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Tematai Le Gayic défend la constance du Tavini face à l'alliance autonomiste


Tematai Le Gayic, candidat du Tavini sur la première circonscription, est bien décidé à retrouver son siège à l'Assemblée nationale. Il nous a reçus ce mercredi matin à sa permanence.  crédit photo DR
Tematai Le Gayic, candidat du Tavini sur la première circonscription, est bien décidé à retrouver son siège à l'Assemblée nationale. Il nous a reçus ce mercredi matin à sa permanence. crédit photo DR
Tahiti, le 19 juin 2024 – Dans le cadre des élections législatives anticipées, Tahiti Infos a donné la parole à Tematai Le Gayic, pour le Tavini huiraatira. Le jeune député sortant défend le “bloc” indépendantiste face à un "bloc de circonstance” autonomiste. Il reconnaît par ailleurs la “position extrêmement paradoxale” de son parti “sur ce type d'élections”. Interview.

 
Retour aux urnes à mi-mandat. En 2022, le Tavini a bénéficié du vote sanction contre le Tapura et placé trois députés avec même une “remontada” extraordinaire sur la première circonscription où vous aviez triplé votre score entre les deux tours. Avez-vous la même confiance en vos électeurs aujourd'hui ?
 
“En 2022, les Polynésiens ont fait confiance aux trois députés du Tavini huiraatira pour plusieurs raisons. Il y a l'usure du pouvoir d'un parti qui a dirigé pendant près de dix ans notre pays, les affaires suite à l'après-Covid comme l'intégrité de certains élus ministres ou représentants à l'assemblée, et il y a eu une confiance portée sur le programme du Tavini. Car on avait en face de nous des autonomistes qui prônaient le même renouvellement de la classe politique, je pense à A here ia Porinetia (Ahip), mais qui n'ont pas bénéficié de ce vote sanction. Donc je pense que dans ce vote des Polynésiens qui nous a permis d'être tous les trois au second tour, il y a eu quand même cette adhésion au programme politique du Tavini.”
 
Vous disiez qu'Ahip n'avait pas bénéficié de ce vote sanction. Aujourd'hui, la donne a changé et les autonomistes partent unis, en tout cas, dans le cadre d'un “accord de circonstance” puisque chacun a souhaité garder son identité. Cela change-t-il quelque chose à votre stratégie de campagne ?
 
“La deuxième chose qui a fait qu'on a gagné, c'est aussi l'unité de position. Aujourd'hui, on est face à deux blocs quasiment : le bloc indépendantiste qui est issu des mêmes rangs depuis 1977 qui porte le même discours, ou du moins les mêmes engagements, et on a un bloc de circonstance comme le dit Nicole Sanquer, dont l'objectif est de revenir au pouvoir et de rayer le discours indépendantiste. C'est comme ça que cette alliance de circonstance est défendue. Si on va sur le terrain des idées, je ne sais pas comment les Polynésiens vont faire pour mettre trois autonomistes alors que tout les oppose, tandis que le tandem indépendantiste a un discours limpide.”
 
Justement, parlons-en des idées. En 2022, vous aviez mis de côté, ou du moins assez loin dans le programme, votre combat pour l'indépendance, mais une fois élu député, votre discours s'est durci dès vos premières interventions. Ce combat qui n'était pas la priorité pendant la campagne a finalement pris le dessus. Est-il légitime à l'Assemblée nationale selon vous ?
 
“Je pense que c'est au départ que ça a pris le dessus à cause de la médiatisation. Car quand on arrive à l'Assemblée nationale dès le lendemain de l'élection, on est catalogués comme indépendantistes. Toutes les premières questions qui nous sont posées en plateau télévision – pas dans l'hémicycle où là je suis intervenu sur la précarité étudiante et où j'ai rapidement été nommé rapporteur du budget pour l'Outre-mer – sont des questions relatives à l'indépendance. Et il y a cette fameuse phrase où on me demande si je veux que la Polynésie quitte la France et où je réponds que c'est à la France de quitter la Polynésie. Je pense que c'est juste puisque c'est la France qui est venue. Ce n'est pas la Bretagne qu'on sépare de l'entité nationale. C'est une colonie qui aspire à son indépendance.”
 
Dans ce cas, pourquoi se présenter à une élection nationale, a fortiori quand le président de votre parti, Oscar Temaru, appelle à boycotter les élections européennes au motif que l'Europe pille nos richesses ? N'est-ce pas un peu paradoxal ? Éclairez-nous là-dessus...
 
“Le Tavini a une position extrêmement paradoxale de toute façon sur ce type d'élections parce qu'il y a eu des fois où il a participé. Oscar Temaru a été candidat trois ou quatre fois aux élections législatives, et le Tavini a participé deux fois à des élections européennes, en 2004 et 2014. Donc c'est très compliqué. Même les élections territoriales l'année dernière, on s'est posé la question d'y aller.”
 
L'un de vos arguments de campagne en 2022 consistait également à dire que si vous étiez élu à l'Assemblée nationale, vous alliez vous battre pour récupérer “100 milliards” dus par la France à la Polynésie au titre des maladies radio-induites. Où en est ce dossier aujourd'hui ?
 
“Aujourd'hui, on entend les responsables autonomistes venir sur le même terrain et demander aussi le remboursement à la CPS de ces dépenses engagées. Ce combat contre les essais nucléaires a été porté dès le départ par le Tavini huiraatira même quand il était considéré comme terroriste (...) dès que nous avons été élus, nous avons rencontré Gérald Darmanin et le sujet principal était la question du remboursement par l'État à la CPS. Il nous propose alors un remboursement forfaitaire basé sur le coût moyen d'une maladie et le nombre de malades reconnus par le Civen. Nous ne sommes pas d'accord avec ce mode de calcul car la CPS est capable de chiffrer les coûts qu'elle a engagés. Si on avait dit oui, on aurait eu entre 7 et 15 milliards. C'est très loin de ce que la CPS a estimé et surtout, le problème du remboursement forfaitaire, c'est qu'on ne prend pas en compte les futures dépenses du malade. Donc la CPS devra continuer à payer. Nous, ce qu'on propose, c'est une convention État-Pays qu'il faut négocier.”
 
Alors pour conclure, quel est le programme du Tavini cette fois et pourquoi faut-il voter pour vos candidats le 29 juin prochain ?
 
“Il y a d'abord un bilan à défendre. La première thématique sur laquelle je me suis engagé, c'est la précarité étudiante. J'avais demandé l'augmentation des aides au logement et de la prise en charge de la continuité territoriale et du dispositif passeport mobilité. En 2022 et 2023, j'ai déposé des questions écrites au ministre des Outre-mer pour abonder ces dispositifs. J'ai déposé des amendements qui ont été votés mais repoussés ensuite par le 49.3. Mais grâce à ce travail de lobbying, le ministère des Outre-mer a annoncé l'augmentation du seuil d'éligibilité à la continuité territoriale, et le doublement de la prise en charge du billet d'avion pour les néo-bacheliers. Il y aussi tout le travail autour des conséquences des essais nucléaires puisqu'on a réussi à débloquer le nombre de maladies éligibles à l'indemnisation aujourd'hui à 23 (...) et enfin, tout le travail autour des Polynésiens fonctionnaires d'État. On est logiques avec nous-mêmes. C'est le programme qu'on a défendu en 2022 et qu'on va poursuivre, avec de nouvelles mesures, comme la question de la CSPE, la continuité du service public dans l'électricité, et la révision du 3e instrument financier afin qu'il soit calculé au prorata de l'inflation.”

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 19 Juin 2024 à 14:47 | Lu 3127 fois