Tahiti, le 26 janvier 2026 - Ce mardi, cela fera trente ans que la dernière bombe nucléaire a éclaté en Polynésie et plus précisément dans le lagon de Fangataufa. En juillet prochain, cela fera également 60 ans que le premier essai nucléaire, Aldébaran, a été réalisé à Moruroa. Le Pays a bien l’intention, au travers de la Délégation au suivi des conséquences des essais nucléaires, de mettre en place un “statut des victimes des essais”.
Il y a trente ans jour pour jour, l’État français a fait exploser sa 193e bombe nucléaire dans le lagon de Fangataufa. Baptisée Xouthos, cette bombe nucléaire, dont le tir a été effectué en sous-terrain, était de 120 kilotonnes, soit dix fois plus puissante que la bombe qui a été lancée à Hiroshima et Nagasaki.
“Ce dernier essai est parti d'une dernière salve qui avait été décidée par le président de l'époque, Jacques Chirac, juste après avoir été élu”, se souvient encore la déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN), Titaua Peu.
“On sort des émeutes de 1995 et c'était une période assez difficile pour notre pays, puisque de mémoire, on n'avait jamais vu des heurts aussi violents, des émeutes qui nous ont vraiment divisés”, ajoute Titaua Peu. Cette dernière se rappelle même qu’à cette époque, le pays était “très divisé sur la question des essais nucléaires” avec les pro et les anti-nucléaire.
“Aujourd'hui, 30 ans après, on voit quand même une espèce de paix des braves, où les politiques de tous bords réclament que vérité et justice soient faites”, déclare la déléguée de la DSCEN. “Il n'y a plus personne pour nous dire que les essais étaient propres et qu'il n'y a aucune conséquence. Même l'État reconnaît qu'il y a des conséquences sanitaires.”
La déléguée à la DSCEN rappelle que cette année, ce sera aussi la commémoration des 60 ans du premier tir nucléaire en 1966 à Moruroa, Aldébaran. Ces événements seront commémorés en juillet prochain.
Il y a trente ans jour pour jour, l’État français a fait exploser sa 193e bombe nucléaire dans le lagon de Fangataufa. Baptisée Xouthos, cette bombe nucléaire, dont le tir a été effectué en sous-terrain, était de 120 kilotonnes, soit dix fois plus puissante que la bombe qui a été lancée à Hiroshima et Nagasaki.
“Ce dernier essai est parti d'une dernière salve qui avait été décidée par le président de l'époque, Jacques Chirac, juste après avoir été élu”, se souvient encore la déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN), Titaua Peu.
“On sort des émeutes de 1995 et c'était une période assez difficile pour notre pays, puisque de mémoire, on n'avait jamais vu des heurts aussi violents, des émeutes qui nous ont vraiment divisés”, ajoute Titaua Peu. Cette dernière se rappelle même qu’à cette époque, le pays était “très divisé sur la question des essais nucléaires” avec les pro et les anti-nucléaire.
“Aujourd'hui, 30 ans après, on voit quand même une espèce de paix des braves, où les politiques de tous bords réclament que vérité et justice soient faites”, déclare la déléguée de la DSCEN. “Il n'y a plus personne pour nous dire que les essais étaient propres et qu'il n'y a aucune conséquence. Même l'État reconnaît qu'il y a des conséquences sanitaires.”
La déléguée à la DSCEN rappelle que cette année, ce sera aussi la commémoration des 60 ans du premier tir nucléaire en 1966 à Moruroa, Aldébaran. Ces événements seront commémorés en juillet prochain.
“La reconnaissance des victimes des essais nucléaires”
Titaua Peu a été nommée à la délégation au suivi des conséquences des essais nucléaires en novembre dernier. Elle affirme que les dossiers qu’elle a récupérés “connaissent peut-être une autre trajectoire. Mais pour l'essentiel, c'est une espèce de continuation. Mais avec plus de directives du président du Pays.”
La partie “programmatique” du centre des mémoires des essais nucléaires Pumahara est prévue cette année pour une inauguration qui doit avoir lieu en 2030.
“On a aussi la reconnaissance des victimes des essais nucléaires avec la mise en place future d'un statut des victimes des essais, mais aussi leurs ayants droit”, avance Titaua Peu.
Elle ajoute que depuis la mise en place du Civen, “peu de victimes polynésiennes étaient reconnues et indemnisées”.
La déléguée à la DSCEN souligne que le Pays a décidé “de prendre sa part de responsabilité et d'accompagner ces victimes qui n'ont pas été reconnues, ou injustement non reconnues victimes. Ce statut permettra aux malades, victimes, mais aussi à leurs descendants et ayants droit d'être reconnus en tant que personnes ayant souffert des essais nucléaires, et d'être suivis surtout.”
Titaua Peu explique que la Caisse de prévoyance sociale (CPS) prendra en charge ces victimes : “Nous espérons à plus long terme que l'État jouera aussi son rôle et qu’il remboursera ce qui a été payé depuis tant d'années par la CPS”.
La partie “programmatique” du centre des mémoires des essais nucléaires Pumahara est prévue cette année pour une inauguration qui doit avoir lieu en 2030.
“On a aussi la reconnaissance des victimes des essais nucléaires avec la mise en place future d'un statut des victimes des essais, mais aussi leurs ayants droit”, avance Titaua Peu.
Elle ajoute que depuis la mise en place du Civen, “peu de victimes polynésiennes étaient reconnues et indemnisées”.
La déléguée à la DSCEN souligne que le Pays a décidé “de prendre sa part de responsabilité et d'accompagner ces victimes qui n'ont pas été reconnues, ou injustement non reconnues victimes. Ce statut permettra aux malades, victimes, mais aussi à leurs descendants et ayants droit d'être reconnus en tant que personnes ayant souffert des essais nucléaires, et d'être suivis surtout.”
Titaua Peu explique que la Caisse de prévoyance sociale (CPS) prendra en charge ces victimes : “Nous espérons à plus long terme que l'État jouera aussi son rôle et qu’il remboursera ce qui a été payé depuis tant d'années par la CPS”.
“Les essais (…) une déconstruction de la population”
Des recherches et études seront menées sur l'environnement ainsi que “sur le côté sociologique des essais nucléaires, les conséquences des essais nucléaires, mais aussi sur toute cette partie maladies ou traumas qui n'ont pas fait l'objet de recherches vraiment poussées pour voir quelles sont toutes les conséquences des essais nucléaires”.
Titaua Peu estime qu’au-delà des maladies radio-induites, “les essais, c'est dur, ça a duré 60 ans et ça a été une déconstruction de la population, une déconstruction aussi des savoirs, c'est tout un processus qui a fait qu’on a pu assister ensuite à un certain déracinement au sein de notre société polynésienne”.
“Il y a des conséquences de toute façon sociales et sociologiques qui continuent aujourd'hui à bouleverser notre société. Et toutes ces conséquences gagnent vraiment à être étudiées sérieusement”, insiste la déléguée à la DSCEN.
Pour faire ce travail de mémoire, il ne faut pas être “fermé”, dit-elle, “parce que faire des recherches, c'est aussi faire remonter à la mémoire tout ce qui a été fait, caché et non dit”. Elle rappelle d’ailleurs que l’armée est bien connue pour être “la grande muette”. D’où l’idée de multiplier les partenariats avec les laboratoires étrangers “indépendants (…) parce que la science, c'est fait de diverses sources et de divers résultats, pas d’opinions”.
Autre nouveauté également, l'ouverture de la liste des maladies radio-induites.
Titaua Peu estime qu’au-delà des maladies radio-induites, “les essais, c'est dur, ça a duré 60 ans et ça a été une déconstruction de la population, une déconstruction aussi des savoirs, c'est tout un processus qui a fait qu’on a pu assister ensuite à un certain déracinement au sein de notre société polynésienne”.
“Il y a des conséquences de toute façon sociales et sociologiques qui continuent aujourd'hui à bouleverser notre société. Et toutes ces conséquences gagnent vraiment à être étudiées sérieusement”, insiste la déléguée à la DSCEN.
Pour faire ce travail de mémoire, il ne faut pas être “fermé”, dit-elle, “parce que faire des recherches, c'est aussi faire remonter à la mémoire tout ce qui a été fait, caché et non dit”. Elle rappelle d’ailleurs que l’armée est bien connue pour être “la grande muette”. D’où l’idée de multiplier les partenariats avec les laboratoires étrangers “indépendants (…) parce que la science, c'est fait de diverses sources et de divers résultats, pas d’opinions”.
Autre nouveauté également, l'ouverture de la liste des maladies radio-induites.
“J’ai toujours été activiste ”
Titaua Peu revient sur sa nomination en novembre dernier en tant que déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires, mais aussi sur les missions qui lui sont confiées.
“J'ai toujours été activiste, et puis mon premier roman était axé sur les émeutes de 95. J'étais surprise, oui, car je ne suis pas non plus quelqu'un de très commode. Le président, finalement, ne s'est pas attardé sur cet aspect. Mais, en même temps, pour moi, c'était un peu normal (…) c'est un sujet qui me tient tellement à cœur. J'avais fait quelques propositions déjà au président il y a quelques années, puis voilà, j'ai été nommée en novembre dernier.
Nous travaillons en bonne intelligence sur le centre des mémoires, ou alors la rétrocession des abris de Tureia (…) pour qu’ils puissent entrer dans le parcours mémoriel de Pumahara.
La première chose que j'ai faite, c'était de recueillir les témoignages de ce que j'appellerais les derniers témoins directs des essais, car de plus en plus ils disparaissent et ça c'était une urgence.
Ce qui ressort le plus, c'est encore la méfiance (…). Est-ce qu'on nous demandera pardon ? Il y a quand même beaucoup d'amertume mais on sent qu'il est temps aussi d'apaiser les cœurs (…).
Le centre Pumahara, c’est notre histoire, c'est à nous maintenant de l'écrire et ce pardon est nécessaire pour qu'on avance vraiment sur le développement de notre pays. On ne peut pas avancer au niveau économique sur un développement tant qu'on a encore des traumatismes qu'on n'a pas réglés, c'est vraiment des choses à prendre très sérieusement en compte. Et avec ce gouvernement, j'espère qu'on va avancer sur ces questions-là. Il ne s'agit pas seulement d'indemniser des cas individuels. C'est de reconnaître à l'échelle de ce pays que nous avons souffert, souffert de ne plus parler nos langues, souffert de voir nos pères partir et ne revenir que deux, trois mois plus tard. La demande de pardon, je pense que ce sera une autre étape dans les missions du Pays, finalement."
“J'ai toujours été activiste, et puis mon premier roman était axé sur les émeutes de 95. J'étais surprise, oui, car je ne suis pas non plus quelqu'un de très commode. Le président, finalement, ne s'est pas attardé sur cet aspect. Mais, en même temps, pour moi, c'était un peu normal (…) c'est un sujet qui me tient tellement à cœur. J'avais fait quelques propositions déjà au président il y a quelques années, puis voilà, j'ai été nommée en novembre dernier.
Nous travaillons en bonne intelligence sur le centre des mémoires, ou alors la rétrocession des abris de Tureia (…) pour qu’ils puissent entrer dans le parcours mémoriel de Pumahara.
La première chose que j'ai faite, c'était de recueillir les témoignages de ce que j'appellerais les derniers témoins directs des essais, car de plus en plus ils disparaissent et ça c'était une urgence.
Ce qui ressort le plus, c'est encore la méfiance (…). Est-ce qu'on nous demandera pardon ? Il y a quand même beaucoup d'amertume mais on sent qu'il est temps aussi d'apaiser les cœurs (…).
Le centre Pumahara, c’est notre histoire, c'est à nous maintenant de l'écrire et ce pardon est nécessaire pour qu'on avance vraiment sur le développement de notre pays. On ne peut pas avancer au niveau économique sur un développement tant qu'on a encore des traumatismes qu'on n'a pas réglés, c'est vraiment des choses à prendre très sérieusement en compte. Et avec ce gouvernement, j'espère qu'on va avancer sur ces questions-là. Il ne s'agit pas seulement d'indemniser des cas individuels. C'est de reconnaître à l'échelle de ce pays que nous avons souffert, souffert de ne plus parler nos langues, souffert de voir nos pères partir et ne revenir que deux, trois mois plus tard. La demande de pardon, je pense que ce sera une autre étape dans les missions du Pays, finalement."
Commémoration de Aldébaran et Xouthos en juillet
“Le 2 juillet sera dédié aux victimes des essais nucléaires, mais aussi aux personnes qui ont rendu possible le combat et qui ont rendu possible que cette reconnaissance ait lieu sur le long terme, comme Bruno Barrillot, Roland Oldham, Papy John Doom, toutes ces personnes qui ont lutté contre les essais. Ce sera l'occasion de leur rendre hommage, rendre hommage aussi aux victimes des essais nucléaires à la place Tumarama.
Le 4 juillet sera consacré à une journée d'information autour des 193 essais nucléaires, de la période du CEP. On sera aussi dans la célébration de nos arts et de nos artistes, à qui on donnera l'occasion d'offrir au public des œuvres relatives aux essais nucléaires.
Il y aura un concert dédié aux artistes de l'époque qui ont écrit, qui ont chanté pour la mémoire, mais aussi pour dire non aux essais, comme Emma Terangi, Taiti Nganahoa, Marie Mariterangi, Angelo et puis bien d'autres. Ce sera l'occasion pour notre jeunesse de s'approprier toutes ces œuvres, que ce soit du chant ou des performances d'artistes, pour à leur façon raconter les essais nucléaires.
On mettra en place une espèce de studio mobile et les gens pourront venir témoigner et faire des podcasts et raconter ce qu'ils ont vécu dans les années 60, 70 et puis bien après. C’est une de nos missions, mettre à disposition de la population des sources documentaires, des sources scientifiques ou issues de la population elle-même à travers des témoignages.”
Le 4 juillet sera consacré à une journée d'information autour des 193 essais nucléaires, de la période du CEP. On sera aussi dans la célébration de nos arts et de nos artistes, à qui on donnera l'occasion d'offrir au public des œuvres relatives aux essais nucléaires.
Il y aura un concert dédié aux artistes de l'époque qui ont écrit, qui ont chanté pour la mémoire, mais aussi pour dire non aux essais, comme Emma Terangi, Taiti Nganahoa, Marie Mariterangi, Angelo et puis bien d'autres. Ce sera l'occasion pour notre jeunesse de s'approprier toutes ces œuvres, que ce soit du chant ou des performances d'artistes, pour à leur façon raconter les essais nucléaires.
On mettra en place une espèce de studio mobile et les gens pourront venir témoigner et faire des podcasts et raconter ce qu'ils ont vécu dans les années 60, 70 et puis bien après. C’est une de nos missions, mettre à disposition de la population des sources documentaires, des sources scientifiques ou issues de la population elle-même à travers des témoignages.”






























