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Haukea Mare, un parcours inspirant


Haukea Mare a connu un début de saison exceptionnel avec le Montpellier HSCVB.
Haukea Mare a connu un début de saison exceptionnel avec le Montpellier HSCVB.
Tahiti, le 16 mars 2026 - Il existe des trajectoires qui forcent le respect. Des parcours exemplaires qui montrent que la volonté et le travail permettent d’aller au bout de ses rêves. C’est l’histoire d’un jeune volleyeur qui pourrait bien inspirer toute une génération de sportifs polynésiens. Haukea Mare vient de vivre une période exceptionnelle dans l’un des plus grands clubs français, le Montpellier HSCVB. Et son aventure dans l’élite du volley européen n’en est qu’à ses débuts.
 
Les parcours des jeunes sportifs polynésiens pour atteindre le haut niveau sont souvent un chemin de croix. L’obligation de quitter le territoire, souvent pour des contrées lointaines et inconnues, loin de leur famille et de leurs amis, ne facilite pas leur décision. Il faut avoir beaucoup de courage pour se lancer dans un milieu qui ne garantit rien et où la part de chance pour y arriver est très importante. Mais les principaux facteurs de réussite restent le travail et un mental solide.
 
Deux traits de caractère ancrés dans la personnalité d’Haukea Mare. Pas forcément destiné à faire du sport de haut niveau, le jeune Polynésien s’adonnait avant tout à des activités physiques pour le plaisir. Judo puis va’a, comme tout Polynésien qui se respecte, Haukea passe son enfance loin des parquets… mais pas tant que ça. “Au début, ce n’était pas un sport qui m’attirait. Je connaissais bien, car ma famille joue beaucoup et mon oncle avait été joueur de haut niveau en France. Mais un jour, mon père s’est mis à l’entraînement au club de Tamarii Punaruu et à coacher un groupe de jeunes joueurs où j’avais des amis. Je me suis dit que c’était le moment d’essayer. J’avais 15 ans.”
 
Haukea va rapidement se rendre compte que cette décision allait avoir une influence sur son avenir. Car très vite, ses qualités se révèlent et ne passent pas inaperçues. Grâce à un rapprochement entre la Fédération tahitienne de volley et la Fédération française, des détections sont mises en place. Le passage d’un responsable du recrutement au Fenua va lancer l’aventure. “J’avais 16 ou 17 ans, j’étais en première, et cette personne est venue nous voir sur plusieurs entraînements. Elle nous a trouvés intéressants avec un ami et nous a donc proposé d’intégrer un Creps (Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive, NDLR).” Des sentiments partagés pour le jeune Haukea, qui sait qu’il va devoir quitter sa famille, son île, ses repères. “J’ai eu peur, car je laissais derrière moi tous ceux que j’aimais et je partais vers l’inconnu. Mais j’étais aussi content, car partir pour découvrir le haut niveau, c’est ce que je voulais. Et j’avais une chance incroyable de vivre quelque chose d’extraordinaire.”
 
Avec les encouragements de son oncle et de ses parents, Haukea s’envole vers Montpellier pour intégrer le pôle France et le club local. “Je me suis installé au Creps et mon intégration s’est faite assez facilement. On a de la chance, ici à Montpellier, car il fait beau, donc forcément ça aide. Après, on était un groupe de jeunes entre 15 et 18 ans, donc on a vite créé des liens. C’étaient vraiment de bons moments.” Une adaptation réussie, même si une découverte l’a surpris : “Je n’avais jamais vu le plafond d’un gymnase aussi haut”, sourit le jeune prodige.
 
Une ascension fulgurante
 
Après une année qui passe à vitesse grand V entre les entraînements quotidiens et une année scolaire en classe de terminale, Haukea valide toutes les attentes placées en lui. Il intègre le centre de formation du Montpellier HSCVB et l’université pour étudier en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Conservé au pôle France pour une deuxième année, il participe au championnat d’Europe des moins de 19 ans. Et il le gagne.
 
J’ai fait une première année intéressante où j’ai beaucoup progressé, car j’aime apprendre. J’écoute beaucoup les conseils des coaches et de mes coéquipiers plus expérimentés. Du coup, j’ai fait un deuxième stage et j’ai eu la chance de faire partie d’un groupe invaincu pendant deux ans. Ça nous a beaucoup aidés à décrocher le titre. C’est une expérience incroyable de porter le maillot de l’équipe de France, de jouer contre d’autres jeunes de nations et de styles différents. Ça nous a beaucoup apporté.” Une aventure en bleu qui pourrait se poursuivre avec les U22 pour, pourquoi pas, aller chercher un nouveau titre européen. Une belle histoire n’arrive jamais seule, et Haukea l’a bien compris. Car c’est avec son club et l’équipe professionnelle qu’il continue de vivre pleinement ses rêves.
 
Joueur indispensable de l’équipe du centre de formation, le central polynésien a pu profiter d’une blessure du titulaire chez “les grands”, Nicolas Le Goff, pour être lancé dans le grand bain. “J’ai été appelé après la blessure de Nico, mais j’étais en concurrence avec un autre central plus âgé. Je savais qu’il fallait que j’en fasse plus et j’ai saisi la chance que l’on m’a donnée.” Et le palier entre centre de formation et équipe professionnelle est important. “Ça change complètement. Ce sont des adultes, donc c’est plus puissant, ça saute plus haut et ils font moins de fautes, donc le jeu est très fluide. Ça m’a tellement apporté que j’ai envie d’y retourner. Je veux leur montrer qu’ils peuvent me faire confiance quand ils voudront m’appeler.”
 
Et Haukea a bénéficié de cette confiance, bien méritée, pour enchaîner les matchs de championnat et de Ligue des champions. “J’ai fait toute la préparation d’avant-saison avec eux. Après, j’ai réintégré mon effectif en sachant que j’aurais peut-être une opportunité durant la saison. Devant moi, il y avait trois joueurs, mais il y a eu deux blessures et j’ai su que c’était le moment. J’ai tout donné, j’ai été patient et ça a payé. C’est une chance de pouvoir vivre de sa passion et du sport que l’on aime, même si c’est difficile.”
 
Conscient de la difficulté à s’installer à ce niveau, Haukea se prépare à toutes les opportunités qui se présenteront à lui. Bien calé dans sa vie quotidienne avec sa compagne, le jeune Tahitien veut continuer de vivre son rêve le plus longtemps possible. Même si sa Polynésie natale, sa famille et ses amis lui manquent, il sait que tous les sacrifices qu’il fait porteront leurs fruits.
 
Une détermination exemplaire qui force le respect. Fa’aitoito champion !
 


Rédigé par Manu Rodor le Lundi 16 Mars 2026 à 14:53 | Lu 267 fois