour toucher les familles les plus isolées ou celles paralysées par l’appréhension du jugement, la Maison de l’Enfance mise sur des partenariats de proximité, notamment avec l'école maternelle de Faaroa. Chaque trimestre, des classes viennent passer une journée sur place, accompagnées des enseignants et des parents. Une démarche idéale pour lever les freins de la première visite.
 
L’un des plus beaux symboles de cette communauté bienveillante est sans doute le projet de fa’a’apu, le potager partagé. Aménagé à côté de la structure, ce jardin de terre et de partage est entièrement investi par les parents. On y désherbe, on y plante, et surtout, on y récolte en communauté. Les fruits et légumes obtenus finissent directement dans la cuisine de la structure lors d'ateliers culinaires “de la terre à l'assiette”. Un élan de générosité partagé par les familles elles-mêmes, qui déposent régulièrement leurs surplus de récoltes familiales, fruits et légumes, dans le saladier commun de la cuisine.
 
Un anniversaire pour s'ouvrir au grand public
 
Malgré l'isolement géographique par rapport aux directions basées à Tahiti, qui complexifie parfois l'acheminement des fournitures et la logistique des projets, l'équipe de Raiatea a déployé une énergie considérable pour préparer ce dixième anniversaire.
 
L'événement, conçu comme une vitrine condensée du quotidien de la structure, se veut une immense journée de fête et d’ouverture. L'objectif est double : mettre en lumière la formidable chaîne de solidarité des bénévoles qui font vivre la maison, mais aussi inciter de nouvelles familles à franchir le pas. “Beaucoup de parents n'osent pas venir par timidité, par peur du jugement, ou parce qu'ils ignorent que tout est gratuit”, confie Mathilde. Pour souffler ses dix bougies, la Maison de l’Enfance a donc invité toute la population de Raiatea à venir partager un moment de joie, pour que ce dixième anniversaire devienne, pour beaucoup, le premier jour d'une longue histoire commune.


Rédigé par Sylvain Lefevre le Mardi 16 Juin 2026 à 14:14 | Lu 209 fois