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“Impulser ces jeunes artistes qui sont invisibles”


Tahiti, le 2 octobre 2026 – Une trentaine d’artistes participent à la toute première édition du Salon de l’art qu’accueille l’Intercontinental Tahiti jusqu’à dimanche. Parmi eux plusieurs exposent pour la première fois.
 
Organisé dans les salons Hibiscus et Tipanier ce nouveau rendez-vous veut donner l’opportunité à des artistes encore peu ou pas connus du grand public d’exposer leur travail. L’idée est de leur “donner de la visibilité à des artistes inconnus”, comme l’explique Laurence Floch, directrice de l'agence Crea Passion Impulsion, et organisatrice de l’événement. “Plusieurs d’entre eux exposent pour la première fois” explique celle dont le souhait avoué est d’“impulser ces jeunes qu'on ne voit pas et qui sont invisibles”. 
 
Une trentaine d’artistes ont été sélectionnés pour cette première édition du Salon de l’Art qu’accueille l’Intercontinental Tahiti jusqu’à dimanche. Et les deux salles d’exposition ont spécialement été aménagées pour servir d’écrin à leur travail. “On n’expose pas dans un salon d’art comme dans un salon classique. Les artistes ont besoin de s’étendre, certains viennent avec des chevalets et du matériel. On leur a donné un peu plus de liberté pour qu’ils puissent être à l’aise et présenter leurs œuvres”, explique Laurence Floch. Pour elle l’ambiance doit rester professionnelle mais également familiale. “C’est la maison, c’est la famille. On les aime donc on leur donne l’espace pour qu’ils s’expriment.”
 
Et l’événement souhaite aussi donner une alternative à de jeunes talents qui n’ont pas facilement accès aux galeries d’art tahitiennes. “Ce n'est pas évident d’y entrer, ce sont des cercles pas toujours simples pour des jeunes qui démarrent”, estime-t-elle. Raison pour laquelle Laurence Floch dit vouloir leur offrir cette opportunité : “Ils ont besoin de se faire connaître, d’avoir de la visibilité et on est tous là pour s'entraider.”

“C'est l'occasion de faire connaissance”

Parmi les artistes, certains exposent pour la toute première fois quand bien même sont-ils en activité depuis plusieurs années. C’est le cas de Omai Ta de son nom d’artiste originaire de Moorea et de Moehau Tematahotoa, sculpteur de Rimatara.  

Pour Omai Ta ce Salon de l’art est une manière de sortir de l’ombre. Ce sont ses amis qui l’ont convaincue. “Ils m’ont dit que c'est important que je montre ce que je fais et qu’il faut oser. Je suis excitée car la plupart je les connais seulement de nom. Là c'est l'occasion de les rencontrer, de faire connaissance et de faire partie aussi de cet univers-là.”
 
Elle a grandi dans le milieu, son père étant lui-même artiste. “Je l'ai souvent accompagné, donc je baigne dans l'environnement artistique depuis longtemps, mais c'est que depuis très récemment que je montre mes dessins.” Elle s’inspire de ce qui l’entoure : “J'observe les paysages et je texture mon papier avec tout ce que j'ai sous la main”. Elle utilise de l'encre de chine, du café, du sel, de la peinture ou encore des stylos Bic comme pour les tableaux de la femme ukulele. “J'ai suivi les lignes du ukulele pour composer le reste de la page, et ça donne quelque chose d'assez graphique. Je trouve que tu arrives à avoir plus de détails avec le stylo Bic.” De ses observations, dit-elle “les formes apparaissent au hasard. Je compose le dessin, selon ce que je vois. Ça fait quelque chose d'un peu spécial, c'est entre le dessin d'observation et le dessin d'imagination”.  
 
 Pour cette première exposition, Omai Ta apprécie l’accompagnement proposé par les organisateurs. “Il y a eu un vrai suivi et on sent que Laurence Floch est hyper investie dans ce qu'elle fait et qu'elle le fait vraiment avec passion. Ça donne envie d'être là.”

“On peut dire que c’est inné”

De son côté Moehau Tematahotoa, originaire de Rimatara a amené le savoir-faire de son île à Tahiti. Il a appris la sculpture et la gravure au Centre des jeunes adolescents (CJA).
 
 Il explique que lors d’une récente exposition organisée à Tahiti, de jeunes artistes qui y avaient participé l’ont, de retour à Rimatara, encouragé à exposer son travail. “Du coup j’ai commencé à sculpter à partir du mois de juillet. C’est la première fois que je participe à une exposition. C’est l’occasion pour nous, artistes de l’île, de montrer les sculptures et les motifs de Rimatara.”
 
 Lorsque qu’il a quitté le CJA, en 2005, Moehau Tematahotoa avait décidé d’arrêter la sculpture et la gravure. “Le matériel coûtait très cher et on ne pouvait pas se permette d’en acheter. Il a fallu attendre de travailler pour pouvoir enfin s’en acheter. C’est une des raisons pour lesquelles on a arrêté”, dit-il. En reprenant la sculpture et la gravure 20 ans plus tard, les gestes de Moehau Tematahotoa sont toujours aussi précis. “J’ai toujours en tête ce qu’on nous a appris au CJA même si cela fait très longtemps. Il suffit juste aujourd’hui de réveiller ce que tu as appris et ça ressort. On peut dire que c’est inné finalement.”
 
Pour cette exposition l’artiste a donc sculpté des paroe, des ‘umete en reo tahiti ou encore des tu’ai ha’ari, soit ‘ana haari en tahitien. Pour lui ces objets racontent une histoire. “Ces objets font partie de l’histoire de nos tupuna. Et aujourd’hui nous, les jeunes, nous voulons être dans la continuité de nos tupuna.” Raison pour laquelle, dit-il, il lui est impensable de fabriquer des casse-têtes. “Cela ne vient pas de chez nous mais des Marquises.”

Iaera Tefaafana, vice-présidente de la fédération Artisanale Vaero Rimatara, “Grâce au CJA nos jeunes se sont réapproprié notre sculpture gravure”

“Je me suis dit, ‘Tiens, il y a des jeunes à Rimatara qui font de la sculpture et de la gravure’. Donc, je leur ai proposés puis, de bouche à oreille, ils se sont donnés le mot. Moehau Tematahotoa s’est de suite engagé et m’a envoyé ses produits. Et il a de belles pièces. Il faut suivre notre jeunesse. Et si on peut les aider il faut le faire. Il ne faut pas les laisser tout seul. En plus, je me suis dit que ce salon allait lui permettre de se faire connaître de même que les autres jeunes de Rimatara.
 
Les chapeaux, les éventails et les paniers qui sont exposés ici appartiennent aux lauréats d’un concours que l’on a organisé en septembre derniers, avec comme thème le “Mariage du tressage et de la sculpture gravure”. Ce sont des jeunes aussi qui ont confectionnés tout cela et on leur a demandé de nous envoyer leurs œuvres pour cette exposition.     
 
On essaie de pousser notre jeunesse de Rimatara. C’est aussi, pour faire revivre la sculpture et la gravure car aux Tuhaa Pae, tout cela est en est en voie de disparition. Maintenant je pense que toutes les autres îles des Tuhaa Pae vont le faire aussi. On a presque tous les mêmes gravures et sculptures mais Rurutu a quelques spécificités comme le Atua, le Tiki AA la sculpture gravure, n'est pas tout à fait pareille avec ces designs qui sont là. Grâce au Centre des jeunes adolescents nos jeunes se sont réapproprié notre sculpture gravure. Et il y a beaucoup de potentiel.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Samedi 3 Octobre 2026 à 10:00 | Lu 161 fois