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AMP : le Tavini réclame une pause et défend l'exploitation de la ZEE


 Tahiti, le 10 juin 2026 – Au lendemain de l'annonce par le gouvernement de la création de deux nouvelles aires marines protégées aux limites nord et sud de la ZEE polynésienne, le Tavini Huiraatira a demandé mercredi la suspension du projet. Pour Antony Géros, ces nouvelles AMP imposent davantage de contraintes aux pêcheurs polynésiens alors que les stocks de thons ne sont pas menacés. Le vice-président du parti accuse également l'État français et certaines ONG d'influencer les choix du gouvernement Brotherson au détriment du développement économique du pays.

 
La riposte n'aura pas tardé. Quelques jours après l'annonce par le gouvernement de la création de deux nouvelles Aires marines protégées (AMP) représentant près de 500 000 km² supplémentaires en protection renforcée aux Marquises et aux Australes, le Tavini Huiraatira a affiché mercredi son opposition frontale au projet.
 
En l'absence d'Oscar Temaru, “qui va mieux et se repose”, c'est Antony Géros qui a porté la parole du leader indépendantiste lors d'une conférence de presse organisée à la permanence du parti. Et le message est clair : le Tavini demande au gouvernement de “suspendre toute nouvelle extension d'aires marines protégées tant qu'une véritable consultation des communes, des acteurs économiques et des entreprises de pêche n'aura pas eu lieu”.
 
“Il n'y a pas d'urgence”, a martelé le vice-président du Tavini. “Le germon du Sud n'est pas surexploité, le thon jaune et le thon rouge non plus. Nous avons une ZEE florissante qui n'est absolument pas surexploitée.” Le projet doit prochainement être soumis à Tarahoi pour avis. Président de l'assemblée, Antony Géros sait déjà quelle position défendra le Tavini : “Il y a intérêt à ce qu'il soit défavorable. C'est logique. C'était le but de cette conférence de presse.”
 
“Notre ZEE, c'est notre Sahara”
 
Il estime que la création de ces deux nouvelles AMP repose sur une logique qui ne correspond ni à la réalité de la ressource ni aux besoins économiques du pays. “Imaginez l'Europe. C'est la superficie de notre ZEE”, a-t-il rappelé avant de résumer sa vision en une formule : “Notre ZEE, c'est notre Sahara. L'Algérie est allée chercher sa richesse dans son désert. Nous, notre richesse est dans notre océan.”
 
À ses yeux, la Polynésie dispose là d'un potentiel de développement encore largement sous-exploité : “On a une ZEE aussi grande que l'Europe et on ne l'exploite pas assez. Au contraire, il faut dire à nos armateurs d'investir dans la pêcherie, de mettre en place davantage de flottilles de pêche pour pouvoir exploiter notre ZEE.”
 
“Sous prétexte de protection, on impose des contraintes”
 
Une analyse qui rejoint les inquiétudes exprimées ces derniers jours par les armateurs et les professionnels de la pêche hauturière. “Les armateurs sont passés nous voir pour dire leur crainte”, a indiqué Antony Géros. “Sous prétexte de protection, on impose des contraintes.”
 
Le Tavini conteste également l'efficacité même de ces nouvelles protections. Selon Antony Géros, les principales espèces concernées sont des poissons hautement migrateurs qui ne s'arrêtent pas aux limites des zones protégées : “Vous aurez beau mettre des aires marines protégées, lorsqu'ils vont les traverser, ce n'est pas pour s'y arrêter”, a-t-il expliqué. “Une fois qu'ils seront sortis de notre ZEE, ce seront les senneurs qui les attendront.”
 
S'appuyant sur les règles de la Commission des pêches du Pacifique occidental et central (WCPFC), il rappelle également que les petits États et territoires insulaires du Pacifique ne sont pas soumis aux mêmes limitations que les grandes puissances de pêche industrielle. “On nous dit que nous pouvons prélever davantage parce que notre impact reste marginal. Et au même moment, nous décidons nous-mêmes de fermer des zones de pêche.”
 
Pour le Tavini, le véritable enjeu n'est donc pas de multiplier les espaces sanctuarisés mais de renforcer les capacités de surveillance de l'ensemble de la zone économique exclusive.
 
“On a l'impression d'être téléguidés”
 
Mais derrière le débat sur les aires marines protégées, c'est surtout une question de souveraineté que soulève le Tavini. Dans un communiqué signé par Oscar Temaru, le parti rappelle qu'en 2016 l'ONU a reconnu au peuple polynésien un droit à la souveraineté permanente sur ses ressources naturelles. Pour le Tavini, les décisions concernant la ZEE devraient donc être prises en fonction des intérêts de la Polynésie avant toute autre considération.
 
Or, aux yeux du parti, les nouvelles AMP s'inscrivent dans une dynamique impulsée de l'extérieur. Antony Géros a notamment fait le lien avec les annonces intervenues dans la foulée de la Conférence des Nations unies sur l'océan (Unoc). “On a l'impression d'être un peu téléguidés dans nos décisions”, a-t-il déclaré.
 
Le vice-président du Tavini s'est également interrogé sur le rôle joué par certaines ONG environnementales, notamment l'organisation américaine Pew, engagée dans la promotion d'aires marines protégées dans le Pacifique.
 
Antony Géros affirme avoir été informé de la présence d'un collaborateur lié à cette organisation au sein du cabinet du ministre du Secteur primaire, Taivini Teai. Une situation qui l'amène à s'interroger sur un possible “conflit d'intérêts”. Derrière ces critiques, le Tavini défend surtout une autre vision du développement économique du pays.
 
“Aujourd'hui, sans attendre le temps que les terres rares puissent être exploitées correctement avec les règles environnementales nécessaires, il y a du poisson. Allons pêcher notre poisson”, a plaidé Antony Géros. Une formule qui résume à elle seule l'opposition du parti aux nouvelles AMP. Là où le gouvernement met en avant la protection des océans, le Tavini estime que la priorité doit être de permettre aux Polynésiens de tirer davantage parti des ressources de leur immense zone économique exclusive.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 10 Juin 2026 à 15:33 | Lu 520 fois