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Tahiti Pearl Consortium, une nouvelle SEM vient de naître


Tahiti Pearl Consortium, une nouvelle SEM vient de naître
PAPEETE, vendredi 8 février 2013. Alors que cette nouvelle société d’économie mixte était largement refusée par les professionnels de la perliculture avant même sa création, le TPC (Tahiti Pearl Consortium) vient de naître, ce vendredi matin, d’une délibération des élus de l’assemblée territoriale (28 voix pour, 24 contre).

Le TPC est-il l’outil idéal pour sauver la filière de la perle du marasme dans lequel elle s’enfonce depuis plusieurs années ? Temauri Foster, ministre des ressources marines en est persuadé, il l’a répété à plusieurs reprises, hier matin, lors du débat à l’assemblée. Persuadé, mais pas persuasif. Même dans les rangs de la majorité UPLD, amputée de trois représentantes qui ont des intérêts dans la perle et ne pouvaient pas, à ce titre participer au vote, il y a eu des questions sur ce TPC et pas des moindres : «Est-ce que le ministre peut nous dire que la création de cette SEM est la solution pour l’avenir de la perle ? Etes-vous sûr que cette SEM est la clé de nos problèmes, je vous demande des réponses» interrogeait Hirohiti Tefaarere.

Les réponses de Temauri Foster tenaient plus de son intime conviction que de faits avérés et de chiffres vérifiables «Avons-nous fait le bon choix ? Je reste persuadé que les professionnels se joindront à cette stratégie dans le temps». La persuasion a eu raison des quelques interrogations des élus majoritaires, mais n’a pas calmé les vives critiques de l’opposition, pas plus que celles des professionnels perliculteurs, dont des membres du collectif «Touche pas à ma perle» étaient présents dans le public.

La précipitation de ce projet pour la perle, imposé sans concertation avec les professionnels, puis retoqué par le tribunal administratif en décembre dernier ne joue pas en sa faveur. «L’interventionnisme à outrance du politique dans ce secteur est un échec. On l’a vu déjà avec la Maison de la Perle» argumentait Edouard Fritch du groupe Tahoeraa en début de séance. Or, la Maison de la Perle sera appelée à disparaître «au fur et à mesure que le TPC reprendra ses missions» détaillait Temauri Foster.

Quant au TPC, il est voué à terme à se privatiser complètement «quand les partenaires privés auront trouvé la confiance» précisait encore le ministre. Le problème étant de trouver les partenaires privés du départ, aptes à s’engager au moins dans 15% du capital social, soit un total de 90 millions de Fcfp à la fondation de la SEM. Quant aux résultats attendus ? Dans le rapport de la Commission des affaires économiques, il est écrit : «Sur la base des éléments collationnés et analysés par l'expert, une première projection de la montée en puissance du TPC d'ici à 2018 permet d'estimer un chiffre d'affaires multiplié par 8 sur la période, passant de 1 milliard Fcfp à près de 8 milliards Fcfp, générant des profits avant impôts évoluant sur la même période de 15 millions Fcfp à plus de 1,2 milliard Fcfp (…) Au regard de ces perspectives, l'estimation d'un marché de la perle reconstruit et assaini, capable de générer d'ici à 10 ans un chiffre d'affaires de 50 milliards Fcfp, ne relève pas de l'utopie». A voir.



Les étapes du TPC

7 juin 2012 : Gaetano Cavalieri, consultant spécialisé dans le commerce de la joaillerie anime une conférence sur la filière de la perle. Sa proposition stratégique repose sur la création d’une société internationale de distribution de perles de Tahiti.

Août 2012 : Gaetano signe avec le Pays une lettre d’engagement et commence à travailler sur un nouveau modèle de commercialisation de la perle de Tahiti Il touchera 22 millions de Fcfp pour cette étude.

28 novembre 2012 : les professionnels du secteur dénonçant une manœuvre du Pays visant à prendre le contrôle de l’écosystème de la perle, créent le collectif «Touche pas à ma perle».

12 décembre 2012 : le tribunal administratif de Papeete annule la procédure de passation de la convention de prestation de services pour la mise en place du "Tahiti Pearl Consortium" via la Maison de la perle.

8 février 2013 : création de la Société d’économie mixte Tahiti Pearl Consortium, dont le capital est détenu à 85% par le Pays et 15% par des partenaires privés (qui doivent se faire connaitre). Le Pays engage 500 millions de Fcfp pour le capital de cette nouvelle SEM.

Jacqui Drollet, le président de l'assemblée de Polynésie esquive, le jeudi 7 février, une rencontre avec le collectif "Touche pas à ma perl" qui manifestait devant la place Tarahoi.
Jacqui Drollet, le président de l'assemblée de Polynésie esquive, le jeudi 7 février, une rencontre avec le collectif "Touche pas à ma perl" qui manifestait devant la place Tarahoi.
REACTION DU COLLECTIF "TOUCHE PAS A MA PERLE"

Nous, Membres du Collectif «Touche Pas à Ma Perle», avons assisté ce jour vendredi 8 février à la séance extraordinaire de l’Assemblée de Polynésie Française à l’effet d’entendre le Ministre de la perliculture démontrer à ses collègues de Tarahoi comment, par l’opération du Saint Esprit, il allait remonter le cours de la perle.
Tel Madame Irma avec sa boule de cristal, il prédit un avenir glorieux à la perle grâce à une nouvelle SEM, forte d’un capital de 590 millions (dont 90 millions de généreux donateurs avides d’importants dividendes annoncés) et en supprimant, à terme (long terme …) la Maison de la Perle dont les missions seront reprises par la SEM précitée dénommée « Tahiti Pearl Consortium ».
Fort heureusement, nous avons eu le plaisir de constater que le doute planait sur une grande partie des représentants quant à la fiabilité d’un tel projet déjà modifié plusieurs fois en un mois et dont il est très difficile d’en comprendre la raison d’être.
Dépenser 500 millions pour des professionnels qui n’en veulent pas alors qu’ils seraient bien plus utiles dans des secteurs vitaux du Territoire, cela frise l’indécence.
Mais qu’importe, l’essentiel c’est de montrer qu’on a fait quelque chose avant de partir. C’est bientôt les élections …..
Et malgré les nombreuses questions, souvent restées sans réponse, le vote politique est intervenu et a réussi son pari.
Merci Messieurs les Politiques. Nous nous reverrons dans quelques temps, nous n’oublierons jamais l’avenir que vous avez décidé pour nous sans concertation.

Rédigé par Mireille Loubet le Vendredi 8 Février 2013 à 16:05 | Lu 1952 fois