Tahiti, le 28 août 2026 - Deux heures de débats pour finalement décider… de reporter les débats sur le collectif. Vendredi matin, 42 élus de Tarahoi ont voté le renvoi à lundi de la session extraordinaire consacrée notamment au collectif 3, réclamant la présence de Moetai Brotherson, en déplacement à Palau pour le Forum des îles du Pacifique. Dénonçant la “fuite” du “roi absent”, Tavini, Tapura et non-inscrits dont Ahip ont fait bloc, rejoints par un seul élu d’A Fano Ti’a : Steve Chailloux, dont le retour au Tavini se précise. Un délai qui permettra aussi aux différents groupes – et au gouvernement – de peaufiner leurs nombreux amendements... et de chercher un terrain d’entente sur le dossier ATN.
Le collectif 3 attendra encore. Vendredi matin, les élus à l’assemblée étaient pourtant bien au rendez-vous, les ministres aussi. Mais pas Moetai Brotherson. Une absence dont Édouard Fritch s’est immédiatement saisi pour demander la suspension de la session extraordinaire jusqu’au retour du président du Pays.
Et l’ancien président n’a pas boudé son plaisir devant ce nouveau rebondissement d’un feuilleton budgétaire entamé il y a plus de deux mois. “Nous sommes réunis aujourd’hui en session extraordinaire. Extraordinaire. Le moment est bien choisi car cette affaire est en effet assez extraordinaire”, a-t-il ironisé, avant d’égrener les changements de calendrier du gouvernement : dépôt du collectif, retrait, reports, puis urgence à le faire adopter. “Nous avons donc une session extraordinaire, un budget extraordinaire, une urgence extraordinaire et un président extraordinairement absent.” Et de durcir le ton : “On ne peut pas demander à l’assemblée de prendre ses responsabilités et partir, fuir. Partir au moment où il faut prendre lui-même ses responsabilités.”
Une demande soutenue dans la foulée par l’élue du Tavini, Maurea Maamaatuaiahutapu qui a rappelé que des textes engageant “des milliards de francs d’argent public” exigeaient un véritable débat avec le gouvernement, “à commencer par le président du Pays”. “On ne peut pas déclamer l’urgence, engager des milliards de francs d’argent public, puis se soustraire au débat public lorsqu’il faut répondre de ses choix”, a-t-elle insisté.
Nuihau Laurey a, pour Ahip, insisté sur la différence entre les nombreuses réponses techniques déjà apportées en commission et celles qui restent désormais attendues. “Ce ne sont pas des questions techniques, mais des questions politiques. Et là, le seul qui est en capacité de répondre à ces questions, c’est le président qui n’est pas là.”
“Le capitaine du bateau n’est pas là”
Une exigence qui prend un relief particulier avec le dossier le plus explosif du collectif. Le prêt de 8,5 milliards de francs destiné à Air Tahiti Nui continue de concentrer une bonne partie des réticences. Or, Moetai Brotherson n’est pas seulement président du Pays : il est également ministre du Tourisme, portefeuille dont relève la compagnie au tiare. Après quatre heures d’audition de sa direction mercredi et des heures de discussions en commission, c’est donc bien sur les choix politiques qui entourent ce financement que les élus veulent désormais l’entendre.
La vice-présidente Minarii Galenon a bien tenté de défendre la capacité du gouvernement à poursuivre sans lui. “Tous les ministres sont ici à l’assemblée pour vous respecter et répondre à toutes vos demandes”, a-t-elle plaidé, rappelant qu’elle assurait l’intérim et s’interrogeant même sur le fait qu’elle soit une femme.
Une remarque qui a fait réagir Tepuaraurii Teriitahi. L’élue Tapura a repris la suggestion formulée un peu plus tôt par Mitema Tapati : puisque Minarii Galenon est vice-présidente, “pourquoi ne pas l’avoir envoyée représenter la Polynésie au Forum des îles du Pacifique à Palau ?” Les ministres, a-t-elle reconnu, apportent en commission “le maximum de réponses qu’ils peuvent”, mais certaines relèvent de “la vision” et de “la politique générale”. Or, “le capitaine du bateau, il n’est pas là”.
Minarii Galenon a également renvoyé Édouard Fritch à ses propres absences lorsqu’il dirigeait le Pays. Interrogé après la séance, l’ancien président a répliqué qu’en période de débats budgétaires, il lui arrivait justement de déléguer les déplacements au Forum à son ministre Heremoana Maamaatuaiahutapu. Un choix de priorité également résumé par plusieurs élus en opposant les quelque 23 000 habitants de Palau aux 280 000 Polynésiens concernés par les arbitrages budgétaires.
Les Jeux renvoyés au calendrier du gouvernement
Le gouvernement aurait pu en rester là mais la ministre des Sports, Vanina Pommier, a pourtant tenu à rappeler aux représentants l’urgence de voter les crédits du collectif destinés à la préparation des Jeux du Pacifique de 2027. Bien mal lui en a pris, offrant ainsi un boulevard aux élus pour retourner l’argument contre l’exécutif. Édouard Fritch a d’abord rappelé qu’à son départ, organisation et financements des Jeux étaient selon lui “bouclés” avant que Steve Chailloux ne renvoie ensuite le gouvernement à son propre calendrier : “Vous êtes en place depuis 2023. Qui a tergiversé sur les piscines ?” Et d’appeler l’exécutif à arrêter de mettre l’assemblée “au pied du mur”.
Nicole Sanquer a, elle, ressorti le calendrier : un collectif transmis fin juin, une commission programmée début août et une session extraordinaire dans la foulée… avant que le gouvernement ne retire lui-même son texte pour en présenter une nouvelle mouture. “Tout est bloqué à cause de l’assemblée ? Faux, faux, entièrement faux”, a-t-elle lancé. Et de prévenir la ministre : “Surtout, n’essayez pas d’inciter la population, les athlètes […] à penser que si les Jeux ne sont pas prêts, c’est de notre faute.”
Au bout de près de deux heures de passes d’armes, le rapport de force ne laissait plus beaucoup de place au doute. Le report a été adopté par 42 voix, réunissant le Tavini, le Tapura et les non-inscrits, dont les deux élus Ahip. Seul Steve Chailloux est venu rompre l’unité d’A Fano Ti’a en votant lui aussi pour suspendre la séance.
Si c’est surtout le siège vide du “roi absent” qui a motivé ce report, ce délai ne sera pas perdu pour autant. Les groupes comptent en profiter pour “peaufiner” leurs nombreux amendements et le gouvernement devrait en faire autant avec les siens, comme l’a relevé Antony Géros. Tout le monde se retrouvera donc lundi matin à Tarahoi, sans garantie toutefois d’aller beaucoup plus loin. Moetai Brotherson ne devrait pas encore être rentré de Palau et le président de l’assemblée a déjà prévenu que la séance pourrait reprendre… avant d’être de nouveau suspendue jusqu’à son retour. L’examen du collectif 3 pourrait donc patienter encore un peu.

































