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"Race(s)" ou l'eugénisme dans l'Histoire selon François Bourcier


Le comédien décrie le racisme latent dans nos sociétés et aspire à plus de fraternité. (Photo : Greg Boissy)
Le comédien décrie le racisme latent dans nos sociétés et aspire à plus de fraternité. (Photo : Greg Boissy)
PAPEETE, le 4 mars 2016 - François Bourcier a présenté en avant-première sa nouvelle création "Race(s)" à des lycéens, afin de les sensibiliser sur l'eugénisme omniprésent dans l'Histoire. L'occasion pour nous aussi de découvrir ce spectacle dénonçant le racisme et de rencontrer le comédien.



"Ce que vous allez voir et entendre pourra vous choquer. Si c'est le cas, c'est normal, sinon posez-vous des questions. Ce spectacle est un bon thermomètre pour jauger votre capacité à être raciste ou pas…" C'est avec ces mots que François Bourcier s'est adressé aux lycéens, venus découvrir en avant-première "Race(s) ou pourquoi l'homme blanc se prend-il toujours pour le maître du monde". La nouvelle création du comédien pointe en effet du doigt les pensées obscures des leaders politiques au fil de l'Histoire, depuis les premiers philosophes jusqu'à nos jours. Il poursuit ainsi son œuvre initiée avec "Lettres de délation" (d'après le roman d'André Halimi) et "Résister c'est exister" (d'Alain Guyard), deux spectacles qui nous ont scotchés lors de sa venue en Polynésie, et dont "Race(s)" est "la conclusion".

Il dénonce clairement l'eugénisme, un terme employé pour la première fois en 1883 par le scientifique britannique Francis Galton, qui désigne l’ensemble des méthodes et pratiques visant à la recherche d'une race parfaite. Pour démontrer (et démonter) l'omniprésence du racisme, il s'appuie uniquement sur des "vérités historiques vérifiées". "Rien n'a été inventé, tout ce qui est rapporté est issu des écrits qui ont bercé l'humanité", souligne François Bourcier, qui entre dans la peau des différents auteurs des textes. Il s'appuie par ailleurs sur des images d'archives projetées sur un écran géant pendant sa prestation.

"CETTE VOLONTÉ D'ÉCRASER L'AUTRE EXISTE TOUJOURS À L'HEURE ACTUELLE"

Le comédien explique sa démarche, qui a nécessité un travail de recherche colossal : "Je voulais comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là, dans quel contexte… Cela fait plus de quatre ans que je suis sur ce projet. J'ai commencé l'écriture en 2012, et il m'a fallu trois ans pour réaliser la contraction des textes afin de les rendre plus digestes mais en conservant toute leur essence." Dans "Race(s)", il nous éclaire sur le mécanisme mis en place par certains hommes afin de mener leur combat idéologique consistant à entretenir la peur de l'autre. "Ils ont nourri l'idée que le métissage était un danger par exemple, ou que l'internationalisme culturel mettait en péril les peuples", rapporte encore François Bourcier.

Et de poursuivre : "Cette dominance, cette volonté d'écraser l'autre existe toujours à l'heure actuelle, malheureusement. Il suffit de voir la montée des partis d'extrême-droite, le nombre croissant de néo-nazis, le développement du terrorisme avec Daesh, ou encore des massacres assumés comme celui perpétré et revendiqué par le Norvégien Anders Behring Breivik en 2011, qui a fait 77 morts et 151 blessés." Nous pensons aussi, bien évidemment, aux attentats de Paris en novembre 2015, dont le bilan officiel des victimes a fait état de 129 morts et de 352 blessés…

"IL FAUDRA DES GÉNÉRATIONS POUR CONSTRUIRE DES SOCIÉTÉS PLUS FRATERNELLES…"

À l'issue de sa performance transformiste, les élèves ont pu rencontrer et interroger François Bourcier afin d'ouvrir le débat. Il a ainsi confié, ému jusqu'aux larmes : "Ce ne pas évident d'interpréter tous ces personnages, c'est comme en plongée, à chaque fois que j'achève le spectacle, j'ai l'impression de remonter sans décompresser !" Il remarque encore : "Je parle beaucoup du racisme, d'autant que sa recrudescence en métropole a été rapportée récemment par le ministère de l'Intérieur. Il faut aussi souligner la montée de la criminalisation de la pauvreté au service des idéologies. C'est terrifiant ! Et c'est également intéressant de voir d'où cela vient. Nous avons du mal à changer les mentalités, et il faudra des générations pour construire des sociétés plus fraternelles…"

Après nous avoir proposé "Un fou noir au pays des Blancs", la Compagnie du Caméléon nous offre donc, du 11 au 19 mars, le second volet du diptyque. Le spectacle écrit et interprété par Pie Tshibanda rejoint en effet "Race(s)" sur le thème du rapport à l'autre. François Bourcier analyse cette initiative intelligente : "Guillaume Gay a bien fait de lier nos deux œuvres, c'est le noir et le blanc si j'ose m'exprimer ainsi. Le blanc, c'est le noir en fait, c'est Pie, avec le côté positif, et le noir c'est "Race(s)", pour comprendre pourquoi Pie a ou n'a pas été bien accueilli. C'est une sorte de réponse à Pie. Si certains se comportent comme cela, c'est en raison des Occidentaux qui sont passés avant."

Une belle leçon d'Histoire pour comprendre le passé et mieux appréhender l'avenir.

Dans la peau des personnages les plus sombres de notre Histoire, François Bourcier réalise une véritable performance. (Photo : Greg Boissy)
Dans la peau des personnages les plus sombres de notre Histoire, François Bourcier réalise une véritable performance. (Photo : Greg Boissy)
Le pitch

François Bourcier met en scène et interprète avec la même folie et le même talent ces grandes figures de l'Histoire qui pour approcher le rêve d'un système économique "idéal", se sont appuyés sur une "vérité" scientifique prônant la supériorité d'une "race" blanche, appelée à dominer le monde. De Platon à Hitler, philosophes de l'Antiquité, éminents scientifiques, économistes renommés et hommes d'État respectables se succèdent sur scène dans des déclarations authentiques qui progressent vers l'élaboration de l'effrayante théorie. Un rêve qui, de l'esclavagisme à l'antisémitisme, aboutira à la mise en place de la terrifiante solution finale. L'ère industrielle par la rentabilité du produit "humain" était ouverte ! Ce spectacle nous aide à mieux comprendre certaines postures de notre présent encore trop encombré des traces de ce passé.

"Race(s)" est le second volet du diptyque sur le thème du rapport à l'autre, après "Un fou noir au pays des Blancs" de Pie Tshibanda.
"Race(s)" est le second volet du diptyque sur le thème du rapport à l'autre, après "Un fou noir au pays des Blancs" de Pie Tshibanda.
Pratique

Du 11 au 19 mars
Petit Théâtre
Vendredis et samedis à 19h30
À partir de 11 ans
Tarifs : 2 500 Fcfp (enfants moins de 12 ans) ; 3 000 Fcfp (moins de 18 ans et étudiants) ; 4 000 Fcfp (adultes)
Billets en vente à Carrefour Arue et Punaauia, Radio 1 Fare Ute et sur www.radio1.pf
Contact : 40 43 41 00

Rédigé par Dominique Schmitt le Vendredi 4 Mars 2016 à 16:45 | Lu 1435 fois
           



Commentaires

1.Posté par Fiu!!! le 04/03/2016 20:22 | Alerter
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"pourquoi l'homme blanc se prend-il toujours pour le maître du monde". (SIC)

"L'homme blanc", la formulation montre le parti pris de l'auteur.
Comme si tous les "hommes blancs" étaient racistes... et eux seulement...

Dénoncer le racisme, c'est bien. Lutter contre, c'est mieux. À condition de ne pas être raciste soi-même.

Pour ma part, je ne connais que des êtres humains dont la couleur de peau ne préjuge en rien de leurs qualités et de leurs défauts.

2.Posté par LEPETANT le 05/03/2016 06:39 | Alerter
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Il suffit de regarder des documentaires animaliers pour découvrir, primo, que nous ne sommes ni plus ni moins que des animaux supérieurement intelligents et, secundo, que nous sommes, comme les animaux, intrinsèquement et génétiquement racistes.
Moralité : ce n'est pas en niant l'existence des races que nous supprimerons le racisme. Il faudrait au contraire mettre l'accent sur le fait que les races ne sont que des variations superficielles d'une seule espèce humaine à laquelle nous appartenons tous, quelle que soit la couleur de notre peau.

3.Posté par wakrap le 05/03/2016 08:07 | Alerter
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A lire l'article, je vois qu'il est toujours à côté de la plaque comme dans ses précédents spectacles et cherche à travestir la réalité. L'eugénisme est et a toujours été lié aux idéologies socialistes. On peut rappeler la thèse eugéniste de Allende à la fin de son cursus médical, l'eugénisme en Suède années 30, aux USA années 30 lors de la grande poussée socialiste Rooseveltienne, Keynes qui fut durant longtemps le président de l'association eugéniste en GB ou le national socialisme allemand. L'eugénisme est lié à la volonté de créer un homme nouveau, d'améliorer l'homme, de le faire évoluer dans un process maîtrisé, et ça c'est une idée qui ne peut se développer que dans un système socialiste, fondamentalement opposée à la fois au conservatisme et au libéralisme.

4.Posté par Tematangi le 05/03/2016 15:43 | Alerter
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@2 Si j'ai bien compris vôtre commentaire, il y'a des differentes "races humaines" ? Si oui, donnez moi votre définition de "race" et nommez les differentes "races humaines ! svp ! Bonne chance...😎

5.Posté par beaulieu le 05/03/2016 22:32 | Alerter
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Triste : C'est ce qui me viens à l'esprit, le jour ou tous les hommes auront des us et coutumes semblables, il n'y aura plus de racisme, le racisme n'a rien à voir avec une couleur de peau, mais seulement du aux différences que certaines ethnies ont entre elles, vivre à la façon d'un musulman par exemple (ils n'ont pas de couleur définie) et vivre de façon chrétienne font qu'il y a entre eux autant d’incompréhension qu'entre les habitants des abysses océaniques et les poissons du lagon, quand à l'origine de la race humaine, personne à l'heure actuelle ne peut réellement dire, ni quand ni ou elle est apparue pour la première foi, même si les scientifiques donnent actuellement se berceau en Ethiopie.
Ce que nous appelons couramment race, c'est le fait que nos organismes se sont façonnés, colorés et adaptés à des régions du monde qui sont trés différentes, de climat, de nature, de faune et de flore. En y ajoutant ensuite les croyances qui ont guidé ces populations.